jeudi 6 juin 2024

Pas dire 13

 





On continue ?

Vous ne saurez jamais 

Les étudiants tabassés

Par forces du désordre

Au sein même de leur faculté


Pas dire

Alors silence


On continue ?

Vous ne saurez jamais

Les manifestations interdites

Si elles protestent contre un génocide

Tandis que d’autres

Parfaitement fascistes

Se déroulent sous l’oeil complaisant

Des forces du désordre


Pas dire

Alors silence


On continue ?

Un docte cause dans le poste

Nous dit que tout va bien

Donne crédit au petit caporal

Isolé dans son bunker présidentiel

Tandis que vous cherchez désespérément

Comment boucler un mois

Dont la fin se rapproche toujours du début


Pas dire

Alors silence


*


On ne te dit pas

Où quand on dit c’est toujours 

Avec petit sourire ironique

Déplorant ces pauvres innocents

Qui croient encore pouvoir changer le monde

Retourner les facteurs de misère

Redorer le blason de notre humanité commune


Car il est clair qu’il n’est point de censure

Il ne règne que silence autour

Pour ne dire que ce qui chante

Aux voyous qui s’engraissent

Sur la misère de tous


On ne te dit pas

Mais on n’empêche pas de dire

Sauf que quand tu dis

Un silence assourdissant se fait

Et ta parole tombe dans le vide


Mais tout le monde trouve ça normal

Normal puisque rien ne doit venir troubler

L’ordre établi qui n’est que désordre du sens

Puisqu’on vous le dit

Qu’il y a un bon sens

Et un sens interdit

Mais c’est juste pour fluidifier la circulation

Et éviter les troubles à l’ordre public

L’ordre des uns fait le désordre des autres



Xavier Lainé

13 mai 2024


mercredi 5 juin 2024

Pas dire 12

 





Liesse populaire

Ville sécurisée

Police partout

Tout semble normal


Car on vit ce temps qu’il ne faut pas nommer

Où le normal rejoint le pathologique

Suspicions et soupçons à tous les étages


Que sur le trajet du sport

Une banderole s’exhibe

Dénonçant un nettoyage ethnique 

Voilà qui fait mauvais genre

Sur les photographies idylliques

Où édile doit briller


Surtout ne pas dire

Ce que cette surveillance abusive dit

De l’état de nos libertés taillées en pièce

En toutes occasions


Surtout ne pas dire

Ce que l’interdit de toute parole contraire

Cache sur l’avenir sordide

Que l’édile concocte 

En sa marmite enflammée


Ce qui choque le plus

C’est que tout le monde trouve normal

Cette chasse à tout ce qui s’oppose



Xavier Lainé

12 mai 2024


mardi 4 juin 2024

Pas dire 11

 






Ne rien dire tu sais

Sinon la peine et le chagrin

Pardonnez-moi


Pardonnez-moi mais

Je ne sais pas vivre serein

En univers guerrier

Je ne sais pas


Alors ne rien dire

Sinon peine et chagrin

Pardonnez-moi


J’ai si souvent rêvé

D’un monde de tendresse et d’amour

Mais voici

Je n’entends que bruits de bottes

Je ne vois que personnages tyranniques

Sillonnant le monde au nom de leurs dogmes

Abreuvant ceux qui s’opposent

À leur déluge de feu et de sang


Ne peux rester là

Ne disant rien

Pardonnez-moi


Me voici seul devant ma page

Aucune main ne vient se poser

Sur mon front fiévreux

De devoir subir encore

Ce tragique temps 

Où demeurer vivant relève d’un défit


Pardonnez-moi

Je sais que vous attendez autre chose 

Que mes mots qui ne cessent de dénoncer

La tragédie d’un siècle

Qui ne sait pas tirer les leçons

Qui ne sait pas

Qui ne dit pas

Qui dit qu’il ne faut pas dire

Qui a défaut me montre du doigt

Comme une faille dans le silence

D’une censure innomée

Innommable


Pardonnez-moi

Je ne peux vivre paisible

Quand pas si loin

Des enfants pleurent sous les décombres

Sans que ça émeuve les « élites »

J’entends

On me parle de catastrophes et de chaos

D’humains qui fuient la ruine

On m’en parle comme si de rien n’était

Mon estomac se révulse


Pardonnez-moi

Je vais vomir 

Dans une de vos méga-bassines



Xavier Lainé

11 mai 2024


lundi 3 juin 2024

Pas dire 10

 




C’est une histoire un peu folle

Qui se passe dans un ciel de nuit

On ne regarde pas les étoiles

Mais la trace éphémère de nos réjouissances


C’est une histoire un peu folle

Les plus pauvres s’y amusent

Cherchant à gagner encore

Quelque chose aux jeux du cirque


C’est une histoire un peu folle

De courir après la flamme

En jouant l’enthousiasme

Sans quitter le masque des misères


C’est une histoire un peu folle

Tu avançais parmi la foule

Inconnu parmi d’autres

Rêvant d’une tendresse évaporée


C’est une histoire un peu folle

Que ce nettoyage des consciences

À grands coups de moments festifs

Tandis que pas loin un monde s’effondre


C’est une histoire un peu folle

Une histoire à ne pas dire

Pour ne pas froisser les pouvoirs

Mais non loin un génocide a lieu


*


Tandis qu’on fête le centenaire du surréalisme

Me voici avec mes questions

Que peut dire le poème

Que faire la littérature

En ce monde qui s’enfonce 

Sous le joug d’une minorité

Qui n’a soif que de dominante violence


Tandis qu’on fête le centenaire du surréalisme

Je me pose devant la page

Je laisse courir mes doigts sur le clavier

Je constate n’avoir pas eu l’intention 

D’écrire ce qui s’écrit sous mes yeux

Que parfois me demande

De quel esprit ont jailli ces pages


Tandis qu’on fête le centenaire du surréalisme

Qu’ont donc à dire les poètes

Si leurs mots ne tournent qu’autour d’eux-mêmes

S’enroulent et s’entortillent jusqu’à disparaître

De l’horizon perdu pour un monde en déconstruction

Certes la fête est bienvenue pour célébrer

L’art d’une parole libérée des contraintes conventionnelles


Tandis qu’on fête le centenaire du surréalisme

Me voici devant la page

Rêvant à ces temps pas si lointains

Où une poignée d’individus fantasques

Renversaient les tables en sortant des tranchées

Tandis que déjà se rapprochait un autre bruit de bottes

Dont nous avons proclamé 

Qu’ils ne seraient plus jamais devant nos portes



Xavier Lainé

10 mai 2024