jeudi 2 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 21

 




On en est là que mentir devient la règle.

Les mots travestis, plus rien ne tient.

On se cramponne pourtant pour ne pas devenir fous.

On dit une chose mais on fait le contraire.

Nous voici devant ce monde dans lequel plus rien n’est digne de confiance.

Où seule la porte de la folie s’ouvre pour les plus faibles.

Avec pour seule réponse l’octroi de béquilles pharmaceutiques.

On crée ainsi les dépendances sans rien faire pour changer en amont ce qui justifie le délire.

Regardez donc les belles promesses faites hier seulement dont il ne reste plus rien moins d’un mois après.

Le tout est de se maintenir au pouvoir et d’en abuser à grands coups de maltraitance sociales.

Et encore mentir sans vergogne.

Affirmer que le pire n’est pas le pire, même si les faits prouvent le contraire.

L’important n’est pas dans ce qui fait sens commun, ce maigre lien tissé depuis la préhistoire et qui nous pousse à réfléchir à notre humanité toujours à perfectionner.

L’important n’est pas dans l’idée qui, confrontée à d’autres, devient pensée commune, aide à se construire.

Non.

Il faut s’affirmer, comme le font beaucoup, en des vidéos virales, comme les tenants d’un savoir définitif.

Dans ce kaléidoscope nos yeux finissent sans regard.

Le puzzle des lumières qui tournent jusqu’au vertige nous entraîne en des abîmes toujours plus profonds.

On « surfe », on « zappe », on passe d’une chose sans substance à une autre encore moins consistante.

Dans ce vertige les monstres ayant usurpé le pouvoir peuvent nous enfoncer.


Xavier Lainé


21 mai 2022


mercredi 1 juin 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 20

 




L’homme n’a pu cueillir la connaissance qu’en cueillant aussi la parole, laquelle forcément devait être l’écorce du fruit défendu.

Bernard Noël, Le tu et le silence, éditions Fata Morgana, 1998


C’est sans doute la plus grande désillusion.

On y croyait, en un siècle où la connaissance partagée ferait de l’Homme un humain.

On y a cru.

On ne pouvait imaginer, raisonnablement, que le rouleau compresseur de la bêtise, manoeuvré par gens de pouvoirs et de presque tous bords, finirait par éloigner l’horizon des humanités.

C’était la faille.

Notre faille que les dogmatiques libéraux se devaient d’agrandir.

Répandre la bêtise en lieu et place de toute pensée, de tout cheminement de réflexion.

On ne réfléchit plus : on vend de la réflexion toute faite, un prêt à penser qui évite de se fatiguer les méninges.

On appauvrit et dépossède l’humain de ses propres capacités culturelles en lui faisant prendre les vessies médiatiques pour des lumières.

Les Lumières, elles, se retournent dans leurs tombes.

Toute pensée est désormais envisagée comme une dangereuse dérive.

Il est vrai qu’à lire et lire encore, on finit par ouvrir les yeux sur un monde guidé de mains de maîtres-ès-profits vers sa propre apocalypse.

Tous le symptômes réunis, comme il n’y a pas si longtemps, on interdit aux penseurs de poser leur diagnostic et surtout de suggérer le traitement de cette ignorance devenue la monnaie d’un temps de perdition.

Et c’est tellement plus commode, le prêt à porter de la pensée !

Ça évite les méandres d’un cheminement qui introduit sans cesse du doute où il faut avoir raison, aux yeux des thuriféraires du libéralisme totalitaire.

Il faut avoir raison, contre vents et marées, raison.

Réfléchir, c’est découvrir que parfois, raison n’en n’est pas une.


Xavier Lainé


20 mai 2022


mardi 31 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 19

 




L’Etat est presque ruiné, mais les rentiers ne sont pas à plaindre. Ce sont les salariés qui triment pour rien, les artisans, les petits commerçants, les manoeuvres. Enfin, il y a les chômeurs, tout un peuple inutile, affamé.

Eric Vuillard, 14 juillet, éditions Actes Sud, 2016


Effondrement.

Ce n’est pas qu’un symptôme passager, l’effondrement.

C’est un peu comme un chateau de carte.

Un élément tombe.

Tout le reste suit.

Mais ça met du temps.


Effondrement.

C’est semé sans que nul ne s’en rende compte.

Insidieusement, dans le soubassement d’un monde.

On commence par être aveuglés.

On ne te montre que le bon côté des richesses accumulées.

La vie en yacht et le luxe comme un rêve.

L’arbre du profit qui cache mal la forêt de l’exploitation.


Effondrement.

Lorsque les fondations sont perverties.

La maison un jour s’écroule.

C’est d’abord imperceptible.

Quelques tremblements par-ci.

Quelques fissures par là.

Des murs qui se gondolent.

Un sol qui penche.

Des carreaux qui se disjoignent.

Nul n’y prête vraiment attention.

La ruine s’approche à pas de velours.


Xavier Lainé


19 mai 2022


lundi 30 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 18

 




Les révolutionnaires furent de très jeunes gens, des commissaires de vingt ans, des généraux de vingt-cinq ans. On n’a jamais revu ça depuis.

Eric Vuillard, 14 juillet, éditions Actes Sud, 2016


On n’a jamais revu ça depuis.

Oui.


Parce que la classe triomphante après 1789, fut celle qui sut tirer profit de la Révolution et façonner un roman national à sa propre gloire.

Avec pour seul idéal celui de s’enrichir toujours plus en invitant les anciens serfs devenus salariés, à plier sous le poids de leur servitude volontaire.


Ce sont ces usurpateurs qui ont noyé dans le sang toutes les espérances qui parfois s’enflammaient en feu révolutionnaire de brève apparition.

Ce sont eux qui tirent les ficelles de l’anthropocène, qui en sont les artisans et les concepteurs sans jamais demander l’avis de personne sinon de leur banquier.

Eux qui ont provoqué toutes les guerres, toutes les tueries, tous les camps et autres génocides d’un XXème siècle où leur industrie triomphait.

Tragédies après tragédies, soumission après dépossession, les peuples n’ont rien pu faire pour échapper à cette engeance criminelle.

Riche, mais criminelle.

Appelons un chat un chat.


Il ne fait pas bon y voir clair sous leur régime pseudo-démocratique.

Il ne fait pas bon écrire ce que tout le monde voit mais fait semblant d’ignorer, trouvant encore douceur de vivre alors que misère s’étale sur les trottoirs de nos déchéances.

Car avant l’effondrement, il y a la déchéance, et avant la déchéance la dépossession.

Pour le plus grand malheur de la terre et de l’humanité.


Xavier Lainé


18 mai 2022 (2)


dimanche 29 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 17

 




Le profit est une mélancolie sans mesure, toute la déception du monde se traduit en puissance de vendre et d’acheter.

Eric Vuillard, 14 juillet, éditions Actes Sud, 2016


C’est un peu comme si mai avait dérivé vers juillet.

Au sec de la terre s’ajoute la chaleur du ciel.

Seuls les profits s’en tirent à bon compte.

Nous, moins…


Que faire de tous ces signes d’effondrement en cours ?

Comme personne ne sait vraiment faute de volonté collective, pour beaucoup, c’est faire comme si de rien n’était.

On vaque à ses occupations, si possible au plus vite et sans passion.

On trouve que c’est bon, d’avoir chaud en mai.

On va à la terrasse des cafés boire un rafraichissement.

Sauf que, à cette lyophilisation en cours, sous peu, que nous faudra-t-il boire encore ?

Nous ateler à vider consciencieusement nos caves des dernières dives bouteilles ?

Puis fin saoul laisser les profiteurs réduire la planète à feu et à sang ?


Jusqu’où aller dans le déni ?

Jusqu’où nous soumettre en refusant l’esprit de mai ?

L’esprit de révolte et d’insoumission totale ?

L’esprit de désobéissance nécessaire lorsque nos processus vitaux sont en jeux ?


Le mur s’approche, il n’est plus temps de dormir.

Tous les symptômes sont réunis qui trahissent l’effondrement général en cours.

Notre sort n’est pas entre d’autres mains que les nôtres.


Xavier Lainé


18 mai 2022 (1)


samedi 28 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 16

 




Comment faire de Terre un soubassement crédible, si cette terre est déjà appropriée, reterritorialisée, par ceux qui sont en train de se la partager en autant de nations juxtaposées sans autre idéal commun que la guerre de tous contre tous ?

Bruno Latour, Où suis-je ? Éditions Les empêcheurs de penser en rond, 2021


C’est un rêve de mai mais pas que…

Une terre comme lieu du commun, partagé entre tous les vivants sans esprit de domination.


C’est un rêve de mai, mais pas que…

Une façon de vivre qui apprenne à respecter notre berceau.

Une façon de partager notre destinée en accord avec la terre.


C’est un rêve de mai mais pas que…

Un qui pourrait durer et ricocher de mois en mois

Un qui serait porteur d’espoir en des signaux de mains tendues.


C’est un rêve de mai mais pas que…

Une volonté farouche jaillie des rivières du printemps.

De s’affranchir de la règle commune qui oppose chacun avec tous.

Tous avec chacun en vaines querelles intestines.


C’est un rêve de mai mais pas que…

Un rêve d’arc-en-ciel qui nous prendrait dans le filet de ses couleurs.

Un lent bercement tendre pour sortir de l’ornière des conflits.


C’est un rêve de mai.

Mais pas que…

Une nouvelle façon de vivre qui suit les chemins radieux.

Ceux qu’on prend le coeur léger lorsque l’amour nous attend au sommet.

Ceux dont les feuillages légers nous font avancer hors des sentiers battus.


Xavier Lainé


16 mai 2022


vendredi 27 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 15

 




J’ai suivi le fil qui noue mai aux autres

Qui noue mai à d’autres mai.

Qui noue les uns aux autres

Les humains de bonne volonté

Ceux qui vont avec cette soif

De vivre autrement 

Qu’en pertes et profits


J’ai dénoué les liens 

Qui te font esclave

Ma soeur

Celle qui font de moi

Homme parmi les humains

Ce véhicule de toute possession

Fermé les portes au nez

De ces instincts qui nous taraudent

À défaut de savoir ce qu’est l’amour

Celui qui fleurit au printemps

Celui qui nous emporte au-delà de nous-mêmes

En infinies compréhension


J’ai fleuri la tombe

De la militante inconnue

Tombée au champ d’horreur d’une guerre

Qu’un genre fait subir à l’autre

Puis l’étend à tout ce qui n’est pas

Conforme à ses idées dominantes

J’ai semé les graines de révolte

En mon coeur qui bât si souvent

À tort et à travers

Sur les chemins du désespoir


Xavier Lainé


15 mai 2022