vendredi 23 février 2024

Les années passent ! 30

 




Je prends refuge entre deux mots

Dans un soleil pâle

Le silence me parle


Que sais-je de ce qui advient

Sinon que c’est là

Ça me prend par le bout du cour

Ça me décline en mille regrets

En moments de joie

En cours instants de bonheur


Puis ça disparaît

Comme c’était venu

Ça disparaît

Dans une brume d’espérance

Dans une nuit où les rêves

Sont discrètes étoiles

Dans mon ciel obscurci


Je crois en la vertu de l’absence

Du retrait et de l’éloignement

Pour éviter les pièges et les chausse-trappes

Pour naviguer entre les récifs

Ne pas me perdre entre les cimes enneigées

Si faiblement enneigées


Je prends refuge entre deux mots

Entre deux pages qui m’éclaire

D’un éphémère moment de grâce


Mes yeux suivent d’étranges ombres

Qui se penchent à mes oreilles

Me chuchotent leurs mots d’amour malicieux


*


Un instant je réactive les réseaux de la mémoire

Je cherche dans ce fil conducteur les méandres

Les chemins creux où je me suis égaré


Je ferme les yeux sur des soleils ardents

Une mer d’azur berce mon enfance

Parfois un étrange cavalier surgit de nulle part


Il me regarde il est suivi d’un autre

Entre les palmiers qui font s’envoler

Le sable léger des souvenirs


*


Pas de racines

C’est ainsi

Pas de racines

Juste le voyage

Un jour ici

Demain ailleurs

Avec souvenirs

Pour tous bagages


Il ne reste rien de ce qui fut

Une fois larguées les amarres de l’enfance

Il ne reste rien sinon vagues traces dans la mémoire

Comme un exil qui dure

Qui t’empêche de te poser



Xavier Lainé

30 janvier 2024


jeudi 22 février 2024

Les années passent ! 29

 




Le calcul était facile

De cent bougies en retirer neuf

Te voici presque en la traversée du siècle

Parfois les mots défaillent

La mémoire chancelle

Les faits s’y mélangent 

Ce n’est qu’allusion à la confusion générale


*


Car au « royaume du grand cul par dessus tête » (Julie D’Aiglemont)

On vit dans la grande confusion

Le mélange des genres et la bouillie des pensées

Se transforment en une purée de poix


Les combats peuvent paraître justes

En ce « royaume du grand cul par dessus tête »

Mais fort inégaux 

On met dans le même sac 

Ceux qui polluent la Terre et nos gamelles

Avec ceux qui amoureusement se penchent

Sur la glèbe pour qu’elle vive ou survive


On lit sur une pancarte le rêve du grand amalgame

La grande fraternité des inconscients

Sous la houlette bienveillante des pires

Qui se tiennent en embuscade

Au détour des rond-points et des autoroutes

Envahis de lisier


On s’enfonce dans la fange des idées rances

On noie dans les bassines l’espoir d’une paix humaine

Qu’importent les bombes et les ruines semées

C’est la grande accolade entre les fossoyeurs de la terre

Nous vivons ce temps là

Celui de la grande confusion

Dans un monde qui s’auto-détruit

Avec la bénédiction des profiteurs 


*


Le calcul était simple

De cent bougies il fallait en retirer neuf

Et tu passais de la montée de nazisme

À celui d’un fascisme qui ne dit pas son nom

Qui joue avec la confusion des genres et des esprits

Au « royaume du grand cul par dessus tête »


Le calcul était simple

Je ne sais si ta mémoire chancelle tant que ça

Elle semble si courte dans tant d’esprits

Entretenus en cette bouillie mentale

Où victimes et bourreaux avancent main dans la main

Sous l’oeil attendri de la peste blonde

Avant de devenir brune


Et toi ma mère

Dans cette traversée du siècle

Les nouvelles te font bondir

Elles te heurtent de plein fouet

Tu en oublies l’immédiat répétant à l’infini

Ta volonté d’en finir

Avec une vie semée de guerres et de destructions



Xavier Lainé

29 janvier 2024


mercredi 21 février 2024

Les années passent ! 28

 




Faut-il seulement se poser la question du poème

Ou laisser errer les doigts sur le clavier où les mots s’agencent

En suivre les entrelacs au coeur même d’une vie

Parfois vie gâchée d’attendre quelque chose qui ne saurait venir

Puisque chacun est là

Dans cette attente jamais assouvie


Faut-il seulement se dire « poète »

Se prétendre écrivain 

Attendre vaniteusement que les mots contribuent à petit sauvetage

Se sauver seul par la grâce des mots

Trouver autour de soi 

Convaincu de détenir des clefs qui ne nous appartiennent pas


Faut-il seulement se poser la question de la littérature

De la position à prendre au coeur de cette chose

Qui ne semble pas toucher plus que ça

Le commun qui souffre et se tait

Puisque la parole ne lui est guère donnée

Sinon pour la ridiculiser

Comme parole sans importance aux yeux des bons bourgeois

Qui font et défont les célébrités

Croquent de la littérature comme ils boufferaient des sardines


Faut-il se poser la question de la place à tenir

Lorsque les mots s’agitent au bocal cérébral

Ne demandent qu’à jaillir comme lave

Dans un monde qui se méfie des volcans en colère


Il a peut-être raison

Le monde

Ou du moins celui-ci

Assujetti à des normes de convenances

Convenances de classe et de courtoisie en son sein


Il a peut-être raison ce monde là

De se méfier de ce qui bout sous les voûtes crâniennes

De ce qui ne demande qu’à exploser comme vif argent

Dans les matins délicieux où se prélassent les nantis

Nantis provisoires qui s’imaginent pouvoir durer


Ils pourraient durer certes si

Si nous posant le problème du poème

De son existence et de ce qu’il doit et pourrait être

Nous ne cessons de tourner autour de nous-mêmes

Laissant la question du pouvoir

Délaissant la question des dominations

Dans le silence pesant de nos ignorances


Car tandis que je tourne autour du poème

De ce qui en serait ou pas

D’autres ici et là

Sur les trottoirs d’indifférence

Dans les eaux glacées d’un hiver sans compassion

Crèvent sans un mot

Leur cri invisibilisé par des choix médiatiques


Car on préfère toujours une poète(étesse) nue

Délirant les mots crus de ses menstruations

Aux mots volcans qui viendraient bousculer

L’équilibre pesant des institutions normatives


Poèmes ou pas j’écris

Je crache mon venin dans mon infime part de cet univers

Dont nul ne saurait détenir le moindre sésame

Et j’attends


J’attends le réveil d’un volcan

Dont la lave puissante serait faite de la diversité de nos maux

De l’exubérance de nos mots

Jetés au pot commun de notre humanité

Pour en faire socle rejetant tous dogmes

Jetant les bases d’un commun éradiquant toute forme de pauvreté

Des mots qui soient mains tendues

Non pour la gloire d’un seul auto-proclamé « poète »

Mais pour la sauvegarde de la vie de tous


Je suis de ce sang là

Mes mots s’agglutinent au secret d’une nuit qui s’étend

Dès lors que nous oublions l’oeuvre commune

Qui nous lie à notre histoire humaine

Qui n’a pas toujours été celle de « civilisations »

Basées sur la domination minoritaire des plus forts


Mes mots s’écrivent dans le sang des bâtisseurs de pyramides

Dans celui des constructeurs de temples et de cathédrales

À la gloire de masques divins 

Posés sur le visage suffisant et bouffi de ceux qui tirent les ficelles

Ventres ronds de la nourriture qui manque à l’immense majorité


Que m’importe donc que les poètes fassent ou non leur « printemps »

De qui tiendrait le gouvernail s’il ne s’agit que de petites gloires juxtaposées

Dans le cynisme où le monde se précipite

Les yeux bandés

Hors de toute appréhension poétique de la beauté

D’une beauté toujours assombrie par la souffrance des laissés pour tous comptes



Xavier Lainé

  28 janvier 2024