lundi 23 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 4

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Tu rêves d’un temps pour le repos.

Ta route se poursuit dans un essoufflement.

Tu avances pourtant.

En quatre jours seul un trois est venu remplacer le deux.

Pour le reste, on prend les mêmes et ça continue !


(4 janvier 2023 — 1 — 9h11)


*


Ici s’ouvre la succession des jours.

Tous pareils et tous différents

Il suffit de fermer les yeux.

Il suffit de se laisser bercer

Un koto dans le crépuscule lance ses mélodies.

L’esprit s’égare à l’orient de tout.


C’est ici que s’en vont les rêves.

Ils vont dans l’attente que, d’une main hésitante, tu pousses la porte.

Comment ne pas t’attendre puisque tu sèmes la beauté sur ton passage.


J’allais d’un pas tranquille, un soleil printanier faisait briller les gelées de l’aube dans les herbes hautes.

Au loin le temple roman brillait de toutes ses pierres.


L’humain n’a pas toujours semé que laideur, sur cette terre.

Ce n’est que récemment qu’il a perdu le sens du beau.

Il suffirait de peu de chose pour renouer avec son talent.


(4 janvier 2023 — 2 — 17h14)


Xavier Lainé


dimanche 22 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 3

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Ça fait mal

Tous ces voeux balancés comme ça en passant

Avec visage si fermé 

Qu’ils disent le contraire 


Ça fait mal

Toutes ces fêtes qui n’en sont plus

Vidées de toute substance et de tous sens

Au point que nul n’y croit

Mais tout le monde se prête au jeu


Ça fait mal

Une vie qui ne sait ce qu’elle est

Dominée par des forces qui la saignent

La privent de ce qu’elle devrait être

Une belle construction

Un solide bâtisse portes ouvertes

À ceux qui voudraient encore l’embellir


Ça fait mal

Cette succession des ans

Tous ces gens qui travaillent

Sans la moindre conviction

De participer à une oeuvre commune


Ça fait mal

Mais tout le monde fait comme si

Tout le monde fait comme ça

L’esprit vidé de tout regard critique


Ça fait mal, au troisième jour de l’an neuf

De constater que toujours le vieux schéma triomphe

Sans qu’aucune contradiction ne monte

Sinon les sourdes plaintes

Des laissés pour compte 

Jetés aux oubliettes d’un monde

Qui n’avance plus que maquillé et masqué


(3 janvier 2023 — 1 — 10h27)


*


Le plus fatiguant dans un monde aux pensées toutes faites, c’est de demeurer curieux de tout, mais pas de n’importe quoi.


(3 janvier 2023 — 2 — 12h03)


*


Tu me dis craindre que les valeurs d’humanité se perdent.

Elle ne se perdent que si nous ne nous mettons pas à les cultiver.


« Le patrimoine immatériel est soumis à la nécessité de la parole et de la transmission ; il est fragile, vulnérable et parfois éphémère. Il tient à la mémoire de quelques individus et sans doute faut-il savoir admettre que, comme les individus qui en furent pour un temps porteurs, les oeuvres, les récits et les traditions puissent mourir un jour sans espoir de retour⁠1. » 


(3 janvier 2023 — 3 — 14h05)


Xavier Lainé




1 Marc Augé, Qui donc est l’autre ? Éditions Odile Jacob, 2017

samedi 21 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 2

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Je regardais le monde

Il en faisait de même

Nos regards se croisaient

Sans jamais se rencontrer


Je n’étais qu’un passant

Parmi tant d’autres

Que les chemins s’en moquaient

Usés jusqu’à la corde


Au jour deux d’un an nouveau

Je cherchais mes perles de mots

Parmi les broussailles abandonnées

Des années de jachère


Je cherchais mes mots d’amour

Perdus depuis des lustres

Par le trou dans ma poche

Impossible à combler


(2 janvier 2023 — 1 — 14h02)


*


Viennent ou viennent pas

Pas grand soin

Juste traitement de surface

On vit ? On avance  ?

On invente ?

Mais quoi ?


(2 janvier 2023 — 2 — 17h47)


Xavier Lainé


vendredi 20 janvier 2023

Α-σώματος/In-corporel ? 1

 



XL-In-corporel-Fusain/2001


Premières heures de l’an en gris clair.

Entre deux langues de brumes, ciel bleu timide.

Un nid de chenilles processionnaires disparaît dans les flammes.

Loin de toute connection, le bruit du monde demeure à distance.

Rien ne filtre de ce qui en fait l’accélération.

Qu’un monarque autocrate cause n’a visiblement aucune importance.

Un grand silence suit ses éternelles rodomontades.

Plus rien n’a d’importance en l’Etat.

Les paroles n’ont plus de poids démunies de leur sens.

On dit une chose qui ne dit rien de ce qu’elle est.

Dès lors à quoi bon encore écouter ?

Il suffit de vivre laissant les embrouilles au-delà de la vie.


(1er janvier 2023 — 1 — 10h56)


*


« Mais pourquoi en France on aime si peu la poésie ? » disais-tu.

Au premier regard la question a du sens.

Il semble que…


Mais si on y regarde de plus près, la poésie fleurit un peu partout.

Elle demeure dans les souterrains d’un monde qui, niant le vivant, ne peut qu’en nier l’expression.


Dans ce monde là, tu vois, que vaut la parole d’un poète puisque celle qui compte se paie en monnaie sonnante et trébuchante ?

Que vaut l’expression du coeur en terre où tout doit être contrôlé et certifié d’une parole d’expert ?


Dès lors poésie ne trouve plus son expression sur les ondes où s’étale la plus sombre bêtise.

Elle suit les chemins creux des périodes où l’humanité ne sait plus qui elle est.

Où tout ce qui vit et s’émeut est suspecté d’être contraire aux lois liberticides.

La poésie ne se tait pas, elle s’invente des chemins moins visible, guettant l’heure de revenir au grand jour, une fois les frimas passés.


Les poètes qui se lamentent sont ceux qui contribue au silence officiel de la poésie.

Les poètes ont ceci de particulier qu’ils ne meurent jamais vraiment, et que leurs mots renaissent dans les cendres des temps obscurs.


Pas d’affolement : ils peuvent toujours fêter leur illusoire victoire.

Ils ne perdent rien pour attendre car les bouquets de mots sont d’immortelles.


(1er janvier 2023 — 2 — 19h46)


Xavier Lainé


jeudi 19 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 31

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Faudra bien quitter la rive

Quitter l’an qui passe 

Aborder l’an qui vient

Sans rien saborder à nos chances de vivre


Faudra bien aller de l’avant

Puisque le temps ferme les portes derrière

Faudra bien 

Il n’y a que les yeux et le coeur

Pour regretter ce qui fut

Sans savoir ce qui vient


Faudra bien quitter ce monde un jour

Faudra bien mais le plus tard possible

Même si parfois observant ce qu’il devient

On aimerait ne pas trop s’attarder

On se dit au fond de soi

Qu’il serait toujours possible

D’en tirer un autre jus

Que le brouet immonde servi

Par quelques ignobles qui souillent de leur présence

L’idée qu’on se fait de l’humain


On voudrait lancer le grappin

Pour ralentir la course

Prendre le temps de construire

Tandis qu’eux ne cessent

De démolir et de salir


On voudrait juste pouvoir 

Ouvrir les yeux sur des lendemains qui chantent

Quand depuis des années 

C’est la même ritournelle

Qui nous chavire le coeur

Devant la complainte des misères


On voudrait juste

Mais à l’heure de pousser la porte 

On se prend à la méfiance

Tant de fois on a mangé notre chapeau

Qu’on n’ose imaginer

Quelque chose de plus gai

Où s’étire le chapelet

Des tristes nouvelles répandues


(31 décembre 2022 — 1 — 14h42)


*


Il reste si peu de l’année qui fut.

Nous avons traversé tant de murs.

Nous avons vu se dresser tant de frontières.

Masqués, bâillonnés, interdits d’étreinte et de baisers ; interdits de vivre, sommés de marcher au pas imposé, au nom d’un délire de sécurité sans limite, c’est la vie elle-même qui est jetée aux orties.

Trois années après le grand choc, la pandémie de bêtise poursuit sa route.

On se prendrait presque à vouloir rester là où nous sommes.


Mais peut-être l’ignoble prenant la parole en aura ainsi décidé.

Voilà ce que c’est de ne l’avoir pas écouté : peut-être a-t-il annoncé que nous en resterions à l’année qui se termine ; que nous pourrions ainsi bénéficier de vingt quatre mois de salaire supplémentaire…

La plaisanterie serait presque crédible tant nous avons traversé d’ordres et de contre-ordres à nous rendre fous.


Il reste si peu de l’année qui fut.

Qu’on rêverait à une suspension du temps.

En demandant le plus, nous obtiendrons peut-être le moins : au moins son ralentissement.

Ce serait oeuvre de salubrité publique que de ralentir.


(31 décembre 2022 — 2 — 23h40)


Xavier Lainé

mercredi 18 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 30

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



L’âme grise est en éternelle déambulation.

Elle ne s’arrête jamais.

Elle ne sait jamais quelle place occuper en ce monde.

L’âme grise déambule entre sourire et larmes.

L’âme grise va avec sa sensibilité toujours à vif.

Elle ouvre les yeux sur le monde.

Elle sait en déguster les infinies beautés.

Mais pose toujours des demi-teintes au tableau.

Comment l’âme grise pourrait aller de réjouissances en joies puisque les humains entre eux font si peu preuve de bonté.

On me dira encore que je noircis le tableau.

On me dira qu’il en est parmi les humains qui tentent d’alléger la partition.

On me dira…

Mais l’âme grise ne peut vivre avec légèreté tant qu’un seul parmi les vivants subit les assauts des hordes sans esprit, inhumains parmi les humains.

L’âme grise est un état à part.

Elle te maintient hors du champ commun.


(30 décembre 2022 — 1 — 8h43)


*


J’ai ouvert ma porte à l’abandonné.

À l’errant sans domicile délaissé sur les quais de nulle part.

J’ai ouvert tant de fois mon âme à qui voulait y entrer.

Dans le seul souci de demeurer en territoire de franche humanité.

Humanité, cette chose informe dont nul ne sait ce qu’elle recouvre de son sens.

Sinon qu’à la pratiquer la respiration s’allège, la vie se met à danser.

Sinon qu’à la pratiquer les contrôles tatillons d’un temps de peurs immondes en deviennent insupportables.

Alors on déambule par des chemins de traverse, on fait société buissonnière.

On se pose avec poèmes et musiques en n’importe quel point sensible du monde.

On ne demande aucune autorisation de vivre.

On vit et c’est déjà beaucoup.


(30 décembre 2022 — 2 — 14h03)


*


Mesurons nos reculs, celui de nos libertés les plus fondamentale.

Mesurons combien désormais pour « vivre en paix » il faut se fondre dans un magma d’inhumanité.

Je ne parle pas seulement de notre liberté de manifester (elle est mise à mal depuis si longtemps !).

Je parle de notre liberté d’aller et venir, de créer et de nous rejoindre dans des espaces où le commun prend sa source.

C’est la vie même qui ici se trouve contrainte.

Mesurons un instant tout ce qui a été détruit et depuis si longtemps et par toutes sortes d’irresponsables qui tiennent vibrants discours la main sur le coeur.

Mesurons le cynisme qu’il faut pour dire une chose tout en agissant rigoureusement à l’opposé.


Si notre pays était le seul dans cet état où la sidération l’emporte sur la responsabilité, mais ce n’est pas le cas.

Israël est peut-être le symptôme le plus significatif de l’état pathologique de ces dirigeants occidentaux (mais les orientaux n’ont rien à leur envier) qui sèment le chaos au nom du maintien d’un système dont tout le monde sent le naufrage.

Un article de David Grossman⁠1 peut largement être extrapolé à la situation française.

Ce que sème le président ici est assez similaire : il fait partie de ceux qui usant et abusant d’une distorsion sémantique, « appellent le mal bien, et le bien mal. Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume⁠2

Le problème est infiniment plus profond que toutes les destructions du système social.

Puisque l’année s’écoule et touche à ses dernières heures, il est temps d’ouvrir les yeux : ce qui a été détruit, ce n’est pas seulement un Etat, c’est ce qui le remplace, un marché de dupes qui cherche à faire paraître le chaos comme situation enviable d’où nous pourrions sortir dans une sorte de rédemption. Autrement dit : passer par le mal pour, tel le Phénix, renaître de nos cendres.


Nous voyons bien en quelles catastrophes nous entrons. 

Cette glu qui empoisonne les esprits ne trouvera pas de sortie favorable avant longtemps.

Aucun dirigeant même le plus vertueux ne pourra nous faire revenir de là où les malhonnêtes nous ont conduits.

Les âmes errantes déambulent dans nos rues.

Les regards hagards se multiplient autant que les cancers et les épidémies.

Ce qui a été fait devrait nous appeler à un profond mouvement de révolte.

Mais pour cela, il faudrait sortir de la léthargie entretenue par les médias au service des pervertis.


(30 décembre 2022 — 3 — 15h59)


Xavier Lainé



1 Tout ce qui s’est passé en Israël depuis les élections législatives est ostensiblement légal et démocratique. Mais derrière cette façade, comme cela s’est produit plus d’une fois au cours de l’histoire, les graines du chaos, de la vacuité et du désordre ont été

semées au coeur des institutions les plus essentielles du pays.

Je ne parle pas seulement de la promulgation de nouvelles lois, aussi extrêmes et scandaleuses qu’elles soient, mais d’un changement plus profond, plus fatidique, un

changement de notre identité, du caractère même de l’Etat. Or, ce changement n’était pas l’enjeu du scrutin. Les Israéliens n’ont pas voté là-dessus. Pendant toute la durée

des négociations qui ont mené à la formation d’un nouveau gouvernement, un verset du livre d’Isaïe n’a cessé de me revenir à l’esprit : «Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume !»

En bruit de fond, aussi lancinant qu’un supplice, j’entends en boucle le député Moshe Gafni qui proclame : «La moitié de la population étudiera la Torah et l’autre moitié servira dans l’armée.» Et chaque fois, cela me met le cerveau en ébullition, en partie

cette fois pour de tout autres raisons. Les négociations, qui ont plutôt ressemblé à un pillage généralisé, sont passées devant nos yeux en une rapide succession d’images et d’éclairs dans une logique perturbante et provocatrice : la «clause dérogatoire»,

«Smotrich aura le droit d’arbitrage final sur les constructions en Cisjordanie», «Ben Gvir pourra mettre en place une milice privée en Cisjordanie», «Le criminel récidiviste Dery pourra…». Le tout en un clin d’oeil, avec une frénésie croissante, par un tour de passepasse digne d’un joueur sans scrupule.

Nous savons que quelqu’un nous dupe en ce moment même. Non seulement ce quelqu’un empoche notre argent, mais il nous vole aussi notre avenir et celui de nos enfants, et l’existence que nous voulions mener ici : dans un Etat où, en dépit de ses défauts, de ses lacunes et de ses angles morts, brille par moments la possibilité de devenir un pays civilisé, égalitaire, qui a le pouvoir d’absorber les contradictions et les différences, et qui finira avec le temps par se libérer lui-même de cette maudite occupation. Un pays qui pourrait être juif et croyant tout en étant séculier, être à la fois une puissance technologique, attachée aux traditions et démocratique, et un foyer

accueillant pour ses minorités. Un Etat israélien où la multiplicité des langages

humains et sociétaux ne provoquerait pas nécessairement de peurs, de menaces mutuelles et de racisme, mais conduirait au contraire à un enrichissement fertile et à l’épanouissement.

Ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal sont déjà là.

Maintenant que la poussière est retombée, que l’ampleur de la catastrophe a été révélée, Benyamin Nétanyahou se dit peut-être qu’après avoir semé le chaos et récolté ses fruits – la destruction du système juridique, de la police, de l’éducation et de tout

ce qui exhale le moindre relent de «gauchisme» – il pourra revenir en arrière, effacer ou du moins modérer cette vision folle et malhonnête du monde qu’il a lui-même façonnée et se remettre à nous diriger de manière convenable et légale. Redevenir l’adulte responsable qui gouverne correctement son pays.

Mais à ce moment-là, il pourrait bien découvrir qu’on ne revient pas de là où il nous a menés. Il sera impossible d’éliminer ou même d’apprivoiser le chaos qu’il a créé. Ses années chaotiques ont d’ores et déjà marqué la réalité et les âmes de ceux qui les ont

vécues d’une empreinte tangible et effrayante.

Ils sont là. Le chaos est là, entraînant tout sur son passage. Les haines intestines sont là. La détestation mutuelle est là, tout comme la violence cruelle à l’oeuvre dans nos rues, sur nos routes, dans nos écoles et nos hôpitaux. Ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal sont déjà là aussi.

Il est tout aussi évident que l’occupation ne prendra pas fin dans un avenir proche, étant déjà plus forte que toutes les puissances actives aujourd’hui sur la scène politique. Ce qui a commencé là et qui s’y est rodé commence à s’infiltrer ici. La gueule

béante de l’anarchie menace de ses crocs la plus fragile démocratie du Moyen-Orient.

Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio.

Ce texte a aussi été publié mercredi 28 décembre dans Haaretz et  Libération le 29 décembre 2022.


2 Verset du livre d’Isaïe cité par David Grossman, cf article ci-dessus.

mardi 17 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 29

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Pour déambuler il n’est pas besoin de panneaux indicateurs.

Il suffit de se laisser pousser par le vent des rencontres.

D’ouvrir son coeur à ce qui vient, aux âmes accueillantes, de fuir les autres, celles qui ne cessent de fermer les frontières.

Dans la traversée de l’an, il est l’heure d’ouvrir les yeux sur ce qui fut.

Tandis qu’une poignée de non-humains s’acharnent à nous précipiter dans le néant, bien d’autres ouvrent les portes du coeur.

Ils ne compensent pas la dérive des tragédies orchestrées de mains de maître, mais ils ouvrent ici et là quelques bulles d’humanité où se réchauffer.


Pour déambuler, nul besoin de suivre les itinéraires tracés.

Nul besoin de leurs balises, ni de leurs antennes de surveillance.

Nul besoin non plus de leurs normes et de leurs incitations stupides.

Il nous suffit d’entrer à l’écoute de notre fibre d’humanité commune.

Ce n’est pas de voeux pieux dont nous avons besoin, mais bien d’une mise en pratique de ce qui nous réconforte.

Avec lucidité, nous avons à tracer notre propre chemin.

Il faut parfois se pencher sous les branches nues de l’hiver.

Il faut souvent tendre la main à moins agile, allumer le feu de la patience dans l’âtre du réconfort.


Ils nous voudraient marchant au pas cadencé de leurs tyrannies partisanes.

Ils nous font le chantage à l’argent, leur dieu cynique et corrompu.

Ils ne peuvent pas comprendre que nous avons un ailleurs d’où leur existence est bannie : celle où porter secours et réconfort ne se monnaye pas.

Notre vie commune n’a pas de prix.

Nos mains salvatrices non plus.

Il suffit de ce moment où le corps et l’âme poussent un gros soupir de soulagement.

Les graines de l’avenir sont ici, non dans des voeux prononcés parce qu’il faut les émettre.

Nous avons mieux à faire que nous regarder comme des « concurrents » dans la loterie de leur monde immonde.


(29 décembre 2022 — 1 — 15h02)


Xavier Lainé