lundi 9 octobre 2023

Patience & langueur des temps 15

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)




J’hésite sur le seuil du jour

Me heurte à la colère d’un enfant

Enfant perdu d’un monde qui s’en moque

De ce que deviennent les enfants

Un monde qui les veut juste

Dociles consommateurs 

Des produits frelatés cultivant 

Sombre profits


J’hésite sur le seuil du jour

Je lis dans le journal une diatribe

Contre qui montre la filiation

Entre un coup d’Etat de 1973

Et un Golden Boy cynique

Filiation largement reconnue

Par l’histoire et ses historiens


Mais il ne faut pas dire ce qui est

Justement au nom du dogme qui gouverne

Du dogme qui sème misère et guerres 

Sur la planète Terre depuis cinquante ans


*


Les faits sont têtus

Que les adorateurs de la finance

Veuillent mettre sous le tapis

La dure réalité

Ne changera rien au cours de l’histoire

Ce qui fut hier brisé dans le sang

Couve pour l’éternité 

Dans la soif bien humaine

À vivre ensemble

À créer du commun

Contre le particulier érigé en bible


Les faits sont têtus

Les chars d’hier ont étrange ressemblance

Avec le rouleau compresseur des médias d’aujourd’hui

Que la méthode change ne change rien au contenu

Toujours plus de misère pour la majorité

Toujours plus de fortune pour la minorité

Qui depuis longtemps a quitté le territoire

De notre humanité commune


*


L’évidence n’est pas toujours l’évidence

Tout dépend de quel côté du manche tu te trouves

Nul n’ose cracher dans la main qui le nourrit

Alors on range ses états d’âme au vestiaire

On se fait petit et soumis je vous le jure

On laisse les puissants essuyer leurs pieds 

Sur la carpette de nos soumissions


L’évidence n’est pas toujours évidente

Parfois elle suit de mystérieux sentiers

Où l’âme et l’esprit s’égarent sans pitié

Ne sont plus alors que bouffées de révolte

Qui durent ce que durent les feux de paille

L’espace d’un instant puis rentrent à la niche

Lécher encore la main qui les nourrissent


Ainsi va le monde qui tolère

La soumission comme seule règle

Monde qui emprisonne et rejette 

Qui refuse de marcher à son pas cadencé

Réglé sur les horloges de la bourse



Xavier Lainé

15 septembre 2023


dimanche 8 octobre 2023

Patience & langueur des temps 14

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)




Est-ce pour éviter de voir

Que nous nous agitons tant 

Et en tous sens

Courant après le futile

Ignorant le profond

Pour n’admirer que la surface

Est-ce


Les mots creusent une brèche

Chaque matin avant que jour ne pointe

Je m’y repose

Dans un lit de feuilles parfois jaunies

J’y puisse la sève de vie

Puis m’en retourne à la modestie de vivre


Un chaton observe la gymnastique de mes doigts

Sur le clavier de l’aube

Un écureuil en suit un autre

Dans le noisetier qui me cache

Aux regards d’une ville assourdie


Un homme

Qu’est-ce qu’un homme lorsqu’il se vante

Lorsqu’il ne rêve que de pouvoir

Ou de fortune

Sinon cet être misérable de vanité

Qui ne peut que tomber de son trône


Plus dure sera sa chute

Notre commune humanité n’a que faire

De ces abus de pouvoir

De ces soifs inextinguible de puissance

De richesses toujours mal acquises

Nous sommes plus que nos apparences

Derrière le verni de la fortune

Le coeur a du mal à battre

L’esprit s’enkyste


S’il vous plaît

Ne croyez rien de ce que mes mots laissent entrevoir

Ne croyez rien

Creusez votre propre sillon 

De livre en livre 

Laissez vous aller à l’ivresse

D’une connaissance toujours fière

D’échapper aux volontés de possession


Pourtant je ne cesse d’écrire

Ne cesse de publier mes mots 

Dans la discrétion de mes pages cachées

Pour ne pas vous offenser

Pour ne rien dominer ni juger

Juste poser là les pensées fugaces

L’esprit éphémère d’un instant volé

À la vie trépidante qui passe

Sous mes fenêtres ouvertes


Notre grandeur humaine

Réside dans des palais et des temples de papier



Xavier Lainé

14 septembre 2023


samedi 7 octobre 2023

Patience & langueur des temps 13

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)



Ce monde est terrible

Pour qui n’en a pas l’esprit

L’esprit formaté à surfer

Sur l’océan des algorithmes


Ce monde te laisse dans la marge

Tandis que tous y vont de leurs « partages »

Qui ne savent rien partager pour de vrai

Mais tout sur les ondes


Ce monde est inaccessible

À toutes celles et tous ceux

Qui restent accrochés

Au rocher d’une « vraie vie »

Qui s’oppose en tous points

À la virtualité déshumanisée


*


Accompagner la vie en sa subtilité

Lui donner place de respirer

Tandis que la pression monte

Que les courants limitent 

Le mouvement vers l’humain

Vers le vivant


Je ne sais quelles graines je sème

Qu’importe qu’elles soient

De bonnes ou mauvaises composition

Elles doivent être portées en terre

Puis arrosées d’un peu d’amour

Pour germer en plants d’avenir


Je vis dans l’attente

Du fond de ce retrait volontaire

Mes yeux et mes sens observent

Le mouvement chaotique de ce monde

Parfois je rêve

D’en ralentir le cours

D’ouvrir pour tous et pour chacun

D’autres perspectives 

Que l’insoutenable lassitude


*


Je me penche sur des histoires secrètes

Qui pétrissent muscles et squelette

Qui façonnent manières d’être et de vivre

Je me penche


Bien sûr on me dit de ne pas croire

Alors je ne crois pas

Juste je me penche

J’écoute le bruit de fond des douleurs


Elles tournent autour du puits

Parfois plongent dans l’eau fraîche

Le plus difficile est de remonter

On y arrive parfois


Pas souvent mais on y arrive

Le vie des humains n’est pas toujours

Un cadeau agréable à recevoir

Souvent ça déraille et ça tombe



Xavier Lainé

13 septembre 2023


vendredi 6 octobre 2023

Patience & langueur des temps 12

 



XL-La femme assise, Karl-Jean Longuet (1922)





Petite pluie rapide

Sur sommeil disparu

Part aux oubliettes

Envolé


Puis le soleil ardent 

Éloignant les espoirs

D’un automne qui tarde


On se prend à rêver

D’une douceur langoureuse

Blottie au coin du feu

Tandis que dehors

Frimas s’en viennent

Enfin


*


Dans une brusque accélération du temps

Les mots qui jaillissaient s’évanouissent


Ils ne laissent aucune trace de leur passage

Juste un long silence


J’ai cru un moment pouvoir

Saisir ce temps évanoui

Le prendre à bras le corps

Le supplier de ne pas me laisser

Seul sur ce rivage 

Seul et sans mots dire



Xavier Lainé

12 septembre 2023