vendredi 9 février 2024

Les années passent ! 16

 




Parfois la mémoire n’est pas courte

Elle est absente


Rappelez-vous

Il n’y a pas si longtemps

Ce qu’un saugrenu avait nommé

« Grand débat »

« Grenelle de la santé »

« Conférence pour l’environnement »


Des mots

Des milliers de mots

Prononcés par milliers de braves gens

Qui ont cru un instant

Que leurs mots auraient une importance

Qu’ils pourraient contribuer

À changer quelque chose

À l’ordre inexistant


Des mots

Comme ceux que je jette

Chaque jour

En pâture à la toile anonyme

Mots vains dans un monde

Où seuls les « experts »

Ont talents reconnus

À se faire entendre


Des mots comme bouteilles à la mer

Que seule l’histoire pourrait recueillir



Xavier Lainé

16 janvier 2024


jeudi 8 février 2024

Les années passent ! 15

 




Ce fut

Immersion

Me laissant porter

Sur la houle des mots

Et derrière les pensées

Qui justifient

Ou pas


Pour juste un instant

Écrire n’était plus vain

Vaniteux peut-être

Mais pas vain


*


Où je parlais

De liés et déliés

De déliés perceptibles

Une fois que je connais ce qui me lie


Je parlais

J’usais de la métaphore

Qui n’en est pas une

Entre ce que corps dit

Et ce que mots disent

Sans maudire 

Ni médire


Parfois les mots expriment

Ce que corps vit

Corps qui résiste 

Tarde à se délier

Je partais de loin

Pour arriver où les mots trouvaient refuge

J’y aurais bien fermé les yeux

Pour en déguster avec délectation

Les subtils effluves


*


Lier

Délier

Défaire les noeuds 

Qui nous étouffent

Avancer 

Même par gros temps

Trouver les mots

Les déposer

Comme une obole

À qui veut


*


C’est par les mots peut-être

Que l’humain devient tel

Je dis peut-être

Car il en est qui en usent

En parole de haine

Pour justifier l’injustifiable

La violence qui nous diminue 

Nous amoindrit

Nous salit dans notre humanité

Justement 

Dans notre humanité



Xavier Lainé

15 janvier 2024


mercredi 7 février 2024

Les années passent ! 14

 




Je n’ai pas quitté la route 

Qui me conduisait de mots en mots

À l’abri de l’âpre paroi rocheuse

Qui séparait les mondes


Celui là-haut qui est mon ermitage

Mon lieu clos où les pensées bouillonnent

Celui plus près de la mer

Où vont les amitiés qui ne se disent pas


Je n’ai pas quitté la route

Je n’ai fait qu’en suivre le tracé

De mots en mots elle contournait les obstacles

Inscrits en filigranes dans la vie qui s’écoule


D’une planète solitaire où lire est bouée

Je passais à planète solidaire

Où les mots se font vecteurs 

D’une compréhension bienveillante


Je n’ai pas quitté la route

Mon chemin est tellement sinueux

Que parfois je me perds

De ne pas oser en sortir


C’est toujours rassurant

De se savoir attendu quelque part

De voir les regards s’éclairer 

À l’entrée en matière de mon pas un peu lourd



Xavier Lainé

14 janvier 2024


mardi 6 février 2024

Les années passent ! 13

 




Sur quel terreau pousse encore l’amour

Puisque nous ne cessons d’en avoir la soif

Puisque nous allons errant à la surface

D’un monde qui ne sait rien des sentiments


Sur quel terreau pousse encore l’humain

Où ne cessent de s’entretuer les absurdes

Quand il nous faudrait nous entr’aimer


*


Ecrire

Se saisir du vague et de l’approximatif

D’un petit vent qui se lève

D’un givre soudain sur les pare-brises de l’ennui


Écrire

Suivre par les rues défoncées

Le chemin sinueux d’une présence

Sans trop savoir où elle te mène


Nulle part 

Peut-être

Sans doute

Mais écrire


Préparer ce qui ferait livre

Délivré de la gangue des fausses pudeurs

Au premier mot déposé

Te voilà déjà en chemin de littérature


*


« Un monde sans violence sexuelle et sexiste »

Certes

Si on regardait les choses du côté

Aussi

De l’esprit de domination

Cet esprit pervers qui est à l’origine de presque toutes les violences


Mais peut-être je m’égare

Qu’au fond il suffirait en effet de pacifier ce monde-ci

Uniquement dans la relation hommes femmes

Sans rien changer à la domination qui spécule

Sur la misère et les armes


Peut-être je me trompe

Peut-être

Qu’il suffirait en effet

D’éradiquer les appétits sexistes du genre masculin

Pour que le monde soit autrement

Peut-être


Mais moi je rêve de toujours plus

Je me dis qu’il faudrait poursuivre en justice

Ceux qui spéculent sur l’injustice et la misère

Les marchands de canon 

Les trafiquants en tous genres

Qui sont l’image dégradée du versant mâle du monde


Un versant qui considère l’autre comme un jouet

Dont on peut user et abuser à son petit profit

Qui montre son mufle hideux dans la relation homme/femme

Mais qui traverse toutes les relations sous l’oeil bienveillant de la bourse



Xavier Lainé

13 janvier 2024