vendredi 3 novembre 2023

Conjurer l’horreur 10

 




Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Demain les Néron du siècle viendront emprisonner

Qui dit le contraire de ce qu’il faut penser

Ce qu’il faut penser pour protéger qui

Sinon un autre Néron qui sacrifierait tout pour son pouvoir


Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Ne restent plus que dieux de la guerre

Qui déambulent dans les rues

À la tête de leurs armées de cafards

D’un parti ou de l’autre ce sont les mêmes uniformes

Les mêmes visages avinés se réjouissant 

De la mort de l’autre et des fleuves de sang

Répandus dans les avenues d’un siècle 

Incapable de tirer leçons du précédent


Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Les Néron de ce siècle se terrent à l’abri

Regardent avec concupiscence les joutes orales

Se frottent les mains des profits engendrés

Par la vente des armes aux uns comme aux autres

Ils triomphent sur un monceau de cadavres

Entre les berges des fleuves purgés de toute culture

S’écoule les flots de mauvais alcools

Ingurgités pour oublier les passages à l’acte


Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Seul Hadès se réjouit tenant à jour la comptabilité macabre

Déposée en quatre exemplaires aux sinistères

On tient comptabilité des cadavres d’un côté

On les oppose à la comptabilité des cadavres 

De l’autre côté d’une frontière tragique

Les Néron du siècle toujours élus triomphent

Ils se moquent que leur triomphe ne soit 

Que victoire à la Pyrrhus assise dans un bain de sang

Ils se moquent


Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Les Néron de ce siècle en appellent à l’alcool et aux jeux

Dans des stades rutilants de milliards

Les pauvres et les affamés vont qui sifflent 

Les tristes Néron qui savent que demain

Le pouvoir ne saurait leur échapper

Car les mêmes qui sifflent un jour

Les adouberont de leur absentéisme

Leur confieront de nouveau leur triste sort

Par indifférence et lassitude devant le sang et les larmes


Des partis pris jusqu’à la nausée

Des invectives et des diatribes comme s’il en pleuvait

Toujours le même modèle mâle et dominant

Qui exulte à la tête de ses armées de cafards

L’essentiel est dans le parti pris 

L’essentiel est dans l’invective et la diatribe

Seuls Arès et Hadès se frottent les mains

À l’entrée et à la sortie du triste Styx

Ils tiennent leurs comptes de victimes

Les déposent sur la table des oligarques

Qui transforment corps et âmes 

En lignes comptables dans les corbeilles d’or et d’argent


*


« Être juive aujourd’hui, c’est être fatiguée, déçue qu’on en soit encore là. C’est être en colère aussi. C’est avoir honte d’être en colère dans un environnement qui ne comprend pas ou qui fait semblant de ne pas comprendre. » Rebecca Amsellem, Docteure en économie, rédactrice de la Newsletter féministe « Les Glorieuses »


Je ne suis pas juif, ni musulman.

Si je suis catholique c’est qu’un baptême a été imposé au bébé que je fus.


Je ne suis pas juif, ni musulman, ni d’aucune croyance particulière.

Parfois, il m’arrive de me dire mécréant agnostique, et athée pour le respect de toutes les croyances que ce mot m’impose (je n’ose dire « nous » car ce mot est trop souvent vidé de sa substance pour justifier un absolutisme aussi dogmatique que les croyances que croient combattre les purs et durs de la laïcité sans doute mal comprise)


Je ne suis donc pas juif et pourtant je me reconnais dans les propos de Rebecca.

Je n’ai pas trouvé de texte similaire chez les musulman et je trouve ceci regrettable (peut-être quelqu’un ou une a-t-il écrit quelque chose qui m’a échappé).

J’observe la droite qui jubile sans mesurer combien le crime d’hier tend un tremplin à toutes les extrêmes droites les plus bornées et stupides.

J’observe une gauche tout aussi stupide qui se déchire entre ceux qui se mettent à soutenir l’extrême droite au pouvoir en Israel (à leur corps défendant diront-ils) et ceux qui condamnent du bout des lèvres le crime au motif que le Hamas serait « le bras armé » des palestiniens (mais quelqu’un aurait-il demandé leur avis aux palestiniens et en particulier ceux qui sont et vont être les victimes innocentes des représailles ?).

J’observe et, comme Rebecca, je me sens fatigué, d’une fatigue lourde et pesante devant tant d’indigence d’esprit, tant de barbarie libérée de toute inhibition.

Comme si ce monde ne savait que libérer les plus vils instincts de l’Homme au nom d’une civilisation qui, comme disait Jaurès, « porte la guerre comme la nuée porte l’orage ».

Je crains que le pire soit contenu dans cette accumulation de fausses vérités, toutes ces prises de position en faveur des uns ou des autres sans discernement aucun.

Non que je renvoie dos à dos les peuples qui sont en conflit dans cette triste région du monde, mais je suis convaincu que, de part et d’autre de cette frontière sans cesse extensible pour les uns, toujours plus rétrécie pour les autres, au grand dam des condamnations onusiennes depuis 70 ans, palestiniens comme israéliens ne demandent au fond qu’à trouver un chemin de paix pour eux comme pour leur descendance.


Il me semble que ce qui est ébranlé dans ma fatigue, c’est notre humanité.

Humanité qui ne cesse d’être, comme les frontières de l’Etat palestinien, sans cesse remise en question par une logique de système implacable qui ne sait se maintenir au pouvoir que par la division, nos divisions puériles.

Au XXIème siècle, pouvons-nous encore tolérer que la loi du talion soit l’ultime forme de toutes diplomaties ? 

Que faire des Etats dont je ne donnerai pas le nom (ils sont désormais trop nombreux) qui se comportent en terroristes pour leurs propres peuples et donc ainsi pour leurs voisins ?

Comment pouvons-nous tolérer des attitudes étatiques qui ne font qu’armer le bras des assassins puis se tirent d’affaire en criant à la barbarie terroriste ?


Je ne suis pas juif, ni musulman, ni d’aucune religion qui dans leur dogmatisme ont oublié l’étymologie de leur nom : « relier ».

Je suis blessé des tortures et sévices infligés à des ukrainiens qui ne demandaient rien sinon vivre en paix.

Je suis blessé de l’expulsion génocidaire des arméniens d’Artsakh qui ne demandaient qu’à continuer à vivre sur la terre de leurs ancêtres.

Je suis blessé de la guerre génocidaire menée par la démocrature turque contre la culture et le peuple kurde.

Je suis blessé à chaque femme emprisonnée et torturée voire assassinée en Iran.

La liste est longue de mes blessures.


Car au fond ici, c’est notre humanité profonde qu’on souille toujours un peu plus.

Comme si les leçons du XXème siècle étaient impossibles à tirer pour les tyrans de toutes espèces et de tous grades qui veulent imposer leur vision du monde à celles et ceux qui ne pensent pas comme eux.


C’est mon humanité qui se fatigue à défendre une idée de l’homme sous les quolibets et diatribes des convaincus de détenir une vérité définitive.

À chaque humain qu’on tue, mon humanité s’effondre un peu plus.

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? », clamait Don Diègue dans le Cid.

Me voilà au crépuscule de mon existence avec la honte de léguer à ma descendance un monde aussi pitoyable dirigé par d’infâmes usurpateurs tout aussi pitoyables que lui.

Il me reste, tant que souffle m’est offert, à clamer avec Rebecca qu’«être juive aujourd’hui » (mais aussi musulman, chrétien ou athée), « c’est également ne pas avoir la possibilité du pessimisme. Car nous n’avons pas le choix de l’espoir. »



Xavier Lainé

10 octobre 2023


jeudi 2 novembre 2023

Conjurer l’horreur 9

 




Goût amer lorsque matin s’ouvre

Sur un monde dévasté


Mes rêves pourtant étaient de douceur

De solides amitiés et d’amour simple


Mais


À l’ouverture des paupières

Je me frotte les yeux

Qui donc saurait arrêter

Le bras des assassins

Qui pillent nos rêves 

Au mortier de leurs profits


*


Je suis de cette éternelle enfance

Qui ne sait pas se moquer du monde

Qui voudrait rendre ses rêves

À la réalité de son monde

Et les partager sans limite

Avec les autres enfants


Je suis enfant afghan

Je suis enfant tibétain 

Je suis enfant ouïgour

Je suis enfant kurde

Je suis enfant syrien

Je suis enfant palestinien

Je suis enfant israélien

Je suis enfant d’un monde

Dont les adultes ont perdu la boussole


*


Comprendre n’est pas cautionner

Tant pis si les étroits d’esprit

Ne comprennent pas l’équation


Comprendre serait changer de point du vue

Chercher dans la vie d’une société

Ce qui libère les monstres qui sommeillent

Ne demandent qu’à se réveiller

Quand la souffrance et la frustration

Remplacent l’intelligence et la pensée


Comprendre ce serait nous autoriser

À penser un autre monde

D’où misère et guerres seraient exclus

Où le partage et l’entraide seraient la règle

Où domination et profits seraient combattus

Car contraires à la règle commune

De notre humanité retrouvée


*


Je persiste à ne pas pouvoir tolérer

Ce niveau de violence qui oublie l’histoire

Qui montre plus d’ignorance que d’intelligence

Qui enfonce l’humain dans une spirale infernale

Une spirale sans fin où le crime répond au crime

Sur le lit dressé d’une misère qui toujours pèse plus

Sur les épaules des plus démunis



Xavier Lainé

9 octobre 2023


mercredi 1 novembre 2023

Conjurer l’horreur 8

 




Préambule

Je ne savais rien le 7 octobre de ce qui se tramait dans l’ombre des victimes de ce siècle. Je ne savais rien des crimes qui allaient être commis dressant les extrémistes de deux religions les uns contre les autres. Je ne savais rien des crimes qui allaient être commis et ne me furent révélés que le 8 de ce même mois. Mes doigts dès lors n’ont plus cessés d’écrire. Le texte du 7 m’apparaissait comme une prémonition, les suivants ne pouvaient à mes yeux être publiés à chaud. Il me fallait réfléchir aux évènements, me dégager d’un engrenage émotionnel nocif à toute réflexion sereine. Un puzzle de pensées allait s’élaborer chaque jour un peu plus, tentant d’échapper au déluge d’informations contradictoires et de propos péremptoires qui ne faisaient que semer la confusion dans des esprits tellement peu entraînés à l’esprit critique !

J’ai décidé donc de ne rien changer à la progression de mes publications et au décalage temporel entre leur temps d’écriture et celui de leur publication.

Je ne chercherai ici à rien justifier, juste à condamner ce qui doit l’être car pour le poète que je tente d’être, une mort humaine sous la main armée est toujours une mort de trop, même si j’ai bien conscience que notre humanité est arrivée à un stade de complexité qui rend la pensée délicate si elle veut demeurer libre. Mon texte du 7 octobre définissait en quelque sorte le cadre de mon travail d’écriture à venir. Si parfois mes mots peuvent s’avérer maladroits, j’espère qu’ils ne seront qu’ouverture à débattre entre humains pour mieux nous débarrasser des non-encore-humains qui nous polluent l’atmosphère. Nous en débarrasser ou au moins rendre leur malédiction à ce qu’elle devrait être : à la marge de notre humanité à construire et reconstruire sans cesse.

Manosque, le 31 octobre 2023


Il faudrait en finir avec la confusion

Il faudrait ouvrir les intelligences

Dire ce qui est des dominations

Ne pas renvoyer bourreaux et victimes

Dos-à-dos dans une binarité sans issue


Il faudrait que je puisse dire les choses

Sans que les interprétations binaires 

Viennent en corrompre l’esprit 

Il me faudrait pouvoir condamner les uns

Pour ce qu’ils font depuis soixante dix ans

Et les autres qui répondent oeil pour oeil

À ce que les uns leur font subir 

Ajoutant tragédie à la tragédie

Jaillie comme un démon de la boite

Dont l’ouverture a été opérée

Au vingtième siècle en ses crimes


Il faudrait que je puisse dire 

Que je n’ai envie d’arborer

Aucun des drapeaux des forces opposées

Non pour mettre dans le même sac

Ce que font les uns comme les autres

Mais en me plaçant du côté des victimes

D’un camp comme de l’autre

Qui n’ont rien demandé sinon vivre

En cherchant un chemin différent

De celui dicté par des divinités invisibles


Il faudrait que je puisse n’être taxé

Disant ceci que mon seul drapeau

Est un drapeau de deuil pour notre humanité

Qu’un mort innocent en égale un autre

Quelle que soit son parti sa religion

Sa philosophie ou son pays d’origine

Qu’un mort innocent en égale un autre

Qui ne voulait que vivre comme chacun 

Sur un fragment de cette Terre ensanglantée


Il faudrait que je puisse dire sans recevoir

Un retour de flamme nommé antisémitisme

Ou anti-islamisme ou je ne sais quelle insulte

Pour ne pas comprendre ce que des hommes

Sans doute au demeurant munis d’une intelligence

Peuvent infliger sans cesse et sans états d’âme

À leurs semblables au nom de croyances

Historiquement héritées qui disent toutes

Le contraire de ce que leurs actes portent


Mais voilà

Ce que je dis 

Je ne le publierai pas dans le feu de l’actualité

J’attendrai que les esprits se calment

Espérant au plus secret de mon âme

Qu’enfin un peu d’intelligence prenne le pas

Et permette d’entrevoir les caractères

Que le conflit favorise toujours

Celui des êtres dominants et aveuglés

Qui ne pensent qu’à eux-mêmes 

En manipulant les ignorants

Dont ils cultivent l’ignorance

À des fins qui ne font que tuer

En les Hommes que nous sommes

L’humain que nous devrions cultiver


Et tant pis si mon propos n’est pas compris


*


« Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise guerre

Il n’y a que la guerre et son cortège de cauchemars »


Écrivais-je en 2009 dans un livre hélas demeuré confidentiel

Quatorze ans ont passé et le problème est et demeure



Xavier Lainé

8 octobre 2023