samedi 10 septembre 2022

Juste retournement des choses 25

 




La dernière fois que je fus insouciant remonte à si loin

Qu’impossible de me rappeler de cet état.


Quand à l’abondance, je ne crois pas, en l’espace d’une vie,

En avoir jamais connu le moindre aspect.


Mais tout ça n’est que mots prononcés sans conscience

Verbe creux posé dans le bruit d’un monde

Où ceux qui sont dans l’abondance

Donnent des leçons à ceux qui ne l’ont jamais connue.


Vivre pour nous autres ne connaît jamais l’insouciance

Ni la tranquillité d’esprit

Il faut chaque jour avoir l’oeil

Rivé sur des comptes frayant sans cesse avec le rouge

Mais travailler quand même

Ne serait-ce que pour

Ne pas descendre plus bas.


Vous doutez encore des mondes parallèles ?

Ecoutez donc ces verbes-creux

Ils en sont la preuve physique.


Notre monde et le leur ne connaissant aucun trou de ver

Aucune communication possible

Ils ont verrouillé toutes les entrées

Pour préserver leur droit à colossales fortunes.


Qu’on crève devant leur porte

Ne les ébranle jamais.


Xavier Lainé


25 août 2022


vendredi 9 septembre 2022

Juste retournement des choses 24

 




Combien je vous dois ?

Trente huit euro soixante dix.

Pour six séances d’une demi-heure ?

Bé oui, mais il y a aussi cinquante huit euro zéro huit qui me seront payés par la générosité sociale !

Soit tout de même quatre-vingt seize euro soixante dix-huit !

Soit encore seize euro treize la séance d’une demi-heure, quand même, hein, on va pas se plaindre !


Parfois j’imagine des négociateurs en costume ouvrant leur attaché case pour en sortir balayette et petite pelle afin de ramasser les miettes accordées par la générosité sociale.


Mais peut-être est-ce ça, le prix de ma liberté !


D’ailleurs je ne savais pas qu’elle était cotée en bourse, qu’elle avait donc un prix fluctuant selon les caprices du « marché ».

Comme quoi on peut être vieux, con et naïf !


A part ça ?

À part ça hier comme avant-hier, je me suis demandé comment je tenais encore à écouter vos plaintes.

C’est long l’été, surtout quand on vous serine que c’est temps de vacances.

C’est long et fastidieux quand, sans même savoir si vous pouvez en prendre, des vacances, on vous les souhaite bonnes.

C’est vrai quoi, on se projette chez l’autre.

On ne peut pas imaginer que prendre des vacances serait la traduction d’une banqueroute.

Mais les négociateurs en costume viendront encore me dire que je ne sais pas m’y prendre !


Xavier Lainé


24 août 2022


jeudi 8 septembre 2022

Juste retournement des choses 23

 




Mais peut-être trouverez-vous réactionnaire

Ma dénonciation de ce qui s’effondre

Sous les coups et les matraques des puissants


Faire état de

Constater le débats

Mesurer 

Ce qui est irrémédiable

Ce qui pourrait encore être sauvé

Sans pour autant disculper

Ceux qui portent la responsabilité

Du naufrage


Le problème posé n’est pas de se voiler la face

Au nom d’un progrès qui serait perpétuel

Alors que de manière visible

Les limites ne cessent d’être dépassées

Le problème est de regarder en face

Ce qui vient de tragédies

Pour tenter encore de lancer

Quelque gilet de sauvetage

Aux premiers noyés

Depuis si longtemps rejoint 

Par la cohorte des réfugiés


La vie ne pourra se poursuivre

Dans cette courbe sans cesse ascendante

Qui ne connaît aucune limite

Sans reconnaître la frontière infranchissable 

Que nous impose planète limitée


Xavier Lainé


23 août 2022


mercredi 7 septembre 2022

Juste retournement des choses 22

 




Tu les vois les signes.

Ils sont là sous tes yeux.

Tout demande effort colossal.

De quelque côté que tu te tournes, 

Rien ne vient,

Aucune main tendue

Alors que toi…


Mais rien, nada, nothing :

Tout va bien dans le déni.

Chacun pour soi et le néant pour tous.


*


Un jour pourtant verra 

En un juste retournement des choses

La fin des servitudes

Celles que tu te crées

Celles qui te sont imposées


Un jour pourtant viendra

En un juste retournement des choses

Le triomphe de tes révoltes

Le fou réveil loin des nuits agitées

Des matins cerveau lavé de fatigue


Un jour

Un jour sans voeux pieu

Un jour sans vaines espérances

Un jour 


Xavier Lainé


22 août 2022


mardi 6 septembre 2022

Juste retournement des choses 21

 




Sans doute est-ce ainsi qu’il apprend à demeurer furtif.

Disparaître pour être mieux.

S’isoler pour mieux entendre la rumeur qui monte.

Observer le lourd nuage qui vient, non pour s’en lamenter, mais savoir s’en protéger.

Nous en sommes là.


On souligne un peu partout la noirceur de ce qui s’écrit.

Mais que vivent donc les hommes à devoir soumettre leur liberté à des aléas de domination sans partage ?

Il faudrait être aveugle et sourd pour ne rien entendre et ne rien voir.

Heureux celui qui s’isole et prend de la hauteur : il ne tombe pas dans l’atmosphère du déni.

Malheureux le même : car il entend et voit bien plus que ceux qui s’agitent en tous sens, se heurtant aux murs d’un univers toujours plus restrictif.


Bien sur, la Terre nous offre parfois un temps de répits.

Mais ce n’est que calme précédant d’autres intempéries.

Calme offert à celui qui voit venir la suite et prend temps de pause pour réfléchir et repenser le monde.

Celui qui cherche à se rendre disponible aux échanges, partages, solidarités et entraides.

Le ciel bleu et la douceur peuvent être trompeurs.

La Terre n’en démord pas : ses plaies ne peuvent se cicatriser.

À moins que…


À moins que comme le furtif qui se faufile entre les mailles des filets convenus, nous nous mettions à panser ce que nous pouvons.

Pour que le pansement tienne et que la plaie se remette, tu dois apprendre la patience et la rencontre.


Xavier Lainé


21 août 2022


lundi 5 septembre 2022

Juste retournement des choses 20

 




Il errait, le spleen à la paupière, retenant ses larmes.

Il errait.

Que dire de cette errance qui durait depuis si longtemps qu’elle en devenait son ombre et son portrait ?

Il y croyait, à l’amour comme au bonheur, comme on croit en un dieu qui se révèle cupide et lâche.


Il est dur le spleen qui coule sur l’échine d’une vie.

Il transpire à chaque mot prononcé, à chaque pas posé sur la terre éreintée.


Il errait.

Que voyez-vous en cette errance, sinon le vide absolu une fois le temps écoulé ?

Il errait avec la conscience de n’être que de passage.

Il ne pouvait se plier aux usages prétentieux de briller.

Il errait pour s’effacer.


Les mots seront sans doute l’unique trace de son passage.

Lui, vous l’oublierez vite : il n’était qu’usine et labeur obscur.

Il tremblait dans la main tendue des désespérés.

Il se réjouissait d’un baiser entrevu à l’ombre des charmilles.

Il s’asseyait sur un banc à l’insu de tous.

Il fermait les yeux et tendait ses lèvres vers le ciel dans l’attente vaine.

Il rêvait de folles étreintes qui ne venaient plus jamais.

Le temps passe sur l’errance comme sur la vie.


On attend sur un banc loin de tout passage.

Et puis un jour on s’endort et le silence s’empare du chemin.

Il ne reste qu’une ombre sur le tableau d’une terre reprenant ses droits.


Xavier Lainé


20 août 2022


dimanche 4 septembre 2022

Juste retournement des choses 19

 




C’était une vague

Une immense vague ourlée d’éclairs

Ses reflets d’argent brillaient dans une nuit insondable


C’était une vague

Une grande déferlante qui submergeait tout

Hommes et villes

Arbres et collines


Quelque chose dans la nuit 

Qui venait nettoyer l’outrage et la prétention


Mes yeux s’ouvraient puis se refermaient

Sur des éclairs de lucidité


Qui suis-je

Bouchon chahuté sur les flots en colère 

Qui suis-je donc


Sinon ce petit être fragile

Qui doit tout réapprendre chaque jour


Qui doit toujours tout remettre en chantier

Pour vivre chaque heure 

Dans le provisoire qu’est chaque instant


Mes yeux s’ouvraient puis se refermaient

J’allais tel un somnambule

Sur des chemins délavés et boueux

Mon pas hésitant glissait dans l’ombre


Xavier Lainé


19 août 2022