vendredi 6 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 18

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Machiavel au Quatar


Honte Honte Honte Honte Honte


Les pieds sur un tapis de sang


Honte Honte Honte Honte Honte


Machiavel ne voit rien d’anormal

Machiavel est ravi


Machiavélique ravissement

Honte Honte Honte Honte Honte


Ici


Ici


Ici


On vous vole vos retraites

On vous rogne vos revenus

On vous coupe vos allocations chômages


Pas un cri

Pas un Klaxon de voiture en furie


Ici


Ici


Ici


N’être rien aux yeux de Machiavel

Ne gène personne


On suit les pas de Hobbes

Oui not’ Bon Maître

Oui not’ Monsieur


On suit la règle évangélique de la soumission


Machiavel là-bas

Hobbes ici


Ho-là boum !

Soyez heureux 

Braves gens

Puisque

Vot’ maître est heureux 


Youpi Youpi Youpi Youpi Youpi

Chez vous


Honte Honte Honte Honte Honte

Chez moi


HONTE


(17 décembre 2022 — 1 — 19h)


Xavier Lainé


mercredi 4 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 17

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Il me faudrait trouver la recette.


Qui saurait débrancher un cerveau qui ne dort qu’une heure, puis se met à écrire, dans le noir, des pages et des pages sans queue ni tête ?

Qui saurait arrêter le remue-méninge des soucis et tracas qui s’ajoutent au délire sus-dit ?


Réfugié quelques heures en la compagnie des livres : seul remède à l’agitation des neurones !


(16 décembre 2022 — 1 — 8h46)


*


Réfugié de luxe entre les pages d’un livre (en fait, de plusieurs).

C’est bonne (ou mauvaise) conscience que d’avoir l’esprit qui s’évade à la rencontre d’autres qui n’ont pas ton luxe.


Faire comme Heinrich Vogeler⁠1 ?

Ouvrir les portes à toute la misère du monde et lui céder la place ?


(16 décembre 2022 — 2 — 15h09)


Xavier Lainé




https://www.arte.tv/fr/videos/103539-000-A/heinrich-vogeler-peintre-et-martyr/

mardi 3 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 16

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Que dire ?

Sinon la nuit mauvaise.

Interminablement mauvaise.

Ponctuée des nouvelles d’un fils qui ne trouve aucun universitaire pour l’épauler dans ses recherches et envisage de quitter le pays.

Ponctuée de vos cris, pétards, voitures tonitruantes sur les sombres avenues.

Vous n’avez rien gagné.

Tandis que vous vous étendiez partout en une liesse sans bornes (!!!!), par derrière un monarque sans état d’âme détricote vos vies.

Mais là, silence radio : seriez vous mûrs pour l’indigne soumission au pire ?

Aviez-vous seulement, hurlant dans les rues, une pensée un tant soit peu émue pour les, il semble, six mille cinq cent morts (6500) pour votre réjouissance ?


Alors, voilà : vous m’avez gâché la nuit, comme votre apathie devant la dégradation quotidienne de l’humain me mine depuis longtemps.

Vos cris et votre joie dans la nuit étaient insupportables.

Je vous aurais aimé, criant votre indignation devant la ruine économique et sociale endurée, devant l’ignominie d’un élu usant et abusant de son pouvoir pour vous prétendre « riens ».

J’aurais aimé, mais vous n’étiez pas là pour défendre votre santé, votre salaire, vos retraites futures.

Vous n’étiez pas là pour sauver vos frères migrants.

Vous n’étiez pas là.

Et la nuit ne cesse devant votre irresponsabilité de se faire plus profonde.

Et mon sommeil plus fragile.


(15 décembre 2022 — 1 — 8h46)


*


Dans quel pays vivons-nous ?

De quel esprit parlons-nous ?

Y aurait-il encore une chance de sauver quelque chose d’humain ?


A chaque question, comme à chaque pensée, un clou.

Un clou planté au marteau de l’âme.

Puis un fil tendu de clou en clou pour tenter de relier ce qui semble se séparer toujours plus.

Ce qui ouvre des gouffres béants sous nos pas encore hésitants de bipèdes pas tout à fait accomplis.


Chaque jour, presque chaque heure devient dard planté avec son venin dans la soif de vivre.


(15 décembre 2022 — 2 — 9h07)


*


Louvoyer entre les vagues de fatigue 

Pour ne pas tomber

Ne pas sombrer

Tenir encore

Mieux vaudrait pas

Mais pas moyen

Savez-vous

Pas moyen


Entre fatigue et cauchemar qui l’alimente

Pas trop le choix

Soigner aujourd’hui

C’est jouer sur la corde raide de l’épuisement


Alors

Quand au crépuscule vous déambulez 

Vociférant et klaxonnant

Vous en ajoutez une couche

Combien serons-nous à tenir encore

Demain ou après-demain

Nul ne sait


Vous allez droit dans le mur

Vous hurlez votre joie

Un triste pitre présidentiel

S’égosille avec vous

Hier vous étiez au balcon pour nous applaudir

Demain devant nos portes closes

Vous n’aurez que vos larmes


(15 décembre 2022 — 3 — 15h32)


Xavier Lainé



lundi 2 janvier 2023

Traversée des ans

 





Nos canots en cale sèche

Nous nous sommes laissés envahir

Par l’ivraie des ressentiments


Il est temps

Il est l’heure

Le passage inéluctable des ans

Nous invite à repartir 

Bon pied bonne rame


Il ne s’agit pas d’envoyer des voeux pieux

De croire en n’importe quel sort

Qui retournerait les tragédies

Comme gants informes


Ce que nous avons à construire

Le monde que nous avons à découvrir

Ne peut pas venir de ceux qui nous enfoncent


Une seule solution

Retourner à nos esquifs

Traverser à force de rames solidaires

L’étang de nos indifférences

Tendre la main à ceux qui se noient

À ceux qui ont froid

Réfléchir ensemble au commun qui nous rassemble

Qui nous ressemble


La traversée des ans sera ce que nous apprendrons à en faire.


Xavier Lainé,  Manosque, 29 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 15

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Il plantait des clous, 

Un clou par pensée qu’il rencontrait

Sans savoir quel lien les unissait


Il plantait des clous

Depuis au moins soixante ans

Il plantait des clous

Un clou par idée généreuse


Puis contemplait le vide qui les séparait


(14 décembre 2022 — 1 — 8h56)


*


De clous en clou

Retrouver les liens

Observer les sinuosités


(14 décembre 2022 —2 — 16h05)


Xavier Lainé


samedi 31 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 14

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Si beau temps au dessus des nuées

Et dessous saine pluie tant attendue


En l’épuisement de l’esprit

Ne reste qu’à constater

En avoir plein le dos


C’est mal courant en pays d’infinie contrainte


(13 décembre 2022 — 1 — 10h32)


*


C’est lent un jour de brume

Ça verse des larmes ténues

Sur les trottoirs de l’ennui


J’attends sur le quai

Que viennent les soupirs d’aise

Lorsque mains tendues

Nous irons à la rencontre

De notre improbable humanité


Une larme sur le bord du coeur

Nous arpenterons les temps solitaires

Où laisser voguer nos maigres espérances


C’est un jour de brumes infinies

Pas envie de parler 

Pas envie de vous écrire

Sur ce que ce monde nous inflige


(13 décembre 2022 — 2 — 17h17)


Xavier Lainé


vendredi 30 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 13

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



« Comment le monde aurait-il évolué si l’humanité était apparue dans une population privée de l’aptitude à réagir aux autres avec empathie, attachement, embarras et autres émotions sociales dont on sait qu’elles sont présentes sous forme simple chez certaines espèces non humaines⁠1 ? »


Peut-être suffit-il d’observer comment le monde a évolué depuis que quelques dirigeants sans esprit ni remords ont tout fait pour isoler chacun en dressant devant lui le spectre des peurs ancestrales.

Quarante années après, il aura suffit de brandir un ennemi invisible pour parachever l’œuvre entreprise : empathie en berne de ceux qui festoient après chaque but marqué, individualisme forcené entretenu par un consumérisme sans limites, femmes mourant sous les coups de leurs conjoints, indifférence au sort des migrants fuyant les catastrophes fomentées par les mêmes ; l’homme dénué de son humanité, nous savons ce que c’est : il suffit d’aller faire un tour sur les réseaux prétendus sociaux, de lire les journaux, de jeter un oeil (mais un seul pour ne pas vomir) sur les chaines d’infos, ou de tout simplement errer dans la foule à la veille de fêtes qui n’ont plus aucun sens sinon pour les porte-feuilles bien remplis.


(12 décembre 2022 — 1 — 6h46)


*


Tant de fragilités aux premiers frimas !


(12 décembre 2022 — 2 — 8h37)


*


Que suis-je en ce silence ?

Sinon face à ma solitude et sans la certitude d’avoir accompli quelque chose.

Je dis.

Je vous invite.

Je vous observe.

Je m’interroge sur moi-même en train de vous parler.

Parfois, mes interrogations montent à la surface, entrent en étrange résonance avec les vôtres.

C’est alors que je vous rejoins, que j’entre en mouvement avec vous.

Puis tout retombe derrière la porte refermée.

Le mouvement qui me tenait vivant à l’unisson, s’absente.


Peut-être est-ce ça : je ne suis jamais en mouvement sans entrer en « synchronie » (?) avec tout ce qui bouge en cet univers.

Lorsque je me retrouve seul devant cette folie, le vertige me prend.


(12 décembre 2022 — 3 — 11h53)


Xavier Lainé




1 Antonio Damasion, Spinoza avait raison, éditions Odile Jacob