jeudi 7 mars 2024

Debout au milieu du gué 12

 





On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

De voir ce qui vient

Derrière les beaux discours

Les masques posés

Insuffisante à cacher

L’horreur qui entre

À pas feutrés


On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

Cette chute continue

D’un espoir qui s’évapore

Lorsque l’humain disparaît

Derrière les colonnes blindées

De chiffres et d’armes


On ergote

On fait des discours

On dit

Mais quoi qu’on dise

Ça dure

C’est dur

On salue la mémoire

Des justes humains

Qui laissent dans leur sillage

Une onde d’espoir

Et après

On rentre à la maison

Observer les statistiques abjectes

Qui disent le contraire

De ce qu’on honore


Qui sommes-nous en ce monde

À demeurer dans nos nids douillets

Tandis qu’à nos portes on meurt

De faim

De désespoir

Par noyade 

Sous les bombes

Qui sommes-nous

Dites-moi

Qui sommes-nous



Xavier Lainé

12 février 2024


mercredi 6 mars 2024

Debout au milieu du gué 11

 





Il faut reconnaître aux hommes le droit à l’égarement

Ce qui n’est pas absolution de leurs crimes

Mais droit à réparation


Il faut nous reconnaître ce droit d’égarement

Qui parfois nous trompe et nous pousse à trahir

Ce que hier nous défendions au nom des droits humains


Sinon à quoi bon abolir la peine capitale

Si nul droit à rédemption ne serait reconnu


Nous irions ainsi

Commettant crimes et délits

Avec pour seule certitude la punition la plus sévère


Je dis ceci après avoir lu chez Joseph Kessel

La possibilité de l’aveuglement


Car une fois close l’abomination des camps

Une fois vécue la résistance

Les atrocités de la seconde guerre mondiale

Le voici reparti en Palestine

Aux côtés des soldats d’un Etat balbutiant

Qui engageait sa guerre de colonisation

Sans un regard pour ceux qui étaient là

Que les juifs côtoyaient jusque là


Cette nouvelle abomination hésitait

Le XXème siècle en aura jeté les bases


On peut toujours comprendre

Mais pas excuser

Car les camps d’extermination n’excusent pas

D’en reproduire l’esprit 

Quelque soit l’ostracisme il est ferment d’inhumanité


On peut comprendre

Reconnaître le droit à l’égarement

Celui à l’erreur conduisant au crime

Celui d’une rédemption toujours possible

De l’homme criminel reconnaissant ses crimes

Et travaillant sur lui-même

La force de s’en guérir


Ce qui n’excuse rien

Juste permet de grandir dans notre humanité


Ce qui ne cautérise pas les plaies ouvertes par le crime

Juste d’y déposer un baume d’humanité

Juste pour éloigner le spectre des vengeances infinies

Qui ne font que semer deuil et larmes

Au coeur des humains perdus


*


Car au fond c’est ce qui anime la grandeur humaine

Cette capacité à comprendre et à inviter à ne pas rendre

Coup pour coup

Oeil pour oeil 

Dent pour dent

Encore moins à répondre par crime plus atroce

Au crime abject


C’est tout le sens de l’abolition de la peine de mort



Xavier Lainé

11 février 2024


mardi 5 mars 2024

Debout au milieu du gué 10

 




Alors je suis resté en panne 

Sous la pluie bienfaisante


Des nuées noires roulaient dans la nuit sans fin

Je ne trouvais pas mes mots

Je restais sans voix

Sur le bord de ce chemin creux

Mes oreilles aux aguets

Écoutaient et entendaient


Un murmure gagnait la Terre

Un murmure mêlé de plaintes

Un chant montait qui disait 

D’une voix rauque

Toute la tragédie d’exister

De se savoir en devoir de devenir

Humains tournant le dos aux pires 

Tournant le dos 

Aux empires

À ce que certains nomment

Civilisation

Construite dans le sang et la sueur

Des esclaves plus ou moins consentants


Alors je suis resté en panne

Sous la pluie bienfaisante


Du bord de la route 

Je faisais signe

Mais vous passiez sans ralentir

Peut-être même ne me voyiez vous pas

L’attention tellement fixée

Sur vos impératifs de survie

Sous le joug millénaire

De la mâle domination


Sous cette pluie battante

J’écoutais

J’entendais

Les sourdes plaintes ancestrales

Des esclaves plus ou moins consentants

Les mots montaient en chant

En hymne à la mémoire des riens

Des laissés pour solde de tous comptes

Dans la marge des empires 

Des fortunes colossales

Inutiles paravents

Masques de perversité

Posé sur les mufles hideux

Qui faisaient leurs choux gras

De l’exploitation sans limite des autres


Et l’autre à leurs yeux n’avait rien de semblable à eux

L’autre était cette variable d’ajustement dans les lignes

D’un chiffre d’affaire honteux


Moi

Perdu sur le bord de la route

Sous la pluie battante des détresses

Mon chant puisait à cette source

Celle où notre humanité commune se reconnaît

Hors des coffres et des bonnes fortunes



Xavier Lainé

10 février 2024