mercredi 15 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 23

 



XL - Enigmatiques assises 1



L’Homme de février se réveille atterré : que peut-il bien se passer dans la tête d’un adolescent qui poignarde son professeur en plein cours ?

Quel est le système qui peut conduire à la multiplication des actes de barbarie ?


L’Homme de février voyage sur la toile.

Il contemple les scènes multipliées à l’infini qui réduisent l’humain à sa bestialité.

Scènes de violences banalisées.

Sexe à tout heure, le plus souvent dans le mépris des femmes.

Guerres et exactions considérées comme des fictions.

Déni perpétuel de réalité.

Enfants l’oeil rivé sur des écrans d’atrocités.


Le mal banalisé et le mépris généralisé.

Voilà le monde tel qu’il apparaît à l’Homme de février lorsqu’il se hasarde à sortir de sa niche de poésie et ses rêves d’amour tendre.


C’est dans ce monde là, où l’empathie est strictement combattue, l’individualisme monté en épingle, que les crimes peuvent se perpétrer sans vergogne.

Le mépris et l’insulte permanente établis en « bonne gouvernance » ne permettent plus de distinguer le bien du mal.

La violence généralisée en système de survie ouvre la porte au pire.


L’Homme de février pleure pour les victimes.

L’Homme de février voudrait voir l’Etat qui manipule les esprits avec cynisme condamné pour ses actes.

L’Homme de février rêve de la révolte qui mettrait bas un monde qui ne connait que domination et violence.


Mais l’Homme de février arrive lui au terme du voyage.

Il frémit pour ses enfants, petits et grands.

Il pleure sur son échec : ses rêves étaient bien différents de ce qu’il constate.


(23 février 2023 — 1 — 6h45)


*


L’Homme de février observe la violence d’un homme jeune, tout président qu’il soit, qui va devant « ceux qui se lèvent tôt » pour leur expliquer la nécessité pour eux de travailler quelques années de plus.

Cynisme et violence du propos quand on sait que cet homme là n’a jamais dû se lever tôt et aller travailler pour un salaire de misère.

Violence systémique, ancrée dans le paysage de la jungle néo-libérale qui cache bien mal sa philosophie néo-fasciste.


L’Homme de février refuse de comprendre un monde où chacun devrait tirer son épingle du jeu, y compris en écrasant tout ceux qui se mettraient en travers du chemin.

Corruption répandue à longueur de page des journaux.

Violence mafieuse érigée en principe de vie.

Ce monde là qui tue l’espace du vivant et cherche à avilir tout ce qui s’y oppose porte le rictus des années noires.

Racistes, xénophobes y prolifèrent à l’ombre de médias aux mains des oligarques qui tirent profit de la dérive.


Quelle morale expliquer à la jeunesse quand l’immoralité la plus sauvage se répand au sommet d’un Etat ?


(23 février 2023 — 2 — 8h38)


*


Voilà qu’une femme, une enseignante, meurt sous le poignard d’un élève.

Voilà que le cauchemar se renouvelle et dure.

Voilà que l’Homme de février aimerait que ça s’arrête, ce cycle infernal des violences aveugles, des misères répandues.


L’Homme de février se souvient avoir écrit qu’à répandre l’angoisse en trainée de pandémie, on récolterait un tsunami de symptômes.

L’Homme de février lit depuis des mois des rapports accablants, alarmants sur l’état de santé psychique de la jeunesse, frappée dans sa vitalité par les menaces et les enfermements.


L’Homme de février n’en peut plus d’observer ces individus sinistres (mais qui se proclament ministres), à l’origine du problème, qui s’en viennent offusqués sans croire un mot de ce qu’ils disent.


L’Homme de février voudrait déserter d’un monde où guerres, misères et absence d’avenir enferment la jeunesse dans une impasse.

Quand ils protestent, on les nasse : tout un symbole !


L’Homme de février observe les ego politiciens qui s’écharpent et se déchirent quand il faudrait qu’au nom de notre humanité commune, nous apprenions à ne plus accepter de vivre sous ce joug.


L’Homme de février voudrait trouver des mots d’espoir sous le ciel gris qui ne sait même plus pleurer.


(23 février 2023 — 3 — 16h33)


Xavier Lainé


mardi 14 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 22

 



XL - Enigmatiques assises 1



« La conscience morale affaiblie de l’humanité a surtout besoin de nourriture — et non de remède⁠1. »


L’Homme de février le constate chaque jour : c’est comme si un coin avait été enfoncé entre l’humain et sa conscience.

« Tant qui vivent dissociés entre mental et corporel », murmure-t-il dans la grisaille matinale.

« Que quelque chose nous invite à divorcer d’avec nous-mêmes après l’avoir fait avec les autres ».


L’Homme de février s’interroge sur cette société du divorce, de la schizophrénie qui conduit à la plus profonde des solitudes.

Oeuvrant à la peur de l’autre, quelle qu’en soit la nature, que reste-t-il à l’humain moderne pour se constituer en humain (cet être à la fois individuel et collectif qui ne peut survivre sans l’entraide et la solidarité) ?


(22 février 2023 — 1 — 8h50)


*


L’Homme de février se sent accablé.


(22 février 2023 — 2 — 17h03)


Xavier Lainé



1 Walter Benjamin, Lettres sur la littérature, éditions Zoe, 2016

lundi 13 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 21

 



XL - Enigmatiques assises 1




L’Homme de février connaît par coeur la fable du pot de terre contre le pot de fer.

Il a appris aussi le lutte de David contre Goliath.

Il en a déduit depuis longtemps que ce monde, structuré en ces formes de compétitions ne pesait pas lourd au regard des forces de la vie.


L’Homme de février regarde par la fenêtre.

Un temps gris lui fait de l’oeil, mais sans une larme aux paupières.


L’Homme de février contemple la terre assoiffée.

Il tente encore d’alerter sur l’avenir sombre qui s’annonce.

Qu’importe aux indifférents qui s’en vont remplir leur petite piscine, arroser leurs pelouses ?


L’Homme de février se demande alors ce qu’il fait là, humain parmi d’autres, mais sans trop savoir ce que veut dire ce mot.

Homme (ou femme), Femme (ou homme), mais sans aucune certitude quant à notre statut parmi les vivants.


L’Homme de février observe plus d’humanité dans la danse des moineaux et des mésanges devant ses fenêtres que dans l’incroyable indifférence de ses semblables.


(21 février 2023 — 1 — 9h33)


Xavier Lainé


dimanche 12 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 20

 



XL - Enigmatiques assises 1



L’Homme de février y revient sans cesse, à cette propension à se mettre en avant de ses contemporains.

Chacun y va de sa vérité qu’il croit définitive.

Chacun se montre et se vante (mais sans se vanter, hein !).

Chacun est fier de lui (ou d’elle), chacun montre ce qu’il sait faire (y compris l’Homme de février d’ailleurs).


Car il ne peut en être autrement.

À moins…


À moins de revenir à une écriture cachée, digne des tiroirs et des cartons d’archive.

L’Homme de février se pose sans cesse la question : à quoi bon toutes ces pages ?

À quoi bon mettre en avant ce qui ne relève de rien, sinon du vide.

À quoi bon ce qui se perd sur une toile qui n’est que juxtaposition d’individus sans relations.

Sinon cette manière de se montrer.

De se prévaloir d’un ego supérieur aux autres.

Tandis qu’on crève là, juste à côté, l’Homme de février écrit, bien au chaud dans son antre.


Pourrait-il en être autrement ?

Quelle page saurait entrer dans l’oeuvre commune, celle qui ne lui appartiendrait plus.

Celle qu’il aurait écrit sans le savoir mais qui se suffirait à elle-même pour entrer dans le bien commun.


L’Homme de février rêve de s’effacer derrière ces mots qui ne sont pas les siens.

Ces mots qui ne font que le traverser pour se déverser sur la page.


L’Homme de février boue d’une vive colère intérieure à se voir faire comme tant d’autres : apposer sa signature en bas de page.

Mais de quel droit sinon celui où nous sommes parvenus de n’être plus que des loups solitaires ?


(20 février 2023 — 1 — 7h24)


*


L’Homme de février demeure coi et catastrophé.

Tant d’humains en souffrance sous le joug d’une poignée dominante.

Tant qui finissent par se replier sur eux-mêmes à défaut de trouver havre compatissant.


Qu’est l’humain seul face à sa destinée ?

Bien sûr il a cette capacité à plonger en lui-même.

Il sait boire à la source de son corps et de son esprit pour entrer en « résilience » (mais le mot finit par être galvaudé).

Or, l’humain seul ne serait rien, ne serait jamais arrivé où il en est, sans l’appui et le soutien des autres.


Tout est contenu dans une main qui se pose avec bonté.

Tout est contenu dans deux corps qui se mettent à l’unisson dans un soupir d’aise.

Tout est contenu dans les battements harmonisés de deux coeurs qui se rencontrent.


À défaut, notre humanité se perd et se dilue dans un magma d’individualités assoiffées.


L’Homme de février regarde le monde comme il ne va pas.

Ce qui le heurte c’est le repli sur soi, comme si le loup solitaire pouvait encore survivre loin de sa meute.

Même les loups ne se conçoivent pas sans commun.

Qu’en sera-t-il de notre cause humaine commune, une fois achevé son morcellement entre ego qui ne tournent qu’autour d’eux-mêmes ?


(20 février 2023 — 2 — 8h48)


Xavier Lainé


samedi 11 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 19

 



XL - Enigmatiques assises 1



L’Homme de février marchait dans la brume épaisse.

Le pays prenait allure hivernale, mais juste l’allure, pas l’hiver.

Le pays jouait à faire croire que, mais ce n’était qu’apparence, juste avant de retourner au printemps.

Un printemps trop tôt venu qui augure mal des saisons suivantes.

L’eau toujours aussi rare malgré la saison et la brume.


L’Homme de février marchait dans la brume.

Les arbres s’ébrouaient en gouttelettes qui faisaient bruit de pluie en tombant sur le lit de feuilles sèches.

Juste un bruit discret qui évoque la pluie mais ne fait que l’évoquer.

L’eau tenue à distance par les forces d’un climat vengeur.


L’Homme de février s’étonnait de voir.

S’étonnait d’entendre aussi les paroles inconscientes.

On se satisfait du beau temps sans regarder plus loin.

Plus loin peut-être n’y aura-t-il plus que nos larmes pour humidifier la terre.

Nos larmes au goût de sel qui seront si peu de chose en regard de la soif répandue.


L’Homme de février vivait avec cette soif.

Soif de revenir à l’art des saisons.

Soif de retrouver les chemins de l’amour et de la tendresse.


L’Homme de février avait bien du mal à marcher encore avec la soif aux lèvres.

Il fermait les yeux sur ses souvenirs de beauté.

Beautés évanouies sous les feuilles et les larmes arboricoles.


(19 février 2023 — 1 — 16h58)


Xavier Lainé


vendredi 10 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 18

 



XL - Enigmatiques assises 1



L’Homme de février reste silencieux devant la page vide.

Les mots s’évanouissent dans la lourdeur des paupières.

Fatigue, il se l’avoue : fatigue.


Fatigue de vivre en monde où il se sent méprisé.

Fatigue de ne trouver temps pour le repos.

Fatigue sous le flot continu des nouvelles alarmantes.

Fatigue de devoir combattre chaque jour pour exercer selon sa propre éthique.

Fatigue d’assister médusé au naufrage de ses idées.

Fatigue devant les individualismes, le chacun pour soi cynique établi en règle de vie.


L’Homme de février ne rêve que de faire sécession.

De quitter le monde des humains sans âme.

De créer son refuge hors de la violence orchestrée en « bonne gouvernance ».


(18 février 2023 — 1 — 8h21)


Xavier Lainé


jeudi 9 mars 2023

Homme (ou femme) mais humains (peut-être) 17

 



XL - Enigmatiques assises 1


L’Homme de février s’exprime ainsi : « Il y a ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. Rares sont les vrais échanges, ceux que les anthropologues nomment dons et contre-dons. »

Rares sont les vrais échanges, car nous vivons ce temps étrange.

Un temps qui exacerbe les individualismes au dépends des dons.

« Tout pour moi et rien pour les autres », telle serait la maxime de ce temps.

L’Homme de février s’inscrit en faux dans l’évolution qui s’est faite au fil de sa vie.

Il n’a jamais su faire passer sa propre fortune au-dessus de la nécessité de donner sans rien exiger en retour.

Comme il n’a jamais exigé, il n’a que très peu reçu.

Mais ce qu’il a reçu se bâtit sur un principe de satisfaction profonde de n’avoir jamais transigé avec le mal du siècle.

Vivant pour donner aux autres sans compter, l’Homme de février n’est jamais entré en ce monde.

Il n’a pu que vivre en retrait, se satisfaisant de peu. 

Parfois un élan de tendresse vient qui lui est bien plus essentiel que toutes les reconnaissances « officielles ».

« Un élan de tendresse, une bouffée d’amour valent bien mieux que les monnaies et autres chiffres d’affaire » se dit-il au tréfonds de lui-même.


L’Homme de février a mis longtemps à apprendre l’effacement et le retrait.

C’est pourtant en ces lieux discrets aux antipodes du bruit que fond les médiatiques personnages qui s’agitent sous ses yeux qu’il demeure, le coeur toujours à vif d’aimer.


(17 février 2023 — 1 — 6h53)


°


« Une action bienveillante nous amène à considérer avec amour la vie dans son ensemble. Elle nous aide à mûrir et nous rend meilleur⁠1. »


N’attendant rien, l’Homme de février observe.

Il voit bien la souffrance exprimée de n’avoir rien à offrir en retour du don.

Il voit bien l’impossible et la retenue.

Il entend le bruit que fait le vide.


Il accueille ce vide avec bienveillance.

Alors les lumières de la compréhension s’éclairent.


On apprend si peu à donner et tant à recevoir.

On apprend si peu à être vivant parmi d’autres.

On apprend si peu ce chaleureux échange de vivant à vivant.

Cet échange de vie à vie qui la rend possible et durable.


L’Homme de février s’endort parfois le coeur lourd.

Mais vibrant de ces mille partages qui disent que la vie n’a pas dit son dernier mot.


(17 février 2023 — 2 — 19h45)


Xavier Lainé




1 Arne Naess, La réalisation de soi, éditions Wildproject, 2017