lundi 11 juillet 2022

Sur un fil 26

 






Il y avait une certaine tristesse

Dans cette liesse sous surveillance

D’un service de sécurité.


Me voici perplexe.

Ce que mes yeux voient :

De belles personnes heureuses de vivre

Une minorité certes 

Mais profondément pacifique

Car c’est d’amour qu’ils causent

C’est d’amour qu’ils vivent

C’est d’amour qu’ils veulent 

Ensemencer le monde.


Mais


Les voici sous haute surveillance

D’un service de sécurité.


Me voici perplexe.

De vivre en pays 

Qui ne sait plus manifester 

Qui ne sait plus se créer

Se recréer

Sans que forces de surveillances

Ne veillent au grain

Celui de la conformité

Incolore

Inodore

Sans saveur

Une conformité imposée.


Xavier Lainé


26-27 juin 2022


dimanche 10 juillet 2022

Sur un fil 25

 




Pas possible

Pas possible de laisser la déroute et l’échec

Gagner au grand jeu des loteries du fric

Pas possible


Alors plutôt qu’engranger les colères

Je m’en vais d’un pas décidé

Prendre à bras le corps cette société malade


À pleines mains

Je saisirai vos misères

Je libèrerai ce qui vous bloque

Donnerai du mou 

À vos articulations

Vous relèverai de vos faiblesses


J’airai panser vos plaies

Jusqu’à l’infini de mes peines

Un petit sourire de bonheur

Sur votre visage fatigué 

Sera ma récompense

D’avoir tant vécu rongeant mon frein


Il est temps de nous dresser 

Contre les vagues incertaines

Qui emportent nos espérances

Qui pèsent à nos épaules fourbues


Je n’aurai pas que mots

À vous chuchoter

Je vous prendrai à pleins bras


Xavier Lainé


25 juin 2022


samedi 9 juillet 2022

Pluie de pétales sur le jour

 

Des fleurs comme s’il en pleuvait

Des fleurs déposées

Avec la discrétion d’une ombre


Que sais-je de la main attentive

Qui en déposa l’obole


Rien



Des fleurs comme une respiration

Introuvable au monde qui va

De son pas affolé


Des fleurs qui illuminent

Un éphémère instant

Les murs et les peines


Je me repose

Entre deux pétales ouverts





Des fleurs

Des fleurs comme un bouquet

Qui n’aurait rien de final


Qui ne serait qu’un début

Une ouverture

Sur l’opéra du jour





Que nous chantent les fleurs

À l’aube d’un jour apeuré

Quelles voix chuchotent

Entre les pétales épanouis


Un sourire

Une main tendue

Et c’est déjà beaucoup


Xavier Lainé


8 juillet 2022



Sur un fil 24

 




Tant de temps devant les écrans à attendre que quelque chose vienne.

D’écran en écran, tant de jeux, tant de fictions, de « séries » sur lesquelles « zapper » en attendant que quelque chose change.

C’est toujours source de désillusions, cette attente.

Car rien ne change que nous n’ayons murement désiré, construit avec patience.


« Un autre monde est possible »

Ça peut toujours s’afficher partout sur les murs.

Mais qu’en est-il de ma volonté d’en être le ferment ?

Suis-je, l’oeil perdu devant mon écran téléphonique, à jouer sur des « applications » qui me lavent l’esprit, encore capable de m’inventer le monde ?

Ou seulement de m’y « adapter » sans rien remettre en cause des misères dont il est la source.


« Je ne pleure plus »

« Je ne rêve plus »

Me dites-vous percluse de ces douleurs que survie vous impose.


Qu’importent mes mains ou mes conseils face à ce rouleau compresseur d’illusions semées à longueur d’applications ?

Alors parfois, revenant de mes illusions encore à réveiller un tant soit peu les consciences, je m’en remets aux mots.

Pauvres mots dont certains désormais sont aussi dépossédés.

Orwell en avait eu la vision.

Mes mots ne peuvent qu’être encore maigre rempart à condition d’être lus.


Quand bien même ils ne le seraient pas, ils se porteront témoins d’un temps qui ne laisse respirer que les plus aisés.

Les autres, les plus pauvres, n’auront rien d’autre à sauver que leur peau.


Xavier Lainé


24 juin 2022


vendredi 8 juillet 2022

Sur un fil 23

 




«  C’est sans doute un mal que d’être plein de défauts ; mais c’est encore un plus grand mal que d’en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. » Blaise Pascal, Pensées.


Puis un jour, sans crier gare, voici que le vent tourne.

Que celui qui ne se voyait au miroir de lui-même que dépourvu de toute imperfection, reçoit en pleine figure la suprême contradiction.

Il se voyait beau, intelligent, exempt de tous vices.

S’en était déjà un que de se contempler tel Narcisse au miroir de son âme aveuglée.

Où on se croit blanc comme neige, refusant le miroir tendu par les autres, on finit par s’effondrer dans un vertige croissant.

Un homme seul ne peut avoir raison contre vents et marées.

Un tel homme un jour ou l’autre se heurte au mur du réel.

S’il se retourne contre ceux qui le lui ont tendu, alors il se montre sous son vrai jour, celui de la tyrannie.

Du pervers au tyran, il n’est qu’un pas si vite franchi lorsque tu ne prends pas garde à demeurer modeste !


Il est terrible, le sort d’un peuple qui confie son sort à tel individu.

Il est tout aussi terrible, lorsque, dépossédé de ses capacités de réflexion, il ne voit pas en quelle ornière l’être persuadé de ne présenter aucun défaut va le jeter.

Voici qu’on paie pour la bonne mine d’un sournois.

Mais c’est devenu monnaie courante que de se croire au-dessus des facéties d’être humains.

On pérore ici ou là, on est persuadé d’être le meilleur et donc d’avoir voix autorisée à donner des leçons.

Quand il faudrait faire preuve d’humilité on étale sa culture ou ses raisonnements, exigeant que vrais ou faux ils soient gobés comme vrais.

C’est le triste sort du citoyen réduit à n’être qu’un spectateur médiatisé.


Xavier Lainé


23 juin 2022


jeudi 7 juillet 2022

Sur un fil 22

 




Etrange inversion du sens.

Représentants du peuple, mais bizarre que peuple en soit.

Car l’emploi serait réservé à ceux qui fréquentent le beau monde.


Pendant que vous siégez : que faisons-nous, ici ?


Une pluie fine, enfin s’épanche.

Comme larmes sur visage défait malgré les maigres victoires.


Depuis si longtemps j’ai déserté la compagnie des hommes.

Qu’un instant de prise de parole ne change rien à la fuite.


Longue plongée en territoire de connaissance.

Juste pour tenter de comprendre.

Et désespérer un peu plus devant la désorientation générale.


J’voudrais juste vous ouvrir cette porte étroite.

Celle qui me laisse, chaque matin, l’oeil rêveur, sur le seuil du jour.


Un charroi tonitruant circule sous mes fenêtres.

Que veut dire cette course absurde ?

Que veulent dire ces empressements.

Hier vous déambuliez d’orchestre en orchestre.

Les rues n’étaient pas d’affluence, comme si la joie désormais était exclue.

Je suis comme vous, je reste là sur le seuil, à me demander ce qui pourrait bien tomber encore de mauvais coup.

Les blessures sont vives.

Que certaines condamnations mènent à réparation monétaire ne change pas grand chose à l’affaire : les plaies restent ouvertes.

Elles le resteront tant que les fauteurs de trouble se vautreront dans les palais.


Xavier Lainé


22 juin 2022


mercredi 6 juillet 2022

Sur un fil 21

 




Mais vous me direz encore que ce n’est pas poésie

Que de dire les affres de survivre

En pays dominé 


Car c’est chose étonnante

Qu’avec condescendance

On se félicite

Qu’une « femme de chambre »

Ou qu’un « ouvrier »

Soient élus députés


Qu’est-ce qui

En pays à prétentions démocratiques

Mais en réalité dominé

Interdit au peuple de présider

À ses destinées


Qu’est-ce qui autorise

Une minorité embourgeoisée

De regarder avec amusement

Les plus petits intervenir

Dans les affaires du commun


Sinon cette arrogance effroyable

Que dicte l’esprit de domination sans partage


Qu’on s’étonne que les affamés puissent dire leur mot

Voilà qui dénote les symptômes d’un système en panne

Quand on a faim la règle voudrait qu’on lutte

L’arrogance est un déni d’humanité

La fierté serait que les plus pauvres se lèvent


Xavier Lainé


21 juin 2022 (3)