mercredi 16 juin 2021

Détourner l'attention

 




Tant de confusions pour ne pas voir.

Pour ne pas regarder en face, c’est simple.

Il suffit de s’amuser, de se divertir !

Le système est passé maître du divertissement.

Voici que l’art, dans toutes ses dimensions, y prend sa place.


Qu’est-ce qu’un artiste ?

C’est celui qui s’amuse en créant des objets d’amusement.

La société du spectacle bat son plein.

Les auteurs se précipitent dans ces grand messes de l’absurde.

Les mots y sont déversé à la tonne.

Qu’importe la pensée du moment qu’on a l’ivresse du divertissement.


Ainsi on peut s’auto proclamer « artiste ».

On peut même y ajouter une majuscule.

Plus l’amusement est grand, plus la majuscule s’impose.

Pour le plus grand bonheur des profiteurs, voici les amuseurs public.


Le principe de l’art n’est plus de contester l’ordre établi.

Mais de détourner les esprits de la vision apocalyptique du monde.

Peu importe qu’on crève devant la porte des théâtres et des salles de spectacle.

Peu importe que, réduite à la misère, l’immense majorité soit se vautre devant les divertissements télévisés.

Peu importe : l’artiste, comme le prince, s’amuse.

Mais qu’il ne s’aventure pas à émettre la moindre parole contraire !

Le couperet de la célébrité, de l’audimat, le réduira à néant s’il s’aventure hors des clous de l’amusement.

Le tout c’est que le bourgeois puisse s’assoir dans les rouges fauteuils de l’hypocrisie.


Xavier Lainé


10 juin 2021


mardi 15 juin 2021

La fin du père

 




Mon père qui est parti pour ne pas voir.

Mon père aux yeux effarés devant la tournure du monde.

Mon père rongé par l’angoisse de la mort refusée jusqu’au dernier souffle.

Mon père retrouvant quelques minutes un regard d’enfant.

Mon père chancelant devant l’effondrement en cours.


Un dernier soupir et ce fut libération.


Je dis depuis l’impossible oubli.

Nous n’étions pas toujours du même avis.

Mais je fus l’héritier d’un humanisme profond.

Je l’ai vu se replier devant la tristesse d’un pouvoir jeune mais si vieux.

Je l’ai vu se ronger pour ne pas se déjuger.


Une liberté fantôme l’a emporté, nous laissant sur la margelle d’un puits de désespoir.

L’eau sombre des jours glauques remonte à la surface.

Il faut un temps de plus jamais ça.

Il faut un temps de paroles vives.

Il faut un temps d’espoir et de lutte.


Nous voici devant le vide abyssal des idées sans lendemain.

La fatigue me gagne à mon tour.

Je gagnerai beaucoup d’argent, dit le fils du fond de son lit.

Mais je ne ferai rien pour ma propre vie, ni la lutte ni l’étude.

Le poids s’accumule sur les épaules du père.

Un jour, ce sera moment de l’affaissement.


Les temps vont mauvais dont il faudrait se saisir.

Temps de tristes violences, de sales invectives.


Xavier Lainé


9 juin 2021 (2)


lundi 14 juin 2021

De plume et d'encre

 




Ecrire…

Ecrire des mots qui restent collés à la page.

Qui demeurent en souffrance dans des tiroirs d’ennui.

Ecrire des mots…


... Ou pas, les miens parfois mystérieusement s'évaporent à l'approche de la page.

Les mots sont comme la lave des volcans : ils couvent, murmurent, émettent des borborygmes maladroits, puis un jour, ils s'expriment au grand jour !


Les mots me hantent puis s’envolent sans laisser de trace.

Me voici sur la margelle des fatigues, cherchant en savoir vers où diriger ma plume.

Un jour les pages resteront blanches.

Le stock des mots sera épuisé comme leur auteur.


Écrire…

Ecrire pour quoi, simples pages s’endorment dans les placards de l’oubli.

Ils ne sont rien, ne trouvent aucune place aux rayons des libraires.

Il ne fait pas bon dire les mots qui fâchent.

Il ne fait pas bon dénoncer ce monde où le bon auteur fait semblant de regarder ailleurs.


Ma plume elle plonge en des encriers de sang vif.

Ma plume se noie chaque jour un peu plus dans les tragédies du siècle.

Ma plume regarde atterrée la violence monter sur le terreau des idées rances.

Ma plume a perdu le chemin d’un regard aimant pour les humains qui l’entourent.


Xavier Lainé


9 juin 2021 (1)


dimanche 13 juin 2021

La bêtise est un plat qui se mange froid

 




Tout n’est plus que lutte incessante.

Vivre n’est plus vivre mais se battre pour survivre.

Cette réalité là, nous la prenons tous comme une gifle.

Un camouflet lancé sur nos espérances les plus vives.


A semer la violence, l’ignorance et la peur, c’est au pire qu’est fait la courte échelle.

Il est clair désormais que la bêtise se répand comme marée noire à la surface de cet océan d’êtres en détresse.

A répandre la pire des violences, celle qui assassine notre quotidien, comment s’étonner qu’elle revienne comme boomerang à la figure des méprisants ?

Pas d’excuse à la violence d’où qu’elle vienne.

À la bêtise d’un système répond celle des comportements.

Le ver était dans le fruit, encore invisible.

Les traitements infligés lui ont donné des ailes.

Aurions-nous encore l’esprit nécessaire à nous ressaisir ?


Xavier Lainé


8-9 juin 2021


samedi 12 juin 2021

Erreur 404

 




à Ken Loach et Daniel Blake


Merci d’afficher votre mot de passe !

Erreur 404, veuillez demander un nouveau mot de passe !

Tu attends le mail fatidique.

Tu retombes sur la même page.

Tu saisis ton mot de passe.

Mot de passe oublié ?

Veuillez consulter votre mail.

Le mail met vingt quatre heure à arriver.

Il t’invite à cliquer sur le lien.

Erreur 404, veuillez réinitialiser votre mot de passe.

Les jours passent.

Tu ne sais plus quels chiffres aligner, quelles lettres inventer.

Erreur 404, veuillez renouveler votre demande ultérieurement !

Ha ! Non ! Ça, c’est pas sur le site, c’est par téléphone.

Tu appelles : toutes les lignes de votre correspondant sont occupées, veuillez rappeler ultérieurement.

Tu envoies un mail.

Un message te reviens : votre mail n’a pas pu être distribué !

Tu cherches désespérément une adresse correcte.

Il te faut un mot de passe pour accéder au site.

Tu crées une nouvelle page.

Jaillit sous tes yeux médusés que tu es déjà inscrit sous cette adresse mail.

Tu tentes de nouveau, dès fois que le site soit de meilleure humeur.

Mais non : veuillez réinitialiser votre mot de passe.

Et le cycle reprend.

Il n’y a plus d’abonné au numéro demandé.

La star-up nation s’est arrêtée au terminus de l’humanité.

Il n’y a pas de mot de passe valide pour votre cas pathologique.

Veuillez présenter votre passe-port inscrit sur votre carte vitale.

C’est vital, le mot de passe, et le code d’accès, et la bonne adresse mail.


Xavier Lainé


6 juin 2021


vendredi 11 juin 2021

Un jour sur la colline...

 




aux combattants de la Zinzine pour leurs 40 ans d'existence


Chagrin je déambule sur les trottoirs du temps.

Je vais mon chemin éperdu, le coeur aux abois.

Ma seule vraie compagnie est nichée dans le silence.

Parfois, un mot s’échappe comme fumée hors de l’âtre.


Je m’en vais suivre les sentiers perdus.

A l’abri des regards indiscrets je dépose mon obole.

De mots et de rêves ils jouent entre les herbes hautes.

Les saisons passent, ils demeurent en leur terrier.


Je ne suis qu’une ombre posée sur les marches de l’oubli.

Un fantôme de passage sur la terre des vivants.

Mes yeux pleurent toutes les âmes parties.

Toutes les âmes noyées sous les décombres sont mes hôtes.


C’était hier que je me rendais au sommet des collines.

Une table sur un sol bancal et le pichet de rouge posé.

Des micros d’amitié ouverts aux libres paroles.

C’était hier : que sont les amis devenus à l’ombre des chênes ?


Que sont nos rêves et nos espérances devenus entre les pierres sèches ?

Que sont nos désirs fous d’amour de révolution devenus ?

Ils sont là, intacts, lovés entre les mots qui s’égrènent.

Mots qui volent aux grands vents des utopies.


Je vais de mon pas désormais alourdi par les ans.

Ce n’est plus mon véhicule qui ne sait comment gravir la pente.

C’est moi qui me suis éreinté à semer des mots sans lendemain.

Je n’ai jamais cessé de lutter assumant mes erreurs.

Je n’ai jamais perdu de vue la boussole d’humanité.


Xavier Lainé


5 juin 2021


jeudi 10 juin 2021

Course effrénée du temps

 




Et puis le temps qui fait défaut.

Les heures qui se défilent.

Qui défient la vie.


Vie elle-même comme un défi au vide.

Un vide si vivant qu’il en est insupportable.

Alors, tu cherches à le remplir de mille riens.


Ces petits riens qui font le sel de la vie.

Un frémissement dans la génoise.

Le bruit du vent dans les feuillages.

L’effort des hommes pour couvrir ces subtiles musiques.


Le temps fait défaut.

Le temps se défile.

Tu ne le gagnes jamais.


Au bout du compte, il ne te reste pas grand chose.

Juste cette funeste impression d’avoir couru après un leurre.


Tu avances discrètement la boite de mouchoir.

Pour permettre aux larmes de s’écouler en toute discrétion.

La vie est si dure à ceux qui n’ont rien demandé.

Comme vous me dites : même pas demandé à venir au monde.

Même pas demandé mais il faut assumer.

Assumer le malheur de vivre avec très peu.

S’il est encore possible d’appeler ça vivre.

Assumer la maladie qui vient poser son obole de malaise.

Assumer la mort qui frappe, qui s’annonce.

Justement, qui s’annonce, apportant angoisse, poisse, peur, chagrin.


Xavier Lainé


4 juin 2021