mercredi 1 mai 2024

Pas savoir 7

 




Les dominants sauraient-ils aimer

Ce qu’aimer veut dire

Aimer vraiment

Ne pas regarder derrière l’être aimé

Un quelconque intérêt


Sais-tu ce qu’aimer veut dire

J’ai beau faire je ne sais pas

Je cherche tout seul dans mon coin

J’explore

Puis demeure dans mon mutisme

De peur que

Le mot tant dévoyé me laisse 

Me délaisse et m’abandonne


Les dominants ne se posent pas de questions

Ils soumettent

Ils imposent

Ils sont sûrs d’eux

Ne voient rien au-delà de leur intérêt

Une fois perdu la confiance des gens simples

Ils s’entourent de « proches »

Ceux en qui ils ont confiance absolue

Éliminant toute concurrence

Tout contestation


Ils ne savent rien du mot gratuit

Tout doit contribuer à défendre

Leurs intérêts les plus étroits

Les dominants sont au fond bien seuls



Xavier Lainé

7 avril 2024


mardi 30 avril 2024

Pas savoir 6

 




Faire une pause

Poser un intermède

Dans cette montée (ou plutôt descente) graduée

Vers le pire


Nous en sommes si proche que c’est vertige

Alors l’embrassement au lieu d’embrasement

Ce moment suspendu où deux êtres se posent

Dans les bras grands ouverts de l’un et de l’autre

Et puis les doux baisers déposés et les regards 

Les regards complices pour ne pas franchir la ligne


Il n’est plus doux amour que celui qui reste 

Suspendu en demi-cadence à l’orée du soupir


C’est si douce pause

Que s’offrent deux êtres qui s’aiment

De ne pas se laisser tomber

D’ouvrir mutuellement les bras

Avant de repartir dans leur solitude

D’où ils contemplent le monde qui s’effondre


Il n’est si doux amour que celui qui reste là

Essoufflé d’être si proche suspendu à un sourire

C’est un havre de paix dans la dérive du monde

L’arbre à l’ombre immense couvrant les soupirs


Bien sur le chemin n’est inéluctable

Que parvenu à son terme

L’amour est un remède avant la chute



Xavier Lainé

6 avril 2024


lundi 29 avril 2024

Pas savoir 5

 




Ça commence toujours discrètement

On n’y prête que peu attention mais


Mais lentement l’édifice se construit

Ça commence comme une chose anodine

Par exemple si tu votes pour moi

Je trouverai du travail pour toi ou ta soeur

Ou ton frère ton père ton cousin

Alors tu votes

C’est toujours mieux ça que la misère


Alors tu votes

Et déjà le principe d’égalité est rompu

Il y a ceux qui obéissent et ceux qui non

Il y a ceux qu’on favorise et ceux à qui non

Surtout s’ils émettent critique de ce clientélisme


Mais le ver est dans le fruit

Ce qui était nommé « démocratie »

Est érodé par les copinages

On retrouve ça a tous les étages

Dans tous les domaines


Il y a ceux qui sont au bon endroit au bon moment

Ceux qui ont su se faire un « carnet d’adresse »

Qui leur ouvre les portes 

En favorisant l’élu dans sa puissance et son pouvoir

Le ver est dans le fruit

Nul ne l’a vu venir 

Tant la chose paraît naturelle



Xavier Lainé

5 avril 2024


dimanche 28 avril 2024

Pas savoir 4

 




Ne rien oublier pour tout reconstruire

Ce que tu cherches

Te réapproprier ton destin

Ne plus laisser aux mains sales qui depuis plus d’un siècle

Te conduise comme chair à canon

Réinventer du vivable

Du supportable

Changer d’échelle pour en finir avec l’esprit de domination

En éradiquer les racines jusqu’au fond de toi-même

Ne plus « vouloir » pour ne plus posséder

Laisser filer les heures et les jours

Et

De rencontres en rencontres tisser les liens

Ceux qui sauraient te

Me nous libérer de nos peurs

Car c’est le principe même de la domination

Que de jouer sur la peur et l’angoisse

Ces jeux qui nous fragilisent

Tuent toutes perspectives en laissant le champ libre

À qui veut et ne vit que pour le pouvoir et l’argent

L’humain est bien au-delà

L’humain est dans la lente construction du commun

Pas d’un commun décidé par quelque dictateur

Y compris inspiré de « marxisme »

Mais dans la réappropriation de nos vies

Nous avons un monde à construire

Nous en avons un autre à dépasser

Alors ceux qui tentèrent l’expérience 

Ne seront pas morts pour rien

Ils nous auront invité à ce souffle indestructible


*


J’écris le mot « fascisme »

Celui-ci n’est pas seulement l’image qu’on s’en fait

Il est aussi le chemin qui y mène 

Chemin semé d’embuches pour qui est considéré comme « rien »

Comme déchet de toute humanité par une « élite »

Parvenue aux sommets du pouvoir et de la puissance


Lorsque j’écris le mot « fascisme »

Je veux dire ce piège tendu par la peur de l’autre

Par le mépris de toute personne considérée comme autre

Comme différente dans sa pensée, dans ses actes, dans sa couleur de peau

C’est cette peur qui fait accepter le pire

Qui conduit par la voix directe dans les griffes odieuses 

Dans ce « plus jamais ça » renié

Ou dit du bout des lèvres pour condamner l’issue fatale

Non le chemin qui nous y conduit


J’écris le mot « fascisme »

Car il est déjà là lorsque nous regardons avec indifférence

Les pauvres gens qui se noient devant nos portes

Lorsque nos coeurs ne saignent même plus devant les génocides 

Devant les nettoyages ethniques

Mieux même que nous nous interdisons de prononcer ces mots là

Ces mots maudits qui en ont conduits dans les camps

Dont il semble que certains de leurs descendants ont oublié l’enfer des wagons plombés

Car avant ceux-là il y avait les rails et les longs convois sordides

Symboles de ce monde où sont sensés cohabiter ceux qui sont

Et ceux qui ne sont rien

Rhétorique implacable dont l’histoire nous a montré le monstrueux gouffre ouvert



Xavier Lainé

4 avril 2024


samedi 27 avril 2024

Pas savoir 3

 




Car c’est un peu mon histoire derrière ce nous

J’entrais à peine dans la conscience militante

Aussi dans l’âge adulte bien que majorité

Ne fut pas encore de mon âge il fallait attendre


C’est un peu mon histoire que celle de ce onze septembre

Que les barbares ont tenté d’effacer sous les décombres 

De deux tours jumelles s’écroulant sur l’image d’un empire

Qui trente ans plus tôt avait mis un terme à l’espérance


Il leur fallait vaincre toute forme d’utopie

Briser nos rêves dans l’oeuf avant qu’il n’éclose

Et se répande dans l’histoire d’un monde

Qui n’a cessé depuis de s’enfoncer et nous avec


C’est un peu de mon histoire que d’avoir écouté beaux discours

Qui tournaient en rond dans une union qui n’était qu’un piège

Dans lequel nous allions tous perdre une partie de notre âme

C’est tout l’art du fascisme moderne que d’avancer masqué


C’est tout son art que de trouver moyen de détourner attentions

Lorsque la mémoire voudrait déterrer nos histoires disparues

Onze septembre mille neuf cent soixante treize

Combien de cadavres à jamais enfouis sous les décombres


C’est cette mémoire là que je voudrais déterrer

Que je voudrais voir ressusciter des profondeurs des stades

Où les doigts de Jara bougent encore

Que sa musique hante encore mon âme

Pour ne rien oublier et encore reconstruire



Xavier Lainé

3 avril 2024