lundi 4 avril 2022

La guerre, sans fin 31

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Regardez donc la carte du monde.

Ils l’ont découpée à la règle pour en faire leur monde.

Celui où leurs profits sont rois tandis que vous vous menez guerres pour un tracé qui n’a rien à voir avec votre pauvre vie humaine.

Partout ils sont là, mal élus de ce qu’ils osent nommer démocratie par détournement du mot lui-même.

Dêmokratia : le pouvoir du peuple…


Ce qu’ils nomment ainsi n’est que la confirmation de leur propre pouvoir.

Les frontières n’ont rien à voir avec les aspirations des peuples.

Elles ne sont que pré carré où les puissants, à l’abri derrière les barbelés, les murs et les barrières, peuvent maltraiter les peuples avec, au nom de la sainte urne, la caution bienveillante des élites lettrées qui ne disent rien du détournement de langage autorisant cette forme totalitaire.

Ils peuvent alors, violer les frontières, au nom de leurs propres craintes.

Leurs guerres ne sont que la preuve de leurs peurs.

Car à ne regarder l’autre qu’en ennemi potentiel, son moindre éternuement peut être interprété comme un agression !

Nous voici plongés dans cet absurde : chacun faisant la guerre à l’autre quotidiennement pour survivre, nous sommes tous les soldats d’une armée imbécile tandis que notre humanité même s’en trouve condamnée.

Ils ont la force : mesurent-ils que si d’un doigt rageur ils appuyaient sur le malheureux bouton rouge des forces nucléaires, ils se détruiraient eux-mêmes comme nous tous ?


En l’aveuglement de la toute puissance d’un « progrès » technologique, se tisse les raisons d’une guerre sans fin capable de détruire notre propre berceau.

Mais peut-être ont-ils, les aveuglés pathologiques de pouvoir et d’argent, quelques comptes à régler avec eux-mêmes ? 


Xavier Lainé


28 mars 2022 (2)


dimanche 3 avril 2022

La guerre, sans fin 30

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Notre siècle souffre d’une pléthore d’idéologies totalitaires qui, en mettant les hommes au service de l’histoire, leur interdisent de jouer un rôle quelconque au service de leur propre humanité. » Murray Bookchin, L’écologie sociale, éditions Wildproject, 2020


Mais parfois même pas besoin.

Même pas besoin d’idéologie pour arriver à cette vision totalitaire.

Il suffit de peu de chose, savez-vous, pour faire de l’homme une brute sans foi ni loi.

Il suffit de la menace, de la contrainte, de la pression et de l’illusion.

On te brandit sous le nez un rêve consumériste où ton bonheur serait lové au fond d’un porte-feuille.

D’un porte-feuille tout juste alimenté pour servir la satisfaction de tes besoins créés de toute pièce.

Tout juste, mais plus souvent calculé si juste qu’une fois payé ce qu’on te prétend indispensable, tu n’as plus de quoi assumer le vital.

Alors, bons diables, ils te proposent le crédit, ce truc diabolique qui fait de toi leur esclave.

Le crédit comme outil, comme épée de Damoclès, de ta consentante et consternante soumission.

Il n’est pire virus que cet esclavage, pire pandémie que cette menace permanente qui t’invite à regarder tout un chacun comme ennemi dans cette guerre de tous contre tous alimentée au biberon du capital.

La soumission à cette idéologie qui ne dit pas son nom, ne montre jamais son visage, trouve son accomplissement en ces temps où nulle pensée hors des clous de la bienséance nauséabonde néo-libérale ne peut s’exprimer au grand jour.

On commence par la « sensure », celle qui te prive du sens des choses et des mots, pour terminer en auto-censure qui te retient d’afficher ce que tu es, ce que tu penses.

Te voilà prisonnier derrière les fausses frontières.


Xavier Lainé


28 mars 2022 (1)


samedi 2 avril 2022

La guerre, sans fin 29

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ceux qui trop supportent et qui, à force de supporter, finissent par ne plus pouvoir.

On est si seul face au grand plongeon dans la misère que, parfois, ne reste plus qu’à se faire oublier.

Les autres, le nez dans le guidon, n’attendent que ça, t’oublier.

Et puis un soir tu t’endors, nul ne saura de quelle overdose sera alimenté ton long sommeil.

Si long qu’il devient lui-même cette overdose.

Tu ne te réveilles pas.


C’est ainsi qu’en pays riche on meurt sous les cartons qui brûlent.

Qu’ailleurs on se noie dans l’allégresse de fol espoir.

Femmes, hommes, enfants, combien qui passent de vie à trépas sur nos trottoirs bien propres, au large de nos plages de vacances, dans leur petit appartement silencieux.

Combien que le silence accompagne dans un au-delà qu’ils n’auraient jamais cru atteindre.

On ne choisit pas sa misère.

On ne choisit pas non plus d’errer en quête de mains tendues, on ne choisit pas de trépasser dans l’indifférence.


Sinon qu’il semble que les sinistres gouvernants fassent encore des différences.

Il y a les bons morts et les mauvais, ceux pour qui on verse une larme en passant, ceux dont on éloigne le cadavre d’un pied méprisant.

C’est ici que commencent les guerres sans fin : dans ce silence pesant juste vrombissant de mouches.

Dans la fuite éperdue, la soif de solidarité passée en pertes et profits d’un monde qui ne sait que calculer le deuxième terme, faisant supporter le premier à ceux qui déjà trop supportent et s’enfoncent.


Xavier Lainé


27 mars 2022


vendredi 1 avril 2022

La guerre, sans fin 28

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Alors tu vois je passe d’un livre à un autre et mon cerveau crée des liens.

Des liens invisibles que mes mots finissent par tisser sur les pages.

C’est comme un fil qui me lie du blanc immaculé aux pages noircies par tant et tant que se firent témoins.

Je me jette sur cet « Archipel du Goulag » que je n’avais pas lu adolescent, bien qu’ayant vécu en direct les tribulations de son auteur.

Non sans avoir été accusé d’en faire état en un temps où je fus communiste avant que ceux-là même me tournent le dos.

« Il reste les meilleurs » me disaient-ils avant de me montrer la porte à mon tour.

Mais si nous voulons comprendre la tragédie qui traverse le XXème siècle et se poursuit au XXIème, il nous faut nous pencher sur ces témoins.

Il nous faut décrypter en quelle naïveté nous ont jetées les idéologies mal pensées, d’un côté comme de l’autre de cette frontière que tracent les puissants sur la carte de nos existences.

Il me faut lire et puis ensuite écrire pour attraper le fil au hasard de mes errements de pensée.

Me fonder en une pensée errante, puiser dans mes doutes la force encore d’exister en écrivant pour ne rien perdre.

Me faire témoin à mon tour.


« La guerre n’a pas un visage de femme », « Les cercueils de zinc », « La supplication », « La fin de l’homme rouge » de Svetlana Alexievitch sont là, tous commencés, tous difficiles à finir car ils disent l’indéfinissable fil d’humanité sous les évènements de l’histoire (ceux qui seront retenus par l’histoire en oubliant le tissage du vivant qui est derrière).

Je termine « Ceux qui trop supportent », de Arno Bertina : je me dis qu’elle est là cette guerre sans fin que les peuples ne cessent de subir, non sans lutter pour ne pas sombrer, ou pour croire, avec une naïveté feinte, encore, en quelque chose qui pourrait être la « démocratie ».


Xavier Lainé


25 mars 2022


jeudi 31 mars 2022

La guerre, sans fin 27

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Où commence la guerre, cette guerre qui n’en finit jamais ?


Bien évidemment chacun est libre de ses opinions.

Enfin, presque, c’est du moins ce qui est affirmé.

Nous sommes en démocratie, tout de même !


Mais…


Mais lorsque tu te trouves à un poste de responsabilité, tu n’es pas libre de tes opinions.

Pas libre de critiquer le pouvoir, sous peine de…

Pas libre, mais pas prisonnier non plus.

C’est la peur qui te retient.


De partout monte cette plainte, cette crainte.

Celle du déclassement qui te ferait tomber du haut de ton piédestal.

Alors tu te tais.

Tu te fais guerre à toi-même pour ne pas laisser tes propos, même sincères, filtrer.


C’est ici que commence la guerre de tous contre chacun, de chacun contre tous.

Dans cette méfiance, cette défiance.

Toute relation humaine combattue de l’intérieur même de l’être.

L’autre devenu suspect d’être vecteur de contagions.

Virus ou idées subversives, l’autre est suspect.

Dès lors se taire, comme acte d’auto-censure mais en proclamant être libre !

Libre d’avoir l’illusion d’être libre, tandis que la guerre fait rage, au sens propre comme figuré.


Xavier Lainé


24 mars 2022


mercredi 30 mars 2022

Gammes

 




C'est l'histoire d'un carnet, et de mots écrits dedans au fil de la vie.

C'est l'histoire d'un carnet lentement retranscrit, réécrit, corrigé, lu et relu jusqu'à ne plus savoir qu'y changer.

C'est l'histoire d'un tapuscrit envoyé, à tout hasard et sans illusion auprès d'un éditeur qui semblait fiable.

C'est l'histoire d'un contrat trouvé et retourné avant d'être signé, pour être sur qu'il n'y ait pas d'entourloupe.

C'est l'histoire d'un livre paru sur lequel il semblait que l'éditeur s'engageait à faire sa promotion, donc à en faire circuler les exemplaires.

C'est l'histoire d'exemplaires qui n'ont eu d'existence que là où l'auteur est passé et nulle part ailleurs.

C'est l'histoire d'un mail reçu trois ans plus tard annonçant la mise au pilon des ouvrages, à moins que l'auteur ne les rachète.

C'est l'histoire, toujours la même, des illusions semées par ceux qui font profit du travail des autres.

C'est l'histoire d'un auteur qui ne cesse d'écrire mais, décidément, ne trouve aucune porte qui soit vraiment accueillante.

C'est l'histoire d'un auteur qui se contentera désormais d'écrire une belle oeuvre posthume, incapable de faire son auto promotion.

C'est l'histoire d'une filière du livre qui n'est finalement qu'une histoire d'argent, pas de littérature.


A bon entendeur salut !

Xavier Lainé

30 Mars 2022


NB. Vous pouvez toujours harceler l'éditeur en allant commander ce livre tant qu'il est toujours disponible : Gammes/Editions Le Lys bleu

La guerre, sans fin 26

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Une humanité éclairée, consciente de toutes ses potentialités dans une société écologiquement harmonieuse, n’est qu’un espoir et non une réalité présente ; un « devoir être », non un « étant ». Tant que nous n’aurons pas créé cette société écologique, nos capacités de nous entretuer et de dévaster la planète continueront de faire de nous une espèce encore moins évoluée que les autres. » Murray Bookchin, L’écologie sociale, éditions Wildproject, 2020


J’ai ficelé un peu plus mon drapeau de paix à ma fenêtre.

Pour qu’il ne s’incline plus ni à droite ni à gauche mais qu’il claque au vent, bien droit au milieu des tempêtes (qui ne viennent pas — et quand elles viendront, sans doute faut-il nous attendre à je ne sais quelle catastrophe).


J’ai ficelé un peu plus serré mon drapeau puisqu’il devra tenir longtemps avant que je puisse le ranger.

J’imagine mon bureau, mon lieu de travail comme une « ambassade de la paix », ce continent qui n’existe pas.

Furetant en la librairie Au coin des mots passants (à Gap — Hautes-Alpes), je découvrais une réédition de L’archipel du Goulag de Soljénitsine : son histoire était venue heurter de plein fouet mon adolescence finissante.

Mon premier lien avec le « bloc » qui couvrait cet archipel fut une correspondance avec une tchèque de mon âge.

Correspondance mystérieusement interrompue au moment du « printemps de Prague ». 

Je n’ai jamais su ce qu’était devenue ma correspondante. 

Juste ce souvenir du vide, lorsque les mots se furent arrêtés contre le rideau de fer, le mur.

Que celui-ci soit tombé en 1989 a-t-il vraiment changé quelque chose au triste sort du monde ?

Sinon faire tomber les peuples, d’un côté comme de l’autre, d’une illusion dans une autre, d’une dépossession dans une autre.


Xavier Lainé


23 mars 2022