vendredi 26 janvier 2024

Les années passent ! 2

 




Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que l’année démarre mal.

Une lettre de la Caisse primaire d’assurance maladie.

Une injonction à me conformer à une convention qui ne respecte pas les patients.

Puis l’écoeurement.


Je vais donc larguer les amarres.

Prendre le large et ouvrir mes droits à retraite.

Pour ne plus avoir à supporter ces administrations devenues stupides.


Ma lassitude est à son comble.

Continuer à soigner dans ces conditions est rigoureusement impossible.

Je n’imaginais pas devoir terminer ainsi une carrière consacrée en mon âme et conscience à vous recevoir avec la dignité que votre humanité exige.

Je vais devoir arrêter.

Dès que possible, pour ne plus recevoir, après ma journée de travail, ce genre de lettre agressive d’administratif qui ne savent rien de vos douleurs.


Je ne m’avilirai pas à négocier.

J’ai toujours agi en mon âme et conscience.

On me menace désormais de ne plus soutenir mes cotisations sociales.

On me menace de me suspendre de la « possibilité d’exercer dans le cadre conventionnel ».

On me menace d’interdire le dépassement (que j’ai toujours pratiqué avec tact et mesure et sans jamais assassiner qui que ce soit pour être payé).

On me menace.


Après quarante ans de loyaux services, on me menace.

Bienvenue en 2024 !

Las, je vais devoir rendre mon tablier.



Xavier Lainé

2 janvier 2024


jeudi 25 janvier 2024

Les années passent ! 1

 




Faire le vide

Ouvrir de la place

Laisser déborder

Le fleuve des colères

Non pas sourdes

Mais attentives

À ce que pourraient faire

Humains conscients 

D’être qui ils sont

D’avoir une responsabilité

Pour eux-mêmes et pour les autres

À moins d’accepter

D’être déchus 

Du noble titre d’humain


À l’incompréhension de nous voir dirigés

Droit contre le mur absurde des violences

J’aimerais opposer notre droit à la rébellion

À l’insoumission active 

À l’intelligence profonde


Nous ferions sécession à notre tour

Laissant derrière nous

Le passé des tristes figures

S’appropriant pouvoirs et fortunes

Sans un regard pour qui souffre et se tait


Assis sur le seuil d’encore une année

Je ne reconnais pas le droit

À un président mal élu

De parler en mon nom


*


Va falloir nous y habituer

À retrousser les manches

Mettre mains et coeurs à l’oeuvre

Plonger jusqu’à l’âme

Dans le cambouis de vivre

Ne rien confier

À qui ne mérite aucune confiance

Ne plus écouter les verbes-creux

Si prompts à nous pousser

Leur chansonnette insipide

Ceux qui nous endorment

À grands coups de promesses

Qu’ils ne tiennent jamais

Puisque nos vies ne les intéressent

Qu’à la condition qu’elles leur rapportent


Nos vies comme des marchandises

Nous les retirerons de leur marché

Rien ne s’achète ni se vend

Lorsque nous avançons 

Avec la certitude d’exister


Nos vies ne leur appartiennent pas

On voit tellement bien

Ce qu’ils en font


L’heure du réveil a sonné

L’entendrez-vous

?



Xavier Lainé

1er janvier 2024


mercredi 24 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 31

 




Un instant j’ai imaginé

Juste un instant remonter le temps

Effacer jour après jour

Ce qu’un an laisse de trace

Et tout recommencer


Tandis que les sinistres peaufinent leurs discours

Nous pourrions effacer jusqu’à leur existence


Qu’avons-nous fait pour mériter de vivre

En tel monde tragiquement défait ?

Alors, écrivant chaque jour depuis tant d’années

J’ai remonté les degrés de l’échelle

J’ai découvert avoir mis trois jours

En l’an deux mille vingt et trois

Avant de me décider 

De me jeter dans le bain saumâtre 

De voeux qui ne retombent jamais


J’écrivais ainsi, ce trois janvier

En prélude à une année

Où tant se répandaient sur les ondes

En vains voeux de bonheur

De santé et de prospérité

 

« Ça fait mal

Tous ces voeux balancés comme ça en passant

Avec visage si fermé 

Qu’ils disent le contraire 


Ça fait mal

Toutes ces fêtes qui n’en sont plus

Vidées de toute substance et de tous sens

Au point que nul n’y croit

Mais tout le monde se prête au jeu »


Je ne cesse d’écrire ici

Que la vie est ce que nous serions capables d’en faire

Que donc il n’est besoin d’aucune prédiction

D’aucune croyance 

D’aucune superstition


Le temps passe et nous avec

À défaut de prendre nos affaires en mains

D’autres s’en chargent

Et nous laissent défaits

Sur le trottoir d’en face

Après nous avoir invités à traverser

Pour trouver ce que nous cherchons en vain

En vain puisque ce que nous cherchons est en nous-mêmes

Tapis dans l’ombre de notre action ou inaction

Tapis dans notre compassion ou notre indifférence


« Toutes les langues issues du latin forment le mot compassion avec le préfixe « com- » et la racine « passio» qui, originellement, signifie « souffrance ». Dans d'autres langues, par exemple en tchèque, en polonais, en allemand, en suédois, ce mot se traduit par un substantif formé avec un préfixe équivalent suivi du mot « sentiment » (en tchèque : sou-cit ; en polonais : wspol-czucie ; en allemand : Mit-gefühl ; en suédois : med-känsla).

Dans les langues dérivées du latin le mot compassion signifie que l'on ne peut regarder d'un cœur froid la souffrance d'autrui ; autrement dit : on a de la sympathie pour celui qui souffre. Un autre mot, qui a à peu près le même sens, pitié (en anglais pity, en italien pietà, etc.), suggère même une sorte d'indulgence envers l'être souffrant. Avoir de la pitié pour une femme, c'est être mieux loti qu'elle, c'est s'incliner, s'abaisser jusqu'à elle.

C'est pourquoi le mot compassion inspire généralement la méfiance ; il désigne un sentiment considéré comme de second ordre qui n'a pas grand-chose à voir avec l'amour, Aimer quelqu'un par compassion, ce n'est pas l'aimer vraiment.

Dans les langues qui forment le mot compassion non pas avec la racine « passio — souffrance » mais avec le substantif «sentiment », le mot est employé à peu près dans le même sens, mais on  peut difficilement dire qu'il désigne un sentiment mauvais ou médiocre. La force secrète de son étymologie baigne le mot d'une autre lumière et lui donne un sens plus large : avoir de la compassion (Co-sentiment), c'est pouvoir vivre avec l'autre son malheur mais aussi sentir avec lui n'importe quel autre sentiment : la joie, l'angoisse, le bonheur, la douleur. Cette compassion-là (au sens de soucit, wspolczucie, Mitgefühl, medkänsla) désigne donc la plus haute capacité d'imagination affective, l'art de la télépathie des émotions. Dans la hiérarchie des sentiments, c'est le sentiment suprême. » (Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être)


Ne m’en veuillez pas de ne rien vous souhaiter

Je suis trop dans cette passion de l’être

Pour imaginer ne serait-ce qu’un instant

Que je ne sais quelle force extérieure

Nous ouvrirait les yeux sur nos manques


Ne m’en veuillez pas

Je ne formulerai aucun voeu pieux

Voeu comme un pieux planté dans des lendemains

Qui ne cessent de faire déchanter notre humanité commune


Je n’ai pas de voeux à formuler

Juste des rêves à traduire en mots

En mots qui ne seraient enfin d’aucune vanité

Qui seraient de nous serrer la main

De nous prendre dans nos bras réconciliés

D’un bout à l’autre de cette Terre

Dont nous savons la finitude

De nous étreindre dans un immense geste d’amour

Dont les sinistres ne viendraient plus assombrir l’existence


Ce n’est pas un voeu

Mettons-nous à l’oeuvre



Xavier Lainé

31 décembre 2023