lundi 29 janvier 2024

Les années passent ! 5

 




Chaque jour tu jongles

Avec la fatigue d’exister

Avec ce monde où tu ne trouves place

Avec les écueils dressés

Dont tu te doutes bien

Qu’ils viennent en partie de toi-même


Alors tu jongles

Tu tentes une traversée du jour

Pour une fois sans coups durs


C’est tout un art

D’enfoncer l’angoisse et le désir de mort

De leur faire rendre gorge

Pour demeurer un jour de plus en vie

Des fois que


Tant d’années désormais

Où tu t’es réveillé avec ces mots là

« Des fois que… »


Mais voilà que les obscurs

Les post-humains ou pas encore ainsi

S’acharnent et te brodent un linceul de menaces

Ils te signifient ton incongruité en leur monde

Tu n’y es résolument pas à ta place

Tu te mets en mode survie

Roulé en boule de protection

Au fond de ton terrier de mots

Tu laisses passer le vol des voeux 

Qui tombent drus sur ton échine éreintée


*


Le moral se tient aux abonnés absents

Une vague de découragement envahit l’an

Et ce n’est qu’un début

Faudra continuer le combat

Contre les ombres qui t’envahissent


C’est vrai

Tu te méfiais 

Mais quand même

Au fond

Tout au fond

Tu avais cette envie folle

De voir enfin l’année

Prendre son envol

Sur de meilleurs bases

Que toutes les précédentes


C’est vrai

Mais


L’an n’avait que deux jours

Que déjà te voilà cloué

Pauvre hibou perdu en plein jour

À la porte de l’espoir


Tu te méfiais

Mais quand même

Du fond du coeur

Tu l’appelais ce bonheur d’exister

Et lui te tournait le dos



Xavier Lainé

4 janvier 2024


dimanche 28 janvier 2024

Les années passent ! 4

 




Tôt matin 

Mes yeux contemplent la faillite

Qui avance à peine masquée

Qui demain pourrait s’aggraver

Si les menaces qui planent

Venaient à s’abattre


Tôt matin

M’en vais cueillir

Dans la clarté délicate

Quelques mots accrochés

Aux branches givrées


Mon délit est clair

Dans un monde déshumanisé

Il ne faut pas en faire preuve

D’humanité


Il faut savoir paraître fort

Marcher quand on vous dit de le faire

Suivre le sens du courant

Calculer sa course sans défaillance

Anticiper sur son chiffre d’affaire

Ne jamais regarder l’humain qui frappe à la porte

Mais la variable d’ajustement des profits


Survivre serait s’accrocher

À la bouée percée d’un monde qui se noie

Survivre serait faire semblant de bonne fortune

Quand le naufrage vous entraîne par le fond



Xavier Lainé

4 janvier 2024


samedi 27 janvier 2024

Les années passent ! 3

 





Non

Pas la haine

Juste cette calme révolte

Qui agite le sommeil

Quand il faudrait dormir

Comme vous dormez

Pauvres « managers »

Du sommeil de l’injuste

Sûrs de votre « devoir » accompli


Nous en sommes là

Dans ce pétrin de fascisme ordinaire

Qu’importe à l’administratif sournois

Le sommeil absent de l’accusé


Accusé

Vous m’accusez

4412 euro et 60 centimes de dépassement

Sur six mois


21,1 % de mes actes 

C’est 78,9% sans

Preuve s’il vous en fallait une 

Que je ne soumets moi personne au diktat d’un dépassement

Que je laisse le choix

Que nul n’est soumis à cet impératif pour être soigné


4412,60

C’est 785 par mois

183 par semaine

36 par jour


À douze patients par jour

C’est 3,06 chacun

La belle affaire


Et pour ce motif

Pour satisfaire à votre « engagement » en faveur de « l’accès aux soins »

Vous allez m’interdire d’exercer conventionné

Vous allez donc empêcher les plus pauvres

Ceux qui 

À quelques exceptions près

Justement ne paient aucun dépassement

Vous allez les empêcher d’accéder encore

Aux soins prodigués en mon âme et conscience 

Depuis 40 ans


Autrement dit

Affirmant une chose

Pauvres « managers » du système néo-fasciste

Vous imposez aux plus miséreux

Le désert médical qui ne cesse de s’aggraver


Pas d’affolement

Je vais juste chercher le moyen d’organiser ma survie

Et je continuerai à soigner

Gratuitement s’il le faut 

Mais sans votre épée de Damoclès


Nous en sommes là

Ne resteront que les plus vils

Une fois les règles appliquées

Et les finances sauves

(Mais vous ne réglez rien sur mes dépassements !)

C’est reparti

Il y a peu vous me brandissiez l’autre menace

Celle d’être interdit d’exercer pour non vaccination

On voit où vos certitudes nous ont mené


Je sais qu’il n’y aura aucune organisation professionnelle

Pour me soutenir et me défendre

J’assumerai seul celle-ci

Comme toujours depuis quarante années

Où tant se vautrent dans la collaboration

Tandis que l’âme se meurt 

Qui donnait encore noblesse

À l’acte de soigner


Je vais devoir partir

Mais ce sera la tête haute

Je n’ai jamais signé le moindre compromis

Avec ce régime destructeur


Mon âme est à rebondir

À être toujours aux côtés des plus faibles

Ne serait-ce que par ma plume

Dont vous ne trouverez aucun moyen de la faire taire


Je m’en irai debout

Mon travail toujours accompli en conscience

Quoiqu’assumant mes faiblesses et mes erreurs

Voyez donc « managers »

Je ne me suis jamais fait riche sur le dos de qui que ce soit

Et si ma nuit est agitée

C’est que j’ai encore une conscience

De la portée de ce que vous êtes en train d’accomplir

Dont je ne serai pas la seule victime




Xavier Lainé

4 janvier 2024