jeudi 15 février 2024

Les années passent ! 22

 




Il est terrifiant tumulte

Qui s’élève sans faire de vague vraiment

Car qui 

Quand il a faim

Se soucie du verbe poétique

Serait bien inspiré certes


Il est terrifiant tumulte


*


Il est terrifiant ce tumulte des mots

Dans la bouche de ceux qui se proclament poètes

Qui en font leur propriété et leur gagne petit


Ceux-là gardent jalousement la place

Semblent ignorer que l’uniformité tuerait 

Plus sûrement leur art que diversité dangereuse


Faudrait-il interdire les propos haineux

Ou plutôt faire en sorte que ceux-là

Restent à la place qui est la leur

Combattre toute forme de pouvoir

Qui ouvre la porte au pire

Afin de réserver le meilleur 

Au commun désorienté

Je ne sais


Ce que je sais c’est toute la difficulté

À se reconnaître poète

Quand on écrit


Quand on écrit

On écrit

Qu’importe l’agencement des mots

C’est le message qu’ils colportent

Qui prend de l’importance


Je m’interroge

Où étaient les doctes autrefois

Lorsqu’un président usait de l’affront national

Comme repoussoir 


C’est le feu qui nous brûle aujourd’hui


Nous avions prévenu qu’il ne fallait pas

Jouer avec les allumettes

Que l’incendie nous gagnerait

Qu’il serait bien délicat de l’éteindre

Une fois misère et désillusion semées

Au coeur même de qui encore luttait


Qu’une voix sordide puisse être interdite

Nous courrons le risque évident

De voir les corrupteurs crier


C’est ce que nous voyons

Puisqu’eux aussi ont acquis

Le pouvoir médiatique univoque



Xavier Lainé

22 janvier 2024


mercredi 14 février 2024

Les années passent ! 21

 




Il se passe quelque chose dans le Landerneau des poètes

Il se passe quelque chose

Comme ils se passe les mêmes choses dans le quotidien banal des gens

Point de jours sans son racisme larvé

Point de jours sans invectives

Sans accusations plus ou moins fondées

Qu’un écrivain puisse user de ce lieu commun de la honte

Voilà qui devrait déjà nous interroger sur ce que devient ce pays

Les inhibitions levées les cerveaux en informations partiales se perdent

On se lève

On s’élève

Mais voilà quarante ans au moins que les pensées rances

Qui n’en sont pas mais relèvent du délit

Sont instrumentalisées par tristes sires accrocs à leur pouvoir

Quarante années que trop peu se sont élevés contre 

Que minoritaires sont ceux qui volent au secours des perdus en ce monde


Alors bien sûr s’élever contre des propos ignominieux

On peut vouloir défendre un sens noble à la poésie

Mais

Il faut bien constater que ses formes institutionnelles

Ne la défendent que très peu

Ou seulement tant qu’elle reste bien sage

Dans le Landerneau de la poésie officielle

Qui n’a rien à voir avec ces éclats

Qui circulent partout

Sous le manteau confidentiel

De réseaux à ce sujet presque sociaux


Rien à voir avec ce printemps vidé depuis longtemps

De ce qui en faisait le charme et l’enthousiasme

Une cérémonie de plus

Qui finit par ressembler étrangement 

À un enterrement

Dirigé désormais par les pensées rances

Alors le Landerneau des poètes se réveille de sa torpeur

On pétitionne

C’est fou ce qu’on pétitionne

Ce qu’on fait de révolution

Autour de son écran

En milliers de signatures

Dont les autorités se moquent


J’aurais pu signer si

J’aurais pu signer certes

Mais je ne m’y retrouve pas

Tant ma parole inédite et vouée aux limbes des réseaux

Ne trouve aucune sortie dans le milieu

D’une poésie qui parle 

Certes elle parle

Mais nul ne sait ce qu’elle dit

Tant elle ne se retrouve que dans l’entre-soi

Des poètes qui se proclament ainsi


« Je ne me prétends pas poète. Je crois ma vision fort commune. »

Écrivait Francis Ponge

C’est si difficile de vivre que se proclamer poète

La belle affaire

Et il ajoutait 

« J’ai besoin du magma poétique, mais pour m'en débarrasser.

Je désire violemment (et patiemment) en débarrasser l'esprit. »


C’est ainsi que la postérité pourrait en découvrir

Des poètes et non des moindres

Qui toute leur vie

N’auront fait que construire magnifiques oeuvres posthumes

Sans jamais parvenir à franchir les portes

Du Landerneau des poètes qui pétitionnent

Tandis que de partout monte le mufle hideux

Dont un est nommé « président » du printemps

Dont on se demande chaque jour

Si seulement il pourrait advenir

En nous allégeant du poids de nos compromissions


J’aurais pu signer mais quelque chose me retient

Un je ne sais quoi

Un n’importe quoi

Qui me rend difficile survie

En un pays qui ne cesse de se déchirer

Quand il nous faudrait nous ressaisir



Xavier Lainé

21 janvier 2024


mardi 13 février 2024

Les années passent ! 20

 




L’année n’avait que vingt jours

Que déjà nous étions en train de perdre

Les paroles de voeux s’écrasent

Dans la boue d’un temps perdu

Qui ne cesse de s’obscurcir


L’année n’avait que vingt jours

Vingt jours c’est si peu 

Au regard d’une vie ou de l’histoire

Mais dans une étrange accélération

Nous ne cessons d’être perdants


L’année n’avait que vingt jours

Colum Mc Cann cause au poste

Il raconte le sort des victimes

Dont journalistes font choux gras

À défaut d’arrêter le bras des meurtriers


L’année n’avait que vingt jours

Mes mots sauraient-ils se faire rempart

Digue ou murs épais pour nous protéger 

Pour arrêter les mains qui brandissent

Les armes fatales à notre vision humaine


L’année n’avait que vingt jours

Combien de larmes versées 

Au fond de mers seules accueillantes

Aux âmes en errance qui fuient

Le bras vengeur des assassins



Xavier Lainé

20 janvier 2024


lundi 12 février 2024

Les années passent ! 19

 




C’est simple non ?

Réputés incultes, il faut vous permettre l’accès à la culture.

Car incultes vous n’êtes rien.

Incultes ou réputés tels.

Alors un président se déplace avec grands mots (je n’ai pas dit « gros »).

On débloque des fonds pour offrir aux incultes que vous êtes l’accès aux « artistes » reconnus et patentés par le système.

Hors celui-ci, demeurez donc incultes à ses yeux !


C’est simple non ?

Tu poses une question à l’Agence Régionale du livre :


« Je viens de chercher sur le site de l’ARL une liste des éditeurs de la région avec qui éventuellement travailler.

Mon projet est de mettre en forme les nombreux textes écrits depuis des années à fin d’édition.

Mais mon expérience de l’édition m’invite à me mettre en quête d’une relation éditoriale qui permette un travail en commun et non simplement l’envoi de mes textes au hasard.

Je viens de postuler, sur un de mes projets en cours depuis quelques années à la Bourse Chenouard de la SGDL dont je suis membre.

Sauriez-vous m’indiquer vers où diriger ma curiosité ?

D’avance merci. »


La réponse est quasiment immédiate :


« Difficile de répondre à votre demande. Je vous encourage à visiter les sites des éditeurs de la région et de vous rapprocher de ceux qui correspondent le plus à votre projet littéraire, que je ne connais pas. »


J’avais envie de dire merci.

Je ne le ferai pas.


C’est simple non ?

Débrouillez-vous et cultivez votre ego, créez votre carnet de bonnes adresses qui vous ouvriront le chemin vers le Graal de la publication dans les bonnes feuilles reconnues par le système bourgeois.

Débrouillez-vous avec ce que vous écrivez, dont vous pensez que, peut-être, mais sans prétentions aucunes, la teneur pourrait avoir intérêt aux yeux qui se poseraient dessus.

Que nenni : « visitez les sites des éditeurs de la région » (la liste fournie ne semble comporter aucune adresse) « et rapprochez-vous de ceux qui correspondent le plus à votre projet littéraire ».

Merci, pas besoin de vous pour ça.


Tout l’art du système est là : créer des « agences » avec tes impôts qui te renvoient dans les filets de ton inexistence à la première question posée : « votre projet littéraire, que je ne connais pas » !

Belle curiosité !


C’est sûr le monde cultivé qui souhaite apporter sa pensée profonde aux riens incultes ne cherche pas à connaître ce que les riens incultes peuvent créer. Cette parole là est inaudible dans les beaux salons où se congratulent les bien-pensants.


Voilà : je me rends compte, dans ma lettre de motivation à candidature de bourse auprès de la « Société des gens de lettres » (dont au demeurant je suis membre lointain, certes, mais membre), avoir fait état d’un « parcours académique » que je n’ai pas : me voilà coupant l’herbe sous mes pieds.


Car pour écrire bien sûr, il faut avoir suivi le parcours académique ad hoc.

Et, pendant que j’écris, un pédant parle sur France Culture de son parcours personnel dont il a fait un livre qu’il ne pensait pas intéressant, mais quand même…

Et là, oui, la colère me monte au nez.



Xavier Lainé

19 janvier 2024