mercredi 7 décembre 2022

Une infinie nostalgie 21

 




Un rayon de printemps s’invite

Entre deux avancées de l’hiver

Mais pas le temps

Pas le temps d’aller contempler

Les jeunes pousses émergentes

Sous les feuilles à peine chues


Un rayon de printemps s’invite

Voix à la radio énumèrent

Toutes les misères répandues

Parlent de « modèle social »

Ne disent rien des fortunes

Colossales fortunes

Engrangées sur la misère 


Un rayon de printemps s’invite

Je reste là

L’oeil rivé sur des chiffres

Qu’il me faudra rendre

Pour justifier d’avoir bien jonglé

Pour ne pas sombrer comme tant d’autres


Un rayon de printemps s’invite

Je m’écroule un instant

Me réveille en sursaut

Confus de m’être un instant 

Oublié entre les bras de Morphée

Alors qu’il ne fallait pas

Pas perdre un instant 

Pour ne pas rejoindre le naufrage 


Xavier Lainé


22 novembre 2022


mardi 6 décembre 2022

Une infinie nostalgie 20

 




Derrière le rideau gris

Vont tant de larmes retenues


Derrière le rideau gris

Les brumes de mon âme

Se répandent en vaines nostalgies


Derrière le rideau gris

Quelques flocons légers

Se retiennent encore


Derrière le rideau gris

Se calfeutrent mes souvenirs

Ma mémoire des beautés passées


Derrière le rideau gris

Je libère à pleins doigts

Les mots trop retenus


Derrière le rideau gris

Ne trouveront aucune place

Sinon comme pas dans la neige


Derrière le rideau gris

Où êtes-vous mes tendresses

Déposées à l’orée du jour

Entre les bras de l’indifférence


Derrière le rideau gris

J’irai en infinies solitudes


Xavier Lainé


21 novembre 2022


lundi 5 décembre 2022

Une infinie nostalgie 19

 




Malgré les habits d’hiver

J’observerai sous les feuilles

Le jaillissement souverain

Tendres pousses qui déjà

Annoncent le printemps


Sous les premières gelées

Bien au chauds sous l’humus

Viendront les bourgeons

D’un temps de divine beauté


Je resterai avec ce goût d’amertume

Au souvenir de toutes les guerres

De toutes les destructions aveugles

Qui auront jalonné mon époque


Debout dans la marge de l’avenir

Pour ne rien perturber 

Je contemplerai vos jeunes beautés

Construire un monde inconnu


Nous avions grandi dans l’ombre

De trente piteuses années

Qui ne voyaient du progrès

Que l’exploitation honteuse


Si j’avance nostalgique

C’est d’un temps et d’un monde

Pas encore né ou qui germe lentement

Sous les ruines de ce qui fut


Xavier Lainé


20 novembre 2022


dimanche 4 décembre 2022

Une infinie nostalgie 18

 




Quelle leçon tirer sans nostalgie

De cette fange répandue et des rires gras


Car il est de bon ton

En médiocratie

De se moquer de tout

Et en particulier

De ce qui de près ou de loin

Se réclame d’une forme d’intelligence


On aime, 

En territoire de fange

Tout ce qui avilit l’humain

Tout ce qui réduit 

Hommes et femmes à ce qu’ils sont

Des appâts sexuels

Des monstres de violence larvée


Le principe est de rire

Rire des plus profondes bassesses

Des plus médiocres ritournelles

Des plaisanteries les plus grasses


Dès lors monte la nostalgie

D’un temps il semble révolu

Où même dans les lucarnes télévisuelles

Arrivait encore à s’immiscer

Quelques grammes de subtilités


De ce passé ils ont fait table rase


Xavier Lainé


19 novembre 2022


samedi 3 décembre 2022

Une infinie nostalgie 17

 




Le marais est tellement profond

Avec de la boue jusqu’à la surface

J’en connais qui plongent avec délectation

En ressortent tout crottés

Mais pensent que c’est pour leur bien


Fi de l’odeur infecte du lisier

On s’habitue à tout

Même au plus ignoble ragout


Il y a ceux qui ne cessent de le répandre

Y compris sur les idées les plus nobles

Et ceux qui

Pelle et râteau d’enfant à la main

Tentent encore de sauver

Leur petite plage de bonheur


Mais

Le marais est si profond

Et tout ce lisier qui s’y déverse

En rend l’odeur si infecte

Qu’à demeurer dans la proximité de ce monde

On finit pas le prendre pour cauchemar


Je ne sais pas 

Je me lève avec les larmes aux yeux

Mes rêves de beauté

Mes rêves de tendresse

Mes rêves de pensées généreuses

Les voici qui nagent le ventre en l’air


Xavier Lainé


18 novembre 2022


vendredi 2 décembre 2022

Une infinie nostalgie 16

 




Gris

Temps gris

Imprévu — il semble

Alors

Tu regardes ton écran de portable

Pour vérifier ce qu’ILS avaient envisagé

Mais non

« Beau temps »

Qu’ils disaient

Nous en sommes là

Que la fenêtre ouverte

Montre autre chose qu’un écran

Tu t’en vas croire l’écran

Non la couleur du ciel


Vertige

Vertige et stupéfaction

Nostalgie aussi

D’un temps de l’histoire

Où on faisait avec le temps réel

Non le fictif 


Vertige

Vertige de vivre en des temps de fictions

Qui supplantent la vraie vie


Ils marchent

Ils s’assoient à la table d’un bistrot

L’oeil rivé sur leur téléphone

Les doigts agiles à leurs SMS


Xavier Lainé


17 novembre 2022


jeudi 1 décembre 2022

Une infinie nostalgie 15

 




Le ver est dans le fruit

Bien difficile d’en empêcher la pourriture

C’est bien connu


Le ver 

C’est celui du petit fascisme ordinaire

Celui qui corrompt les esprits

À grand coup d’informations non fondées

De prétendues expertises

Qui ne sont qu’actes de complaisance


Ce ver est là

Il s’est insinué dans le fruit

Celui de la démocratie

Depuis si longtemps

Que nul n’y a prêté attention

Il y est entré avec des complicités

À qui par devant

Vous auriez donné 

Bon dieu sans confession


Ceux-là se proclamaient même « humanistes »

Qui insidieusement installaient la pourriture

Au sein même du fruit de notre humanité commune

Du chacun pour soi à l’exclusion de qui ne marche pas

Au pas cadencé d’une histoire éternellement tragique


Le ver est dans le fruit

Bien difficile d’en éviter la pourriture

C’est une affaire bien connue


Xavier Lainé


16 novembre 2022