jeudi 22 avril 2021

Rouge misère 24 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




C’est impossible commémoration.

Les révoltes sporadiques qui parfois sont formidables avancées, sont hors cadre.

La République des bourgeois, ne pouvant les digérer, ne peut en assimiler l’existence.

Leur commémoration a l’esprit de revanche.

Faire reculer ce qui a été acquis, faire rentrer au bercail les réfractaires.

Ils ne savent rien d’autre.


Pourquoi, dès lors, demander que nos révoltes soient honorées.

À quoi bon vouloir leur donner une place au panthéon d’un système qui ne supporte aucune parole contraire ?

La seule commémoration possible serait celle qui mettrait à l’honneur les raisons de nos révoltes.


Ce n’est pas demain que la mémoire sera vraiment honorée.

Ce n’est sans doute pas avec un masque sur le visage et des yeux abattus et sidérés que les barricades d’hier seront fleuries.

Il est d’ailleurs assez incroyable de voir l’aisance de la bourgeoisie à faire prendre des vessies pour des lanternes.

Parfois, ils sont obligés de lâcher du lest.

Pour aussitôt oeuvrer du bâton pour faire rendre gorge.

De quoi voulez-vous qu’ils se fendent ?

Ils ne vous reconnaissent que soumis à leur dictature.

Ils vous veulent plaintifs, larmoyants, quémandant des miettes tandis qu’ils font bombance.


C’est notre sort de ne jamais être dans le jeu, ni dans le propos.

Lorsque certains d’entre nous y entrent, ils se font avaler et oublient très vite d’où ils viennent.


Xavier Lainé


25 mars 2021


mercredi 21 avril 2021

Rouge misère 23 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Parce que la référence commune, n’est-ce pas, c’est 1789.

Or il y eut des jacqueries bien avant, une soif de justice, d’égalité et de démocratie bien antérieure.

Mais, pour beaucoup, dire 1789, c’est tout dire.


Ce ne fut qu’une grande contraction de l’histoire.

L’irruption massive de gens dont les intérêts n’étaient pas convergents, sinon pour un moment.

Robespierre et Babeuf l’avait bien senti.

Ils ont tenté d’aller plus loin, de dépasser ce que l’histoire pouvait accepter.

Ils furent pris au piège de leur croyance.

Plus rusés que les aristocrates arrivaient en masse pour accaparer la parole.

Les rouges de ce temps ont fini en fosses communes.


Communes, c’était leur idée.

Lutter pour le commun et s’appuyer sur le commun pour satisfaire les besoins essentiels de tous.

Un jour ça donnera le mot communisme, mais nous n’y sommes pas.

Le mot n’est resté qu’un mot, trainé dans la boue de l’histoire par les malveillants qui à chaque étape ont usurpé le pouvoir.

Pour eux, c’est une question de richesse privée.

Le commun est regardé comme le diable.

Ils vont à confesse et puis à la messe, et en sortant de l’office, ils trempent leurs pognes dans le sang commun.

Commun, commune : il leur faut extirper des esprits toutes velléités de partager pouvoir et richesses.

On va à la messe et à confesse, puis on tire dans le tas avec la bénédiction de l’église.

Puis on tire sur les cadavres fumants un drap de virginité.


Xavier Lainé


24 mars 2021


mardi 20 avril 2021

Rouge misère 22 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Peut-être faut-il revoir nos schémas de pensée.

Ne plus rêver aux barricades, et abolir celles imposées à l’intérieur de nous-mêmes.

Car, au fond, qui nous empêche de vivre le monde à notre manière ?

Qui ?

Sinon nous-mêmes, emberlificotés dans une vision qui donne aux gens de pouvoir bien trop d’importance ?


Nous affranchir serait ardent hommage à celles et ceux qui, souffrant la famine, se levèrent contre la dictature d’une bourgeoisie médiocre.

Médiocre car dépourvue de toute humanité.

Nous savons.

Nous savons qu’ils furent de tous les coups bas contre l’humanité et la terre.

Au nom de leur argent, ils sont prêts à sacrifier toute forme de vie.

Ils furent, après les massacres de 71, derrière ceux de 14, puis ceux de 39.

S’ils mettent des poulets ou des cochons en batterie, ils n’hésitent pas non plus à ranger dans l’alignement des cages à lapin, une humanité désemparée.

L’essentiel pour eux n’est pas la vie, mais le profit.


Alors, nous affranchir.

Tourner le dos à un mode de vie qui nous rend esclaves de leurs décision.

Ce serait non commémorer, mais reprendre le flambeau.

Ne plus obéir, résister à l’apathie et à la soumission orchestrée.

Hier ils tiraient dans le tas avec leurs canons.

Aujourd’hui ils distillent la peur en faisant usage d’un virus dont leur mode de développement est responsable.

Demain ?

Que trouveront-ils à inventer pour obtenir notre aveuglement ?

Ils détiennent nos chaines, mais nous avons la clef.


Xavier Lainé


23 mars 2021


lundi 19 avril 2021

Rouge misère 21 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Demain on réduira les émoluments des chômeurs.

Demain on augmentera le prix du pain.

Demain on diminuera tes revenus.

Demain on te demandera de vivre comme si.

Comme si tu roulais sur l’or.

Comme si, sans ressources  fiables, tu pouvais passer toutes tes envies.


1871

La question ne se posait pas.

C’était lutter pour la liberté ou mourir.

Ce fut de toutes les façons, même les plus ignobles, mourir.


2021

Tu te méfies de tout, de ton voisin comme de toi-même.

Si tu ne t’en sors pas, on te dit que tu ne sais pas y faire.

C’est de ta faute si le monde tourne au vinaigre.

C’est de ta faute si la misère te ronge.

C’est de ta faute.

Tout est de ta faute.

Les riches d’hier, qui sont les mêmes aujourd’hui, se marrent.

Ils ont leurs fêtes, leurs salons, leurs itinéraires surveillés.

Toi, la plèbe, tu ne sais rien de leurs trafics.

Comme hier.

Comme en 1871.

Comme en 1848.

Comme en 1830.

Comme en 89.


Ce qui est ordre établi doit demeurer immuable.

C’est un ordre qui ne tolère aucun pas de côté.


Xavier Lainé


22 mars 2021


dimanche 18 avril 2021

Rouge misère 20 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Dimanche : il me vient une envie d’envahir les rues, les places.

Samedi, nous y étions mais…


Mais ça n’avait pas le goût de la révolte.

C’était juste un gentil rassemblement d’âmes protestataires.

On fait un tour de place, de ville, on va devant la porte hermétiquement close d’une sous-préfecture très Napoléon le petit.

Puis on rentre à la maison, faire ses courses avant la proclamation du couvre-feu d’été.

L’esprit de la Commune est bien loin de nos vies.

Il s’est dissous dans les rayons des supermarchés.

Il se noie sous l’avalanche des achats inutiles.

Il finit par agoniser dans un vague souvenir, en commémorations mortellement ennuyeuses.


C’était au fond un samedi bien ordinaire suivi d’un dimanche sans envergure.

Le grand chêne apprêtait ses bourgeons dans une ultime poussée de gelée.

Certains marchaient sur le sentier ou couraient à perdre haleine.

La commune est morte piétinée par les foules fuyant un confinement étrange.

On ne se révolte pas, on fuit, on décampe, on va se réfugier quand on en a les moyens dans sa maison de campagne sans une pensée pour ceux qui ne le peuvent.

L’esprit s’est dissout dans cette vague égoïste.

Sporadiquement, certains rêvent de réactiver le flambeau.

Certaines luttes ressemblent à ce que furent les vôtres, Louise, Jules, Charles et les autres, mais sans les barricades.

On négocie désormais le poids de nos chaines sur le « marché du travail ».

Les esclaves rentrés au bercail, la vie reprendra son confinement ordinaire.


Xavier Lainé


21 mars 2021


samedi 17 avril 2021

Rouge misère 19 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Je vous accompagne, Louise, Charles, Jules et tous les autres.

Mes pas emboitent les vôtres à jamais.

Votre souffle est celui qui m’anime et justifie encore ma vie.

C’est votre flambeau que je reprends à chaque instant.

Non pour bâtir discours creux de commémoration, mais comme ligne à suivre qui pose mes résistances à ce monde perdu.

Il ne s’agit plus simplement d’avoir des idées, il s’agit de les mettre en pratique, chaque jour, sans attendre je ne sais quel grand soir.

Car vous n’avez pas attendu un quelconque « mot d’ordre » pour vous mettre en mouvement, et lancer votre commune libre, votre république sociale et démocratique.

Le sang qui a noyé vos rêves, nous ne devons jamais le laisser sécher. 

Nos révoltes, depuis la vôtre prennent bien timides figures.

Car lorsque nous manifestons, c’est encore en demandant à nos maîtres de répondre à nos attentes.

Nous n’avons rien compris à votre ardent message : il n’est ni dieu, ni maître qui puisse construire le monde qui nous ressemble à notre place.

Chaque jour, en ouvrant ma porte, je ne lutte pas contre ce monde qui vous jeta dans les fosses communes, j’invite à apprendre, à multiplier les connaissances qui rendent chacun capable de devenir le maître d’oeuvre de sa propre existence.

Et ce n’est pas cultiver un individualisme à la façon des bourgeois triomphant depuis votre mise en bière, c’est une invitation à découvrir notre lien intime entre nous, avec les êtres qui nous accompagnent dans nos maisons, dans nos jardins, dans la nature.

Vous fûtes les précurseurs du monde qu’il nous reste à construire de toute urgence.

C’est cette réalité, bien trop souvent noyée dans le sang sur les barricades ou dans les tranchées ou les camps, que les possédants cherchent à planquer derrière l’individualisme exacerbé et le culte de la réussite individuelle.


Xavier Lainé


20 mars 2021


vendredi 16 avril 2021

Rouge misère 18 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 3)

 




Le plus étrange est que si longtemps votre mémoire fut bafouée.

Tant de sang dans les rues, tant d’espoir gisant en travers des trottoirs aurait du demeurer dans les mémoires.

Mais non, c’est la peur qui a chassé l’esprit de résistance.

Aujourd’hui comme hier, les possédants ne savent que gouverner par la peur ou par la guerre.

Le peuple (j’hésite encore à user de ce mot), ce damné, doit se taire, s’agenouiller. 

À défaut, il sera chair à canon, ou tout simplement liquidé sous les coups d’une maréchaussée elle-même soumise à la dictature des puissants.

C’est une règle immémoriale qui taraude les esprits les plus rebelles.

Qui impose soumission non par culte ou respect, mais par crainte de souffrances pires que les misères endurées.


Les révoltes sont comme les spasmes d’un corps social en souffrance.

On n’en cherche pas les causes, on se contente d’en observer les symptômes et d’administrer l’antidouleur en lâchant de ci delà quelques miettes, histoire de tromper la faim.

C’est tout l’art de bonne bourgeoisie de partager la peur avec ceux qu’elle opprime.

La seule différence réside dans son orientation.

Les uns, les plus nombreux craignent le sang et les larmes mais n’ont plus rien à perdre.

Les autres ont tout à perdre et à devoir sous la contrainte d’un soulèvement général.

Les uns ne peuvent que partager ce qu’ils arrivent à arracher aux autres qui ne veulent rien mettre dans le pot commun.

Nous voici devant la tyrannie d’un monde tiraillé, ce qui, dès 71 fut entrevu et nommé « lutte des classes ».

C’est cette lutte qui se poursuit sous le masque de la virtualité.


Xavier Lainé


19 mars 2021