mercredi 13 juillet 2022

Sur un fil 28

 




Photographies du lac de Castillon (04) presque à sec.

« Etrange qu’un événement annoncé et prévisible depuis cinquante ans puisse encore surprendre », dis-je.

« Cessez donc de donner des leçons », réponse cinglante.

J’efface mon commentaire.

Je n’ai rien à dire, ni leçons à donner.

Juste à constater en quels dénis s’enfonce notre humanité.

En quels reculs historiques nous marchons, ce qui ne perturbe en rien un art de vivre qui tue la planète à grands feux.


Canjuers : mille hectares partis en fumée pour une manœuvre d’artillerie.

Des centaines de migrants franchissent les grilles à Melilla, enclave espagnole au Maroc, la police les poursuit et tire : combien de morts et de blessés ?

Tous les jours certains se noient en Méditerranée, dans les eaux tumultueuses des torrents en Pyrénées Atlantiques.

Invite-t-on les touristes à regarder le spectacle de ce monde là, depuis leurs chaises longues ?


Les Etats-Unis remettent en cause la légalité de l’avortement.

Mais peut-être devrions-nous parler d’autre chose.

Ha, oui ! Total, Engie et EDF nous invitent à consommer moins d’énergie.

Mais quid des 52% d’augmentation de revenu de leurs PDG et des milliards engrangés en toute impunité et net d’impôts, à titre de bénéfices.

Payez donc vos factures et ne versez aucune larmes, manants.

Et cessez donc de donner des leçons !


Non, pas de leçons à donner, surtout pas.

Juste faire le constat et vous laisser vaquer à vos sérieuses occupations, à vos vacances, à vos regards qui se détournent pour ne pas voir les mains tendues et tremblantes.


Xavier Lainé


28 juin 2022


mardi 12 juillet 2022

Sur un fil 27

 




Démêler le vrai du faux.

Mais toujours tu vois derrière

Ce qui en demi-teinte se dessine


Une vraie ardeur solaire

Dont aucun poème ne se fera l’écho

Des oiseaux qui tombent 

Au midi des canicules

Épuisés 


Que m’importent les chiffres

Tant qui disent et proclament

Que ce ne sont ni eux

Ni les hautes techniques

Qui nous sauveront de ce piège

Par nous tendu

À ce qui reste de nous même


Comme à Hiroshima

Une ombre sur un mur

Les squelettes tordus

Des armatures de métal

Brûlées de techniques 

Fort peu humaines


Tandis que brûle la Terre

Vous allez de déni en aveugles postures

Vous voguez à vos affaires

Comme si rien de ce qui se voit

Ne pouvait concerner vos vies

Les poètes ont autre chose à dire


Xavier Lainé


27 juin 2022


lundi 11 juillet 2022

Sur un fil 26

 






Il y avait une certaine tristesse

Dans cette liesse sous surveillance

D’un service de sécurité.


Me voici perplexe.

Ce que mes yeux voient :

De belles personnes heureuses de vivre

Une minorité certes 

Mais profondément pacifique

Car c’est d’amour qu’ils causent

C’est d’amour qu’ils vivent

C’est d’amour qu’ils veulent 

Ensemencer le monde.


Mais


Les voici sous haute surveillance

D’un service de sécurité.


Me voici perplexe.

De vivre en pays 

Qui ne sait plus manifester 

Qui ne sait plus se créer

Se recréer

Sans que forces de surveillances

Ne veillent au grain

Celui de la conformité

Incolore

Inodore

Sans saveur

Une conformité imposée.


Xavier Lainé


26-27 juin 2022


dimanche 10 juillet 2022

Sur un fil 25

 




Pas possible

Pas possible de laisser la déroute et l’échec

Gagner au grand jeu des loteries du fric

Pas possible


Alors plutôt qu’engranger les colères

Je m’en vais d’un pas décidé

Prendre à bras le corps cette société malade


À pleines mains

Je saisirai vos misères

Je libèrerai ce qui vous bloque

Donnerai du mou 

À vos articulations

Vous relèverai de vos faiblesses


J’airai panser vos plaies

Jusqu’à l’infini de mes peines

Un petit sourire de bonheur

Sur votre visage fatigué 

Sera ma récompense

D’avoir tant vécu rongeant mon frein


Il est temps de nous dresser 

Contre les vagues incertaines

Qui emportent nos espérances

Qui pèsent à nos épaules fourbues


Je n’aurai pas que mots

À vous chuchoter

Je vous prendrai à pleins bras


Xavier Lainé


25 juin 2022


samedi 9 juillet 2022

Pluie de pétales sur le jour

 

Des fleurs comme s’il en pleuvait

Des fleurs déposées

Avec la discrétion d’une ombre


Que sais-je de la main attentive

Qui en déposa l’obole


Rien



Des fleurs comme une respiration

Introuvable au monde qui va

De son pas affolé


Des fleurs qui illuminent

Un éphémère instant

Les murs et les peines


Je me repose

Entre deux pétales ouverts





Des fleurs

Des fleurs comme un bouquet

Qui n’aurait rien de final


Qui ne serait qu’un début

Une ouverture

Sur l’opéra du jour





Que nous chantent les fleurs

À l’aube d’un jour apeuré

Quelles voix chuchotent

Entre les pétales épanouis


Un sourire

Une main tendue

Et c’est déjà beaucoup


Xavier Lainé


8 juillet 2022



Sur un fil 24

 




Tant de temps devant les écrans à attendre que quelque chose vienne.

D’écran en écran, tant de jeux, tant de fictions, de « séries » sur lesquelles « zapper » en attendant que quelque chose change.

C’est toujours source de désillusions, cette attente.

Car rien ne change que nous n’ayons murement désiré, construit avec patience.


« Un autre monde est possible »

Ça peut toujours s’afficher partout sur les murs.

Mais qu’en est-il de ma volonté d’en être le ferment ?

Suis-je, l’oeil perdu devant mon écran téléphonique, à jouer sur des « applications » qui me lavent l’esprit, encore capable de m’inventer le monde ?

Ou seulement de m’y « adapter » sans rien remettre en cause des misères dont il est la source.


« Je ne pleure plus »

« Je ne rêve plus »

Me dites-vous percluse de ces douleurs que survie vous impose.


Qu’importent mes mains ou mes conseils face à ce rouleau compresseur d’illusions semées à longueur d’applications ?

Alors parfois, revenant de mes illusions encore à réveiller un tant soit peu les consciences, je m’en remets aux mots.

Pauvres mots dont certains désormais sont aussi dépossédés.

Orwell en avait eu la vision.

Mes mots ne peuvent qu’être encore maigre rempart à condition d’être lus.


Quand bien même ils ne le seraient pas, ils se porteront témoins d’un temps qui ne laisse respirer que les plus aisés.

Les autres, les plus pauvres, n’auront rien d’autre à sauver que leur peau.


Xavier Lainé


24 juin 2022


vendredi 8 juillet 2022

Sur un fil 23

 




«  C’est sans doute un mal que d’être plein de défauts ; mais c’est encore un plus grand mal que d’en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. » Blaise Pascal, Pensées.


Puis un jour, sans crier gare, voici que le vent tourne.

Que celui qui ne se voyait au miroir de lui-même que dépourvu de toute imperfection, reçoit en pleine figure la suprême contradiction.

Il se voyait beau, intelligent, exempt de tous vices.

S’en était déjà un que de se contempler tel Narcisse au miroir de son âme aveuglée.

Où on se croit blanc comme neige, refusant le miroir tendu par les autres, on finit par s’effondrer dans un vertige croissant.

Un homme seul ne peut avoir raison contre vents et marées.

Un tel homme un jour ou l’autre se heurte au mur du réel.

S’il se retourne contre ceux qui le lui ont tendu, alors il se montre sous son vrai jour, celui de la tyrannie.

Du pervers au tyran, il n’est qu’un pas si vite franchi lorsque tu ne prends pas garde à demeurer modeste !


Il est terrible, le sort d’un peuple qui confie son sort à tel individu.

Il est tout aussi terrible, lorsque, dépossédé de ses capacités de réflexion, il ne voit pas en quelle ornière l’être persuadé de ne présenter aucun défaut va le jeter.

Voici qu’on paie pour la bonne mine d’un sournois.

Mais c’est devenu monnaie courante que de se croire au-dessus des facéties d’être humains.

On pérore ici ou là, on est persuadé d’être le meilleur et donc d’avoir voix autorisée à donner des leçons.

Quand il faudrait faire preuve d’humilité on étale sa culture ou ses raisonnements, exigeant que vrais ou faux ils soient gobés comme vrais.

C’est le triste sort du citoyen réduit à n’être qu’un spectateur médiatisé.


Xavier Lainé


23 juin 2022