samedi 24 février 2024

Les années passent ! 31

 




L’année avait un mois

Les voeux s’étaient fanés

Le froid gagnait les délaissés

Sur les trottoirs de la misère


L’année n’avait qu’un mois

Quelle clameur pourrait

Soulever les coeurs

Réanimer les esprits


L’année s’écoulait

Dans la liquéfaction

Des mémoires engluées

Dans l’âpre nécessité


De vivre


De vivre à bras ouverts

À intelligences déployées

À coeurs vibrants de vie

Nous avions soif et faim


De vivre


Nous attendions le soupir

Le chant et l’amour

Où ne s’immiscait que violence


Quelque chose

Qui relève de l’amour enfin

Qui soit d’entraide 

Où les enfants perdus 

Retrouveraient le sourire


De vivre


Je rêve

Bien sûr 

Je rêve


De voir des regards vivants

La gaité gagner les rues

Dans une immense farandole

De rires


Pas pour rire

Pour vivre

Seulement


C’est si simple exigence



Xavier Lainé

31 janvier 2024


vendredi 23 février 2024

Les années passent ! 30

 




Je prends refuge entre deux mots

Dans un soleil pâle

Le silence me parle


Que sais-je de ce qui advient

Sinon que c’est là

Ça me prend par le bout du cour

Ça me décline en mille regrets

En moments de joie

En cours instants de bonheur


Puis ça disparaît

Comme c’était venu

Ça disparaît

Dans une brume d’espérance

Dans une nuit où les rêves

Sont discrètes étoiles

Dans mon ciel obscurci


Je crois en la vertu de l’absence

Du retrait et de l’éloignement

Pour éviter les pièges et les chausse-trappes

Pour naviguer entre les récifs

Ne pas me perdre entre les cimes enneigées

Si faiblement enneigées


Je prends refuge entre deux mots

Entre deux pages qui m’éclaire

D’un éphémère moment de grâce


Mes yeux suivent d’étranges ombres

Qui se penchent à mes oreilles

Me chuchotent leurs mots d’amour malicieux


*


Un instant je réactive les réseaux de la mémoire

Je cherche dans ce fil conducteur les méandres

Les chemins creux où je me suis égaré


Je ferme les yeux sur des soleils ardents

Une mer d’azur berce mon enfance

Parfois un étrange cavalier surgit de nulle part


Il me regarde il est suivi d’un autre

Entre les palmiers qui font s’envoler

Le sable léger des souvenirs


*


Pas de racines

C’est ainsi

Pas de racines

Juste le voyage

Un jour ici

Demain ailleurs

Avec souvenirs

Pour tous bagages


Il ne reste rien de ce qui fut

Une fois larguées les amarres de l’enfance

Il ne reste rien sinon vagues traces dans la mémoire

Comme un exil qui dure

Qui t’empêche de te poser



Xavier Lainé

30 janvier 2024


jeudi 22 février 2024

Les années passent ! 29

 




Le calcul était facile

De cent bougies en retirer neuf

Te voici presque en la traversée du siècle

Parfois les mots défaillent

La mémoire chancelle

Les faits s’y mélangent 

Ce n’est qu’allusion à la confusion générale


*


Car au « royaume du grand cul par dessus tête » (Julie D’Aiglemont)

On vit dans la grande confusion

Le mélange des genres et la bouillie des pensées

Se transforment en une purée de poix


Les combats peuvent paraître justes

En ce « royaume du grand cul par dessus tête »

Mais fort inégaux 

On met dans le même sac 

Ceux qui polluent la Terre et nos gamelles

Avec ceux qui amoureusement se penchent

Sur la glèbe pour qu’elle vive ou survive


On lit sur une pancarte le rêve du grand amalgame

La grande fraternité des inconscients

Sous la houlette bienveillante des pires

Qui se tiennent en embuscade

Au détour des rond-points et des autoroutes

Envahis de lisier


On s’enfonce dans la fange des idées rances

On noie dans les bassines l’espoir d’une paix humaine

Qu’importent les bombes et les ruines semées

C’est la grande accolade entre les fossoyeurs de la terre

Nous vivons ce temps là

Celui de la grande confusion

Dans un monde qui s’auto-détruit

Avec la bénédiction des profiteurs 


*


Le calcul était simple

De cent bougies il fallait en retirer neuf

Et tu passais de la montée de nazisme

À celui d’un fascisme qui ne dit pas son nom

Qui joue avec la confusion des genres et des esprits

Au « royaume du grand cul par dessus tête »


Le calcul était simple

Je ne sais si ta mémoire chancelle tant que ça

Elle semble si courte dans tant d’esprits

Entretenus en cette bouillie mentale

Où victimes et bourreaux avancent main dans la main

Sous l’oeil attendri de la peste blonde

Avant de devenir brune


Et toi ma mère

Dans cette traversée du siècle

Les nouvelles te font bondir

Elles te heurtent de plein fouet

Tu en oublies l’immédiat répétant à l’infini

Ta volonté d’en finir

Avec une vie semée de guerres et de destructions



Xavier Lainé

29 janvier 2024