Je ne sais pas, tu pourrais quand même faire un effort !
Que diable, il fait beau et hier, au jardin des roses, vint sous tes yeux une belle et tendre apparition.
Le matin, il pleuvait et le monde râlait sous les parapluies.
Marrant comme le monde râle pour des choses futiles : la pluie et le beau temps, par exemple.
Marrant aussi cet art de la dissimulation et du déni.
On se colle un pot de fard sur la tronche, on prend le pas assuré de celui à qui on ne la fait pas, mais c’est tout du décor de carton pâte.
Ça fond dès la première pluie.
Peut-être pour ça que ça râle et bougonne : le rimel sous la pluie ça évoque plus le jardin des horreurs que la beauté pure et brute cheminant entre les roses.
Je t’assure que j’ai su pourtant, écrire ici de belles choses.
J’ai tout supprimé, effacé, enfoui dans des cartons à jeter au feu.
Je ne trouve plus le chemin de la beauté quand…
Quand tant de misères se répandent sur les trottoirs.
Quand on se noit dans la Bidassoa, en croyant atteindre le paradis.
Le paradis se referme sur de maigres souvenirs, ne laissant qu’un corps délavé de l’autre côté de la mémoire.
Nous ne saurons rien de celui-là comme des autres.
Et tu voudrais que je parle d’autre chose ?
Que je te cause de la beauté entrevue au coeur d’un jardin de roses ?
Du soleil caressant les pétales fanés, les bourgeons en attente ?
Je ne sais plus.
Je ne peux que m’asseoir un instant et rêver qu’à mes côtés les pauvres morts pour rien, les noyés de tous les temps me rejoignent.
Ils viendraient avec moi embrasser la beauté dans un rêve écarlate.
Xavier Lainé
25 mai 2021
