samedi 25 mai 2024

Pas dire 1

 





C’est bien clair

Il ne se passe rien

Il vaut mieux ne causer

Que moustiques

Infimes détails sans intérêts

Plutôt que dire

La répression en marche


C’est bien clair

Ne pas dire

Obéir pour ne rien troubler

Des discours assénés

Comme ultimes vérités


Qu’on meure à Gaza n’a pas d’importance

Qu’ici le jeunesse s’embrase

Pour ne pas cautionner les génocides en cours

Vous n’en saurez rien


Ne rien dire

Faire silence 

Ne pas causer

C’est bien clair


La censure d’hier a pris nouveau visage

Sous le joug de la pensée unique

De la pensée inique

Qui proclame ce qu’il faut dire

Pour être existant en monde bien policé

En monde bien policier


*


Bien pluvieux

Bien plus vieux

Mais toujours là

Les anciens combattants

Les acharnés de la lutte

Mais bien plus vieux


Maigre foule 

Devant bourse du travail

Dont tant ignorent l’histoire

Ou ne font qu’égrener les noms

Des militants patients

Y défendant des droits

Toujours taillés en pièce


Demain les lieux seront vidés 

L’histoire sera bien vite oublié

De ce que certains nomment encore « place rouge »

En souvenir de temps où lutter

Pouvait encore changer quelque chose

Au quotidien bien ordinaire

Des ouvriers du fond des mines


Bien pluvieux

Bien plus vieux

On y vend du muguet

Oubliant l’églantine rouge

Brillant au panthéon

D’une histoire ouvrière tue


Nous vivons ce temps de confusion



Xavier Lainé

1er mai 2024


vendredi 24 mai 2024

Pas savoir 30

 





On ne se découvre pas d’un fil

Pour ne pas prendre froid et succomber

Sous le poids de la charge absurde


Je vis dans ce pays

Qui refuse de nommer ce qui est

Ce qui se voit

Qui ne pose même plus un masque

Sur le visage hideux des désinformations


Toute contestation est désormais muselée

Corsetée et réprimée

Jamais jeunes gouvernants n’ont été si vieux

Usant et abusant de leur pouvoir

Pour abreuver de leurs insultes 

De leurs suspicions nauséabondes

Tout ce qui bouge et s’émeut encore


On ne se découvre pas d’un fil

Pour rester dans l’entre-soi

De ceux qui ne veulent pas savoir

Qui font comme si ce qui nous arrive

Tombait de nulle part

Sur nos têtes innocentes


Ce qui compte ce n’est pas le jour

Où le fascisme s’assoit sur le trône

C’est le lent processus qui y conduit

Ces comportements et attitudes

Discours de suffisance gonflés

Qui lui ouvrent grand la porte


Il semble que nous y sommes

Qu’il faudrait renforcer les digues

Remettre de l’humain 

Où jeunes gouvernants si vieux

Ne cessent de le mettre à mal


Le plus étrange est ce silence

Ce mutisme du plus grand nombre

Devant la lente et progressive dérive

Certes pas inéluctable

Puisqu’il serait encore temps

De descendre dans les rues

En si grand nombre

Que toute répression serait impossible


*


Rendre la répression impossible

Redorer le blason de l’espoir

Dans une folle étreinte

Ouvrir les portes à la vie

Celle qui ne se calcule pas

Qui ne se comptabilise pas

Celle qui vibre à l’unisson des coeurs

Qui nous emporte dans une folle danse

Qui ne laisse prise à aucun faux discours


Qu’il pleuve ou qu’il vente

Nous nous tiendrons par la main

Dans une farandole de bonheur

Pour conjurer les crimes

Faire taire les canons



Xavier Lainé

30 avril 2024


jeudi 23 mai 2024

Pas savoir 29

 





Pas savoir pour ne pas


Comme un autre disait

I prefer not to


Nous voici tous Bartleby

À la nuance près

Que c’est un 

Je préfère pas

Sans résistance

Sans désobéissance

Au contraire


Nous sommes réduits 

À être des spectateurs

De ce mauvais film

Joué sur la scène du monde

Par de bien piètres comédiens

C’est mauvais


C’est tellement mauvais

Ça se répète tant et tant

Qu’à la fin ça donne le vertige

Le tournis et la nausée


Alors

On ne préfère pas

On ne préfère pas savoir

On se bouche les oreilles et les yeux

Pour ne pas voir

Pour ne pas savoir

Pour ne pas agir


Car au fond

De mauvais coups en coups tordus

On ne sait plus comment

Comment résister sinon passivement

Comment désobéir dans le dénuement

Comment nous révolter sous les menaces


Car au fond

Tout mouvement de révolte

Et noyé dans une violence d’Etat

En l’état de cette violence

On est invité à plier 

Sous le joug imposé du

Pas savoir

Pas dire

Pas protester

Par peur de perdre

Comme on en a pris l’habitude

Depuis si longtemps


Car il fut un temps qui nous laissa entrevoir

La possibilité d’une victoire contre le capital

Possibilité vite noyée dans les renoncements

Noyée dans une violence d’Etat qui se retourne

Contre ceux qui en sont chevilles ouvrières


On a entrevu le jour

Le couvercle du petit fascisme néo-libéral

Nous est vite retombé dessus

Nous laissant devant la seule issue

Pas savoir



Xavier Lainé

29 avril 2024


mercredi 22 mai 2024

Pas savoir 28

 





De pluie ou de beau temps

Toujours se plaindre


De pluie et de beau temps

Juste saison


Toujours de quoi se plaindre

Pour ne pas soutenir plus pauvres


Loin du bruit des bombes

Pas savoir


Pas savoir pour ne rien connaître

Pour ne pas sombrer

Pour ne pas pleurer

Avec les mères qui portent leur enfant

Hors des décombres du temps


De pluie et de beau temps

Savez si bien causer

Pour ne rien dire de ce qui fâche

De ce qui torture et tue


Devant nos portes


Pas savoir

Pour ne pas

Pour ne pas 

Pour ne pas



Xavier Lainé

28 avril 2024