samedi 16 septembre 2023

Un été sur la Terre 23

 



XL-Un été sur la Terre



Les étés se succèdent

Toujours un peu plus rudes

Saurions-nous entendre

Le chant sourd 

De la Terre en souffrance

De la vie en partance

Lentement érodée

Sacrifiée


De quels mots affubler ma page

Au vingt-troisième jour

D’un été sur Terre assoiffé


Les rues désertées

Ma ville cherche en vain 

Un repos introuvable

Dans un climat 

Qui jamais ne se rafraîchit


De quels mots affubler ma page

Au vingt-troisième jour

D’un été sur Terre assoiffé


Alors que out était prévisible

Vont les « gouvernants »

Ne gouvernant qu’eux-mêmes

Persuadés de leur indigne raison

Il est temps


Il est temps de les ramener

Sur cette Terre assoiffée

Par leur inique faute

Il est temps


Mes mots hésitent

Sur le seuil du clavier

Parfois me dis que ferais mieux

De me taire une bonne fois


Si je n’avais enfants

Et petits-enfants

Dont il me faut envisager avenir

Sur une Terre devenue ingrate


Que n’ai-je su écrire

Pour que raison soit entendue


Que n’ai-je su agir

Pour éviter le pire


Ma raison chavire

Devant l’indifférence des dominants

Qui jouent le rôle

Qu’il ne fallait pas leur confier


Qu’est-ce qui pourrait expliquer

Que notre magnifique humanité

Puisse avoir confié son avenir

Aux pires de son espèce


Je ne sais

JE NE SAIS



Xavier Lainé

23 août 2023


vendredi 15 septembre 2023

Un été sur la Terre 22

 


XL-Un été sur la Terre



De quel sens sommes-nous démunis

À toujours courir le regard fixe

Vers un mur bien plus robuste 

Que notre pauvre résistance


C’est qu’il n’est plus guère de place 

Parmi les humains à la folie du désir

À la simple fascination pour le beau

Plus guère de place


À l’abondante chaleur du dehors

Répond à son absence cruelle au dedans

Nous sommes seuls dans ce désert 

Où il n’est plus de sentiments possibles


Tout est désormais calcul

On voit le gouffre ouvert

On ne se retient qu’à des herbes fragiles

Certains qu’elles ne suffiront point

À empêcher la chute


Serions-nous déjà perdus

En souffrance comme lettre d’amour

Restée dans la boite éteinte

D’une poste restante

Nous sommes hagards


On aura beau dire

Nous avons beaucoup à faire

Pour rétablir notre humaine et vivante condition

Sur ses deux jambes frêles


Or

Justement

Étrangement

Nous ne disons rien 

Rien sinon banalités

Nous repeignons en blanc

Le trou noir 

Pour éviter l’ébullition finale


Ici le replâtrage est illusoire

Quand déjà tant parmi nous

Meurent de soif

Abandonnés dans les déserts

Sans un regard


Pardonnez

Pardonnez mon incessante tristesse

Qu’un fils nous offre belles musiques

Ne change rien à mon vague à l’âme

Quand le monde que je lui lègue

Déborde de tant d’incertitudes


*


Pourtant ce serait si simple

D’ouvrir la porte au simple élan

Qui fait battre le coeur humain

Quand il sait se mettre à l’unisson

Des coeurs vivants de passage


Je n’ai jamais su vivre autrement

Vivre sans calcul en me laissant porter

Par ce que mes mains et mon esprit 

Lisent au secret des corps en souffrance



Xavier Lainé

22 août 2023



jeudi 14 septembre 2023

Un été sur la Terre 21

 



XL-Un été sur la Terre




Le problème n’est pas que les dominants nous trompent

C’est dans leur nature

C’est une nécessité pour eux

Pour que leur domination perdure


Le problème est que nous nous laissions tromper

Que nous ne soyons pas capables d’entrevoir

Que la clef ne réside pas

Dans la seule auto-abolition de la domination


La clef est dans notre capacité 

À ne plus accepter d’être dominés

Donc de nous donner les moyens

De cette rupture nécessaire


Mais en même temps que tourner le dos aux dominants

Combattre en moi-même l’esprit de domination inculqué


Je pourrais vivre sans me poser ces questions

Je vois bien en quoi elles façonnent un monde

Dont il nous semble bien difficile de sortir


Et pour cause


Tellement plus simple de laisser aller ses penchants

De ne rien compromettre d’une petite vie tranquille

À l’ombre des guerres et des soumissions imposées

Des accommodements avec toutes formes de violence


Je pourrais


Écrire sur le temps qu’il fait

La profondeur du bleu du ciel

La beauté d’une nature

Même assoiffée

La voici belle


Je pourrais


Ne tirer que mon épingle de ce jeu

Jeu de dupe alimenté par mon éducation

C’est sans doute le plus difficile

Se défaire des travers d’une éducation 

Conforme aux goûts des dominants


C’est une nécessité


Revoir la copie de l’amour

Celle du travail

Celle de la propriété


Lentement éroder l’esprit de possession

Tourner le dos à cette violence imposée

Au nom de nécessités mercantiles

Qui n’ont plus rien à voir avec notre nécessaire survie


La Terre où je séjourne est jaune paille

Ses rivières ne sont que lits de rocs

Abandonnés par toute fraîcheur


Je lis


Un quart de la population mondiale

Menacée de pénurie d’eau

C’est ici la vie elle-même menacée


Si Mars est planète rouge

Terre pourrait devenir planète jaune

De la couleur de ses déserts

Mais sans plus trace de ce qui fut la vie



Xavier Lainé

21 août 2023