jeudi 21 mars 2024

Debout au milieu du gué 26

 




Il faut avoir souffert pour comprendre

Il faut souffrir pour se mettre à la place


Il faut


Non


Il ne faut pas


Mais

Si le monde devient lourd

Si la souffrance des autres si pesante

Et les conditions pour aider si difficile

Te voilà dans le même bain que les autres


Te voilà plongé jusqu’au cou

Dans la folie pathogène


Tu t’entends dire

Dans un monde malade

Il est presque normal de l’être


Tu t’entends

Tu appliques à toi-même les consignes 

Mais comment vivre hors


Tu n’as pas la réponse


*


À Monique et Jacques Gastinel


Jacques est parti en premier laissant dans son atelier des centaines de tableaux.

Voici que Monique, elle-même peintre, l’a rejoint sur la pointe des pieds, s’endormant pour ne plus se réveiller.


Ils étaient tous deux une référence.

L’art pur, celui qui n’existe que pour transmettre un message.

Transmettre aussi la manière et la technique pour faire art.

L’art de s’effacer derrière l’oeuvre.

L’oeuvre laissée derrière eux comme témoignage des tragédies d’une époque.


L’artiste qui n’est pas témoin est voué à ne plus rien dire.

L’artiste adoubé par un système de pensée unique, s’efface dans le temps, emporté par les vagues tragiques.


Monique et Jacques étaient d’une autre espèce.

Une espèce rare qui porte un regard aigu sur l’époque.

À leur manière et avec art, ils savaient en être témoins et transmettre parfois l’angoisse et la colère.


Ils se sont tus et leurs oeuvres restent là, dans leur atelier commun.


Parfois lorsque les artistes s’éteignent, il ne nous reste que les larmes et le silence.



Xavier Lainé

26 février 2024


mercredi 20 mars 2024

Debout au milieu du gué 25

 




Ce qui pourrait un jour faire livre

Quelle prétention

Juste un catalogue des mots échappés

Des mots qui chaque matin se présentent

Te réveillent avant l’aube

Tu les fuis


Tu les fuis

En te jetant tête baissée

Dans la lecture des autres

Ceux qui pensent et écrivent

Bien mieux que tu ne saurais le faire



C’est comme une parenthèse offerte

Juste avant que les mots ne reprennent


Comme une parenthèse qui berce

Les pensées en jachère


Qui sait ce qui pourrait faire livre

Comment ce ça pourrait être reçu

Ce ça sans queue ni tête

Cette lave incandescente 

Qui parfois se répète

Bégaie dans le matin calme

Hésite sur le seuil du jour

Avant de s’engouffrer 

Dans l’expérience de vivre



Xavier Lainé

25 février 2024


mardi 19 mars 2024

Debout au milieu du gué 24

 




L’attention se détourne de l’écrit quotidien

Lire et relire

Ce qui pourrait un jour faire livre



Xavier Lainé

24 février 2024


lundi 18 mars 2024

Debout au milieu du gué 23

 




Il ne faudrait quand même pas

Me taire

Ne plus rien écrire

Sur la première page du jour


J’erre entre les mots

Ils envahissent tout mon espace

Ils se dilatent à l’infini des livres


Il faudrait même

Que j’en ramasse quelques-uns 

À la pelle pour

En faire un livre


Pourquoi pas

Un livre


Les précédents dorment 

Dans les cartons de l’oubli

Je n’ai pas su

Leur donner vie

Pas su


Il faudrait pourtant

Que je me force un peu

Sans trop savoir comment

Ni si


Ni si mes mots 

Pourraient faire sens



Xavier Lainé

23 février 2024


dimanche 17 mars 2024

Debout au milieu du gué 22

 




Mais les larmes

Pas la joie


Les larmes de vous voir enfin

Reconnus pour ce que vous étiez

Des humains tissant notre dignité

Face à l’affront hideux de la haine


Mais les larmes

Pas la joie


Les larmes d’avoir baigné 

Dans la mémoire de votre grandeur

À l’heure où tant de bassesses 

Plongent notre monde

Dans un vertige d’inhumanité


Mais les larmes

Pas la joie


De découvrir en cet hommage rendu

Tout l’art du double langage

Manipulé avec prestance

Par les fossoyeurs de notre humanité commune


Mais les larmes

Pas la joie


La joie viendrait si



Xavier Lainé

22 février 2024


vendredi 15 mars 2024

Debout au milieu du gué 20

 




De quel sommeil causer

Quand tout s’agite et s’éparpille


On cherche en vain

L’onde bénéfique


Tu tombes

Toujours tu tombes

Sans même savoir 

La raison de ta chute


Ce qui est


Nul bras pour 

Nul bras contre

Rien d’ouvert

Tu tombes à bras fermés


Quel sommeil saurait

Ralentir la chute


Quels bras pour t’accueillir

Quand les coeurs flanchent


Ne vous étonnez point

D’aller si mal

Ce que vous vivez est là

Inscrit en lignes de douleurs


Ne vous étonnez point



Xavier Lainé

20 février 2024