mardi 23 avril 2024

Folies 30

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




« Il est fou, qui fait à autrui

Ce qu’il n’aimerait qu’on lui fit.

Le sort que tu réserves à l’autre

C’est le même qu’il te fera.

Ce que tu cries dans la forêt

En écho, toujours l’entendras ;

Qui met l’autre dans un sac,

Se prépare ses toile et corde.

Qui répand les défauts des autres

On lui dira ses vérités… »

Sébastien Brant, La nef des fous


Oserions-nous nous emparer des mots des autres

Ou serons-nous assez fous pour nous croire hors d’atteinte

Ce que nous cautionnons aujourd’hui ailleurs

Un jour pourrait s’inviter à notre table

Nous n’aurons alors rien ni personne

Pour dresser barrage à l’inhumanité si commode

Alors que réfléchir et penser nécessite quelque effort


Serions-nous assez fous

Pour ignorer qui attire notre attention

Sur nos travers et nos folies

Jeter aux oubliettes de l’histoire

Les mots qui devraient nous réveiller

De la torpeur où nous endorment

Les plus fous parmi les fous

Détenant pouvoir et argent

Au seul profit de leurs tristes gloires

En oubliant d’être humain

Vendant leurs armes aux fous

Si prompts à en faire usage


Il semble que oui

Que le mois des fous peu à peu

Colonise tous les autres

Au point qu’il n’est plus une île

Plus un lieu où trouver refuge

Devant le tsunami de nos folies


*


Tant de vies brisées

Et toi ?

Tu écris 


Tu es l’homme de la poésie solitaire

Qui ne se dit qu’en chuchotant 

Aux oreilles potentiellement attentives


Tu es l’homme qui écris des mots 

Dans le secret d’une vie pas 

Pas meilleure qu’une autre

Pas pire non plus


Ce que tu aimes

C’est lorsque d’un mot

Le visage de l’autre se met à rougir

Alors tu te mets à l’aimer

Ce visage inconnu

Il reste gravé dans ton regard


Tout en ce monde est question 

De rentabilité

Toi tu n’y crois pas



Xavier Lainé

30 mars 2024


lundi 22 avril 2024

Folies 29

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




C’est un exercice difficile

De mesurer ses propos

Le poids de ses actes


C’est un exercice périlleux

Car ce que tu dis ce que tu fais

Parfois se retourne


Le mois des fous approche de son terme

Gageons que la folie elle ne se découvrira pas d’un fil

Et qu’elle traversera les intempéries printanières

Sans même se mouiller le poil


Le mois des fous en vient à son terme

Tu retournes auprès de Sébastien Brant

Qui disait déjà en son temps 

Combien le fol est en sa demeure

Dès lors qu’un monde part à la dérive


Certes les flots boueux

Certes les pluies diluviennes

Certes les tremblements de terre

Certes les éruptions volcaniques

Certes


Mais les noyés et les enterrés vivants

Sous les décombres d’un génocide 

Dont il ne faut pas prononcer le nom

Tandis qu’aux frontières 

Trafiquants en tous genres

Engrangent les bénéfices


Bien fol est celui qui s’y habitue

À regarder sans rictus de dégoût

Les tragédies d’un siècle

Dont nous avions dit qu’il serait spirituel


Nous ignorions que parfois 

La spiritualité rime avec borné


*


Mes yeux s’ouvrent

Chaque jour ils observent l’éclosion 

Des feuilles tendres du noisetier

Des bourgeons fragiles du lilas

La poussée vigoureuse des pivoines

La plus discrète de la glycine


Mes oreilles sont aux aguets

De partout monte le réveil

Mésanges et moineaux se disputent les graines déposées

Parfois s’ébrouent dans le bain de pluie

Comme son maître le chat veille

Parfois s’énerve de ne pouvoir sortir 

Croquer si douce pitance offerte à son regard


Le printemps s’en vient

Mais pas pour tout le monde

Combien chaque jour à Gaza 

Ne sauront rien de cette éclosion ?



Xavier Lainé

29 mars 2024


dimanche 21 avril 2024

Folies 28

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



De quoi saurais-je encore tisser la page

Sinon de mots qui ne veulent rien dire

De pitié qui n’apporte pas grand chose

En tous cas pas remède à tous les maux


De quoi saurais-je encore tisser la page

Sinon des larmes du ciel alliées aux miennes

De devoir vivre en un monde non souhaité

Où mes enfants devront sur vivre plus que vivre


De quoi saurais-je encore tisser la page

Sinon de nos coeurs battants lors de rares rencontres

Où patiemment nous cherchons quelques couleurs

De printemps à distribuer aux âmes nobles


De quoi saurais-je encore tisser la page

Mes mots sont si faibles à relever les défis

D’avoir à surmonter tant d’épreuves 

Tant de violences et tant de défaites



Xavier Lainé

28 mars 2024


samedi 20 avril 2024

Folies 27

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



Alors je me blottis sous la couverture des nuées

Elle est si tendre au sentiment de solitude

Elle offre des baisers de pluie à qui la tendresse manque

Elle est sublime et douce aux coeurs désespérés


Je m’en vais

Je m’en vais assumer le fil du jour

Soulager les maux du siècle

On me dira que je suis un rêveur

Ce que j’assume 


Je m’en vais

Sortant la tête de sous la couverture des nuées

Quittant à regret sa douceur pluvieuse

Combien sommes-nous chaque jour

À passer le seuil de l’aube à reculons

Je l’ignore


Ce que je sais 

Ce que je connais

Ce que j’ai connu

Ce que j’ai perdu

Dont je ne retrouve pas le sentier


La montagne s’est éboulée sous mes pas

Tout retour est désormais impossible

Il me reste à gravir la pente

Pour ne pas vieillir en l’aigreur du passé

Ouvrir mes bras à d’autres perspectives

Où ne viendraient se blottir que les belles âmes



Xavier Lainé

27 mars 2024