lundi 14 août 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 22

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016



Comment ça tient

Une vie

Sinon par l’espérance

Par la curiosité d’en apprendre

Sans en découdre


Ça tient

C’est tout

Avec des bouts de ficelles

Du scotch 

Quelques fragments d’amour

Ça tient


C’est ainsi qu’un jour

On arrive au bout du ruban

Un jour

Ou une nuit

Ça ne tient plus à rien

Alors ça décolle


Malheureux 

Malheureux ceux

Qui croient tenir le bon bout

Qui pensent pouvoir tout contrôler

Gérer leur vie comme ils gèrent leurs comptes

En colonnes bien serrées

De recettes et de dépenses

Fiers d’avoir plus des unes

Moins des autres

Ceux qui s’endorment un jour

Pour ne plus se réveiller

N’ayant vécu qu’en l’obsession

De réaliser un « chiffre d’affaire »

Malheureux


Heureux ceux qui vont par les chemins

Nez au vent

Tête couronnée d’étoiles

Dormant à l’ombre des frondaisons

Découvrant chaque jour

L’infinie variété du vivant

Apprenant de leur expérience

L’art d’être nourris de cette Terre

Heureux


Comment ça tient

Une vie

Pour beaucoup 

Ça tient à presque rien

Juste le bonheur éphémère

Qui s’efface parfois sous le poids

Des menaces imposées

Par les tristes « gestionnaires »

Les donneurs de leçon

Qui savent mieux que tous

Comment gérer leur « capital »

Sans esprit de compassion


La vie

Ça tient à presque rien

Dans l’océan des choses à apprendre

Pour en faire une oeuvre unique

Mais toujours éphémère


*


De quoi serions-nous capables

Si nous sortions de la catégorie assignée

Assignée à résidence hors les murs


Hors les murs nous y sommes

Tandis que derrière les remparts médiatiques

Vont ceux qui se croient quelque chose

Ceux qui naviguent sur le fleuve des apparences

Trompant le monde hors leur caste


De quoi serions-nous capables

Dites-moi

Si nous décidions de ne plus nous soumettre

De ne plus accepter notre perpétuelle condamnation

Sans rien désirer de l’or et de la gloire


Car c’est pure violence qui nous est faite

De nous faire croire en possible richesse

Quand les moyens d’y parvenir

Toujours nous échappent


Mais


Est-ce bien ce que nous voulons

La richesse salement accumulée

Quand il nous suffirait de vivre

Libres d’amour et de joie

Ivres de poésie librement dispersée

Sur les sentiers de nos errances


De quoi serions-nous capables

Si nous ne nous sentions plus coupables



Xavier Lainé

22 juillet 2023


dimanche 13 août 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 21

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016



De quelle liberté puis-je parler

De quels mots puis-je affubler le jour

Habiller la beauté nue qui fait face à l’adversité

L’oeil froid devant les forces du désordre


De quelle liberté vais-je encore parler

Chaque jour les mots se bousculent

Contemplent les travers du monde

Expriment la colère devant l’effondrement


*


Je voudrais

Je voudrais ne parler que de la beauté

Du chant multiple des oiseaux de passage

Dans les buissons sauvages de mon jardin 

En friche


Je voudrais

Je voudrais n’avoir de mots que pour la beauté

La beauté radieuse et insouciante

Qui allait de son pas fier

Manifester sa volonté

De vivre un autre destin


Je voudrais ne jamais retomber

Dans cette ornière déprimante

Où me jettent les miséreux multipliés

Les noyés perdus au ventre des mers

Les « chasses » organisées par les immondes

À qui ne leur ressemble pas

Mais fuis


Je voudrais

Mes mots se heurtent au récif

De l’insignifiance faite ministre

D’un monde qui ne sait rien de la vie

De la beauté nichée dans un petit coeur qui bat

Dans une larme d’amour qui s’écoule

Sur la joue juste avant le jour


Il est dur le bruit de la vie qui s’échoue

La coque éventrée sur les récifs dressés

De mains d’humains qui en usurpent le titre

Tant ils ne savent rien d’autre que leur bourse

Triste bourse inutile au jour du naufrage



Xavier Lainé

21 juillet 2023


samedi 12 août 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 20

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016




Pas un endroit qui n'échappe à la question : qu'il s'agisse de retraites amputées, et brutalement imposées, de revenus qui stagnent, de vacances remises à période plus faste, autour de l'apéritif du dimanche (profitons-en, on peut encore se le payer), ne viennent que sourdes plaintes, craintes sournoises, avenir sombre, et pensées en berne. Jusqu'à chaleur caniculaire, qui, de ce fait ou pas, devient plus insupportable que jamais. Santés chancelantes et mal soignées, ou si partiellement que doute s'en vient frapper à la porte. Attentes jamais satisfaites, frustrations permanentes, le cocktail est servi ! Et que disent les médecins aux commandes ? « Mais cassez donc le thermomètre ! » Alors, les suivistes font ce qu'on leur dit, malgré tous les appels à précautions. Et la fièvre monte, comme lave au fond du cratère bouché. Ne sait quand le bouchon va sauter, ni comment, mais il serait temps d'organiser les voies de secours. (Xavier Lainé) 20 juillet 2015


Le problème

Il est où

Le problème


Les années passent

On s’adapte sur le chemin en pente

On ne cesse de descendre


Le problème

Il est où

Le problème


Serait-ce naïveté

De croire encore

En l’intelligence d’un pouvoir

De certains de ses membres

Tandis que la logique

Qui les y dépose

Demeure inchangée

Que donc ils ne peuvent

Quand bien même ils voudraient


Le problème

Il est où

Le problème


Comme beaucoup

J’y aspire

À l’intelligence

En rupture

Avec les soifs pharaoniques

D’une caste ayant fait sécession

J’y aspire

Mieux


Je rêve de la beauté guittant nos pas

Tandis que collectivement nous retrousserions nos manches

Sans nul besoin d’un sauveur suprême

Dont l’histoire nous montre 

Qu’il se retourne toujours contre ceux

Qui le portent au sommet


C’est un problème

De base et de sommet

Un problème de conscience aussi

Qui semble avancer chancelante

Chacun tirant son petit bout de couverture

En vaines chamailleries


C’est un problème

Que de rêver de beauté splendide

Nous emportant au-delà de nos sublimes révoltes

Fermant la parenthèse d’un monde 

Qui ne sait philosophiquement que pencher vers l’ignoble


C’est un problème de clarté d’esprit

Un problème de lumière à éclairer

Pour que le chemin tissé d’embûche

Pour les plus déshérités

Rayonne bien plus que les ors des palais


Je rêve

Je n’ai jamais cessé de rêver

Je n’ai jamais cessé d’écrire

Les mots me reviennent en pleine figure

Les années passent

Les mots se déposent sur mon chemin

Rien ne change

Sinon l’intensité des révoltes 

Toujours plus aveugles

De n’être pas entendues

Écoutées

Comprises


Ce serait naïveté de croire 

En une possible compréhension

De ceux qui ont fait sécession

D’avec le monde commun

Suivant le sillage

Des pires philosophies


Les crimes d’un siècle

Ne suffisent pas

À nous ouvrir les yeux


Je m’en vais avec mes rêves

Je suis la beauté qui sourit 

À la proue de nos révoltes

Juste avant que violence sans nom

(Car violence d’Etat n’en serait pas)

S’abattent et la renverse 

Dans le caniveau des espérances


Le problème est là

Posé devant nos regards

Qui demeurent incrédules


Certains rêvent d’une intelligence

D’autres d’un sauveur suprême

On a tellement dit et répété

Qu’il n’y a pas d’alternative

À la corruption du monde


On l’a dit et répété

Il s’en trouve pour y croire

Perpétuant le problème

Au nez des années mortes



Xavier Lainé

20 juillet 2023