dimanche 15 septembre 2024

Résistance(s) 19

 





Il ne s’agit pas de faire discours

Mais de résister


Que chaque heure de chaque jour

Soit imprégné de la résistance nécessaire

Pour ne pas plier


Il ne s’agit pas de faire discours

Mais de désobéir


Que pas un moment de ton existence

Ne soit taxé de soumission à ce monde

Qui t’aime docile


Il ne s’agit pas de faire discours

Mais de faire sécession


Ce qui est l’acte de réussite dans ta vie

Se situe dans ce hors sujet comme pied de nez

À un monde qui ne sait rien de la vie


Il ne s’agit pas de faire discours

Mais de marcher à ton pas


Pour ne pas suivre le troupeau de la consommation

Tourner le dos aux vaines gloires

Te contenter de ce qui est vivant


Il ne s’agit pas de faire discours

Il s’agit d’agir à chaque instant



Xavier Lainé

19 août 2024


samedi 14 septembre 2024

Résistance(s) 18

 





Il y avait cette nostalgie

Envahissant l’âme

Comme un vague souvenir

De vies non vécues

Ou vécues par d’autres


Alors tu es venu d’un autre univers

Traversant le temps et l’espace

Une mélodie aux lèvres

Comme arme de résistance

Dans la nuit qui lentement s’étend


Tu te sens l’âme en détresse

Devant les frontières fermées

À la poésie des langues 

Aux rêves éblouis des enfants perdus

Ceux qui survivent en niches de misère


Tu vis avec cet étrange sentiment

Ta vie suspendue à la beauté d’un violon

Sous la lune discrète les étoiles qui scintillent

Tu vis comme ça le coeur en berne toujours

Comme si la joie t’était interdite


La joie cependant vient en musique

Tu fermes les yeux pour oublier sous la mélopée

Les tragédies qui se répètent sous le joug

Les souvenirs de vies non vécues

Qui pourtant t’envahissent de leur mémoire



Xavier Lainé

18 août 2024


vendredi 13 septembre 2024

Résistance(s) 17

 





Lentement mais sûrement

Ta résistance se fait de plus en plus passive

Fuir les lieux adulés

Quitter les espaces publics trop fréquentés

T’ensauvager pour ne pas te fondre

Dans une foule affolée


Lentement mais sûrement

Tu quittes le temps des désespérances

Tu te réfugies entre deux piles d’ouvrages

Ta réserve en est inépuisable

La compagnie des mots te sied parfaitement

Bien mieux que celle de ce pays devenue proie

Pour les appétits grossiers


Lentement mais sûrement

Tu suis les chemins de traverse

Ceux qui serpentent à l’ombre de ce monde

Tu résistes au chant des sirènes

Qui t’appellent en vaine « réussite »

Il n’en est pas de plus grande

Que de garder ton esprit libre

Dans un monde qui cherche à le corseter


Lentement mais sûrement

Ta résistance suit des chemins buissonniers

Pour ne pas te mêler à ces foules en liesses

Adulant quelques célébrités sans âme

Tu fuis pour ne pas sombrer avec les autres

Tu fuis pour protéger encore ta capacité à résister



Xavier Lainé

17 août 2024


jeudi 12 septembre 2024

Résistance(s) 16

 





Parfois le gris

N’est en aucun cas synonyme de lourdeur

Il lui suffit de quelques gouttes éparses


Parfois le gris de l’âme

N’est pas synonyme de tristesse

Juste une nostalgie

Un vague à l’âme

Un instant de vacillement

Devant les tâches à entreprendre

En faire des actes de résistance

Une façon de ne pas s’agenouiller

De ne pas courber l’échine

De ne pas s’adonner au vice de la fatalité


Parfois le gris est un appel

Une invitation à aller voir

Au-dessus des nuées le bleu du ciel

Où les mots d’amour prennent leur envolée

Laissant les larmes aux âmes tièdes


Parfois le gris

T’entraîne dans son sillage

À observer par delà les façades

Les sourdes colères qui se trament

Sous le silence d’apparence soumis

Parfois le gris 

Te prend par la main

T’invite à avancer

Sur le chemin étroit des amours éphémères



Xavier Lainé

16 août 2024


mercredi 11 septembre 2024

Résistance(s) 15

 





Bien sûr on me dira « vacances »

On me dira aussi « 15 août »

Sans trop savoir ce que la date dit


Les dates ne disent plus rien

Elles ne sont que succession de jours « fériés »

Jours où pendre au clou les devoirs quotidiens


On vous l’a dit et on vous le répète

La vraie vie n’est pas celle-là

Celle où vous oeuvrez chaque jour

À survivre aux destructions orchestrées


La vraie vie est une compétition

Gloire aux meilleurs et pas de pitié pour les autres


Vous me permettez de résister ?


*


On me dit « vacances »

Sans doute en ai-je perdu le mode d’emploi


On me dit l’obsession de réussir

Excusez-moi de n’avoir jamais su


On me dit « peur de rater sa vie »

Et à trop avoir peur le temps passe


Excusez-moi d’avoir toujours opposé à cette conception étroite

Le fou désir de vivre

Simplement vivre

Resister au courant dominant

Ne rien céder aux canons du siècle

Qui me donnent une infinie nausée

Lorsque mes yeux voient les permanentes noyades

Lorsque mes oreilles sifflent des cris de détresse

Sous les bombes vendues sans états d’âme


*


Tu erres dans les décombres

Il ne sera aucune assomption

À toute tentative de rompre les rangs


Tu erres parmi les âmes perdues

À ta fenêtre ouverte dans l’espoir de fraîcheur

Monte le bruit infernal de folles allées et venues


Comme si nos vies n’avaient aucun rapport

Avec la folie du climat

Avec la ruine qui l’accompagne


Tu erres parmi les ruines

C’est un temps étrange 

Dont aucune vacance ne saurait te détourner


Tu regardes et entends

Quelque chose semble être perdu 

De ce qui faisait notre sens humain


Tu t’accroches comme tu peux

À tes rêves de douce vie

Convaincu de n’y trouver aucune retraite sûre



Xavier Lainé

15 août 2024