mardi 12 mars 2024

Debout au milieu du gué 17

 




Je me suis arrêté au milieu du gué

Les galets de mots se faisaient toujours plus instables

Puis espacés 

L’eau de la vie était particulièrement froide


Je me suis arrêté

Autour de moi n’étaient qu’étendues solitaires

Une brume montait qui obscurcissait la rive


Impossible de savoir ce que je faisais là

Isolé au milieu des flots qui montaient

Les mots prononcés se perdaient

Dans les rapides qui avalaient tout


Je me suis arrêté

J’aurais voulu que les mots prennent un autre envol

J’aurais voulu qu’ils trouvent port d’attache quelque part

Qu’ils quittent comme moi la rive éphémère

Où ils se fomentaient en silence


Je me suis arrêté

Mes mots plein la bouche

Qui ne trouvaient plus d’issue

Les pages ennuyeuses du passé

Dormaient dans les régions de la toile

Où l’araignée du contrôle guettait


Pour rester debout les mots doivent rester inédits

C’est une règle implacable en ce monde fini


*


Je reste là

Au milieu du gué

Combien de morts 

Cloués au pilori des pouvoirs

Je ne sais

Mon pas chancelle au milieu des mots

On trouvera toujours du tort

À tel ou tel opposant

Rien ne justifiera jamais

Sa condamnation et sa mort mystérieuse

Dans les geôles d’Etats criminels


Je reste là 

Au milieu du gué

Un homme est mort

Dont le seul tort fut de s’opposer

À la tyrannie d’un seul

Un autre croupit en prison

Sous les foudres 

D’un Etat prétendu démocratique


Je reste là

Mots suspendus 

Au-dessus du vide

Tandis que chacun vaque

À ses petites occupations

Masques posés sur visages d’indifférence


*


Debout au milieu du gué

Les souvenirs s’effacent 

Dans la brume de l’autre rive


Il suffit d’un baiser

Et déjà ce n’est plus que vague réminiscence


Il suffit d’un baiser

Qui illumine le monde

Le voilà vite emporté

Dans les brumes d’une rive lointaine


Debout au milieu du gué

Les galets de mots 

Roulent sous mes doigts malhabiles

Mes pieds vacillent

L’eau froide menace

D’emporter mes rêves

Vers un ailleurs toujours brumeux


Il suffit d’un baiser échangé

Pour que bascule la vie 

Dans des rêves impossibles


Il faudrait d’un baiser

Savoir sauver de la noyade

Les perdus les paumés

Les errants en quête

D’un semblant d’avenir


Me voilà cloué au milieu du gué

À ne savoir aller de l’avant

À ne savoir rebrousser chemin

Perdu dans la mémoire des baisers oubliés



Xavier Lainé

17 février 2024


lundi 11 mars 2024

Debout au milieu du gué 16

 




C’est une grave erreur que d’attendre

Car rien ne vient

Rien n’est donné

En terrain mercantile


Ce qu’on te demande

C’est de la fermer

Ne pas penser surtout

Laisser ce soin

À ceux qui sont payés pour


Mais voilà


Ils sont payés pour

Mais leur pensée qui se prétend moderne

A l’odeur rance des vieilles recettes

Qui ne supportent aucune opposition


Ils sont payés pour

Sont même formés pour être payés pour

Ils sont terriblement ingénieux

Pour imaginer les contraintes

Capables de te rabaisser

À l’esclavage que tu refuses


Plus jamais ça 

Disions-nous

Mais ça est là sous nos yeux incrédules

Imposé par des gens formés pour être les gardiens fidèles

D’un système opaque

Tenu d’une main de fer 

Par ceux qui en tirent bénéfice


*


Qui suis-je à me plaindre

Qui suis-je à critiquer

Qui suis-je

Qui ne demande rien à personne

Qui voit le monde en son errance

Qui ne cueille pas la moindre fleur

Mais attend



Xavier Lainé

16 février 2024


dimanche 10 mars 2024

Debout au milieu du gué 15

 





Le nez en l’air

Il rêvassait

Dans ses rêves elle entrait

Pour ne plus le lâcher


Sait-on ce qui passe dans l’esprit 

D’un homme qui a aimé

Sait-on ce qui passe

Quand il s’est toujours retenu

D’avouer aimer

Pour ne pas être déçu

Pour ne pas froisser

Pour ne pas être comme tant d’autres


Le nez en l’air

Il rêvassait

Dans ses rêves elle entrait

Pour ne plus le lâcher


Pâle image défaite

Sur le champ de bataille de son histoire

Pâle apparition

Fugace illusion posée en arrière-plan

Beauté éphémère entrevue

Le temps d’en imprégner ses rêves


Le nez en l’air

Il rêvassait

Dans ses rêves elle entrait

Pour ne plus le lâcher



Xavier Lainé

15 février 2024


samedi 9 mars 2024

Debout au milieu du gué 14

 




Qu’importent droit ou non droit

C’est de vie qu’il s’agit


Le discours certes peut être docte

Il peut psalmodier un désir d’humanité

Mais qu’importent les mots

Si dans la vie l’enfer t’avale



Il paraît que c’est le jour

Des amoureux placés à l’honneur

Moi j’aimerais que l’amour

Rime avec toujours

Avec tous les jours


J’aimerais

Que l’amour soit entretenu

Comme une flamme 

Bien au-delà du jour dit


Mais peut-être je me trompe

En ces temps de façade

De farce et de masques

Que l’amour est cette chose

Qu’on célèbre un jour

Pour l’oublier le lendemain


Cette chose qui aura fait tourner

Le commerce de l’amour

Dans la corbeille des grands argentiers



Xavier Lainé

14 Février 2024