vendredi 26 mars 2021

Prendre soin 26 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Hier vous me disiez : tant de tristesse alors que tout le monde ne va pas si mal.

Vous me disiez aussi qu'il fallait puiser en d'autres énergies la force de la beauté et de la joie.

Alors j'ai puisé, puisé jusqu'à fatiguer mon propre épuisement.

Aux racines qui m'accueillaient, j'ai offert des mots tendres.

Certes, des mots tendres.

Il fallait redescendre, rejoindre le monde des humains.

Un rossignol tout au bout de la branche s'égosillait en immense chant d'amour solitaire.

Certes, peut-être un tiers de gens vont bien, savent vivre ou faire comme si, comme si rien de l'effondrement du monde ne les touchait.

Moi, une fois les racines accueillantes du grand arbre quittées, c'était comme si mes oreilles étaient vrillées des mille cris des suppliciés, des paumés, des laissés pour compte, comme si chaque mort sur les trottoirs de nos indifférences, chaque noyé en cette mer qui berça mon enfance me tendaient leurs mains de tragédies.


Comment, comment, même en puisant aux douces énergies de notre terre mère, pourrais-je faire comme si ?


*


Te voici conditionné.

Bien sur, gagner plus.

Dans la logique du système donc, travailler plus.

D’un côté on veut te protéger par une obligation vaccinale.

De l’autre tu pourras travailler plus jusqu’à ta mort, puisque retraite de misère te sera « offerte ».

Logique du système.


Xavier Lainé


25 février 2021


jeudi 25 mars 2021

Prendre soin 25 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




A l'heure de nos naufrages, ne faisons pas l'économie de nos solidarités.

Ce sont elles qui nous ont menés à ce que nous sommes.

Ce sont elles qui nous soigneront, nous sauveront de la débâcle programmée par les aveuglés de la finance.


*


Prendre soin, ce n'est pas tourner autour de soi-même en quête d'un illusoire "bien-être".

Prendre soin ce pourrait être apprendre à mieux vivre ensemble, reprendre la main sur l'orientation de nos vies et refuser avec l'énergie du désespoir que quiconque vienne nous dicter nos paroles et nos actes.


*


« Ce n’est pas moi, ce n’est pas nous qui sommes malades. C’est la transformation progressive et insidieuse de nos manières de vivre, à laquelle nous avons tous, plus ou moins, participé. » (Barbara Stiegler, Du cap aux grèves, éditions Verdier, 2020)


Quelle effort pour une telle évidence !

Lent glissement d’un état de santé à une permanente crainte de le perdre.

Exigence de sécurité jamais totalement accomplie.

Mais exigence quand même.

Tu vas voir ton médecin avec cette exigence là.

Comme bien sûr, il ne peut y répondre, parfois, il s’écroule.


Fut-il un temps où prendre soin aurait été préserver cet état fragile d’absence de maladie, ou plutôt de bien vivre ?

Chemin étroit qui te laisse épuisé.


Xavier Lainé


23 février 2021


mercredi 24 mars 2021

Prendre soin 24 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Certains jours je chancelle, je m'essouffle, je m'interroge et le doute me prend.

Vais-je encore ouvrir ma porte à vos peines ?

Puisque pas un jour ne vient qui n'accroisse la pression sur notre humanité.

Je comprends votre apathie, vos dénis, vos fuites devant une réalité qui nous plombe et justifie tous nos symptômes.

Je comprends, mais dites-moi : quand donc allons-nous dépasser nos étiquettes, nos rôles imposés pour devenir enfin des vivants, non de simples gagne-petits, des survivants d'un monde qui n'est pas le nôtre ?

Quand trouverons-nous la force de renverser un pouvoir qui abuse de sa position, un pouvoir si mal élu qu'il ne peut se maintenir que par la force ?

Il serait temps avant que les quelques humains qui tentons encore de vous recevoir en humanité pour panser vos plaies ne décidions, épuisés, de fermer nos portes, découragés de devoir encore nous battre, solitaires, à notre manière zélée, contre le productivisme et la rentabilité érigée en seule règle d'une vie réduite à peau de chagrin.

De chagrin, oui, c'est ça, de chagrin...


*


À sans cesse creuser plus loin notre dé-naturation, nous voici proie de notre déni.

À toujours nous pencher sur nous-mêmes au point de sombrer en l'abîme de nos solitudes, nous voici chaque jour nus et fragiles sous les intempéries prévisibles.


*


Promis, nous nous tiendrons au chaud sous les orages de l'avenir.


Xavier Lainé


22 février 2021 (2)


mardi 23 mars 2021

Prendre soin 23 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Et si...

Et si ce qui nous ronge et nous mine était justement ce sentiment d'impuissance.

A vivre face à un mur, isolés et masqués, nous serions devant l'aboutissement d'une logique : celle de ne plus avoir aucune maîtrise de nos vies.

Il fut un temps où nous pouvions encore nous construire dans l'inspiration de personnages exemplaires.

Devant le désastre d'une médiocrité morbide, les maîtres à penser se sont mués en censeurs, en senseurs, s'insinuant au coeur même de nos vies.

De facto, ils sèment le vent mauvais d'un effondrement pire que celui de leur système : celui de notre propre capacité à prendre soin, ce rôle étant dévolu aux "spécialistes".

C'est ainsi que ce déclarer libre de penser et en bonne santé est devenu suspect.


*


La beauté était dans les bois.

C'est fou le bien que ça fait, la beauté qui se promène.

C'est fou le bien que ça fait, un arbre qui se penche et te salue.


La beauté était dans les bois.

Les bois ouvraient leurs branches.

La beauté s'y lovait avec volupté.

C'est fou le bien que ça fait, une beauté qui se laisse aller entre les branches nues.


L'astre du jour allait se coucher.

La beauté souriait amusée de ton regard timide.


Xavier Lainé


22 février 2021 (1)


lundi 22 mars 2021

Prendre soin 22 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Double, triple ou quadruple peine, c'est le lot en ce système qui proclame une liberté illusoire, pour ceux qui n'ont jamais cessé de lutter.

Tant d'années avant qu'une couleur ne soulève le couvercle.

Il ne fallait pas lâcher, alors, mine de rien, et sans que nul ne se doute de la difficulté, tu t'organises pour une grève illimitée.

Quarante années de grève, du zèle, certes, mais quand même.

Et pour toi, soignant refusant de rentrer dans le cadre étroit des productivités financières sournoisement imposées, la double, triple, quadruple peine.


Première peine : celle d’avoir plus ou moins choisi un métier et de le voir dériver sans boussole sous les incitations à « produire des actes réduits à leur technique ».


Peine seconde : celle de t’imposer quelques règles éthiques en refusant d’entrer dans la course au « chiffre d’affaire ».


Peine troisième : celle de vivre de moins en moins bien du fruit de ton travail et donc de t’entendre reprocher de « ne pas travailler assez ».


Peine quatrième : lorsque vient l’âge de la retraite, la voir réduite à si simple expression qu’il te faudra poursuivre jusqu’à mourir en scène.


J’ajouterai la cinquième peine : c’est qu’ayant fait le choix bien contraint de travailler en libéral, tout le monde te regarde avec des yeux ronds lorsque tu dis de quoi il en retourne.

Tu n’es pas crédible à dire qu’aujourd’hui les virus ont de beaux jours devant eux puisque, au nom d’une science sans conscience, l’important n’est pas de prendre soin mais d’appliquer des techniques en méconnaissance  de la vie.


Xavier Lainé


21 février 2021


dimanche 21 mars 2021

Prendre soin 21 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Car au fond, tout est question de choix.

Combien d'écoles dans une ogive ?

Combien de théâtres, d'hôpitaux ?


Tout est question de choix, à condition de voir et d'entendre.

Combien de planètes potentiellement détruites avant de dire stop ?

Suffit-il de dire "plus jamais ça" sans remettre en cause les choix ?


Car c'est bien un choix, n'est-ce pas ?

C'est un choix entre forces de la vie et potentielles destructions.


Jusqu'à quand ?


*


Serait de bonne thérapeutique que de prendre notre histoire en main.

De ne rien attendre de quiconque, sans repli dans un chacun pour soi.

Non, le repli serait pire que le mal, et il nous faut franchir le cap du moi au nous.

Chacun prenant sa part pour éteindre l'incendie qui couve, au fond de nos blessures.

Il n'est de pandémie qu'en notre façon de vivre et de nier l'évidence : nous sommes enfants d'une terre qui n'est certes pas unique dans un univers incertain, mais dont aucune technique ne saurait nous affranchir sans retourner le fer dans nos plaies.

Nous sommes enfants de la même terre, mais sommes incapables d’y vivre en paix.

Toujours ce sont déchirements et violences.

Toujours exclusions au profit d’une minorité sans vergogne.

Nous avons ce besoin, cet ineffable besoin de prendre soin pour survivre.


Xavier Lainé


21 février 2021


samedi 20 mars 2021

Prendre soin 20 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Mais bon sang mais c’est bien sur : je devrais écrire léger.

Que ceux qui vont bien lèvent le doigt et m’assurent que, vraiment, ils vont ainsi.

Ils vont contre vents et marées, bien.

Contre la longue liste des migrants refoulés, des morts sur nos trottoirs, des ravagés par un système qui les brise.

Contre la logique même de ce qui nous entoure, je devrais mettre l’accent sur ce qui va.

Puis m’en aller auprès de mon arbre, enfouir mes colères entre ses racines pour vous « soigner » l’âme sereine.


Comme si de rien n’était, je devrais aligner les mots printaniers et d’un coeur primesautier vous chuchoter mes mots doux.

Je ne devrais pas me laisser gagner par l’amer d’un temps qui nous enferme.

Je ne devrais surtout pas parler de vos maux ni me soucier de ce qui les provoque.

Je ne devrais pas dire ma tristesse devant tant de souffrance endurée.

Il est temps de quitter le domaine de la pensée simpliste, réduite à tort ou raison.

A ne pas assumer nos propres conflits, comment pourrions-nous sortir de la spirale infernale des souffrances infligées.

L'homme réduit à être l'objet d'un commerce, infantilisé et rendu esclave de décisions obscures, de quel soin pourrions-nous encore l'accompagner ?

Je dis "obscures" quand il apparaît clairement que la réification dont nous sommes les objets entre au service d'insupportables profits.

Voici que des individus sans foi ni loi entendent réglementer la planète, ignorant que notre naufrage sera aussi le leur.

Les sommes qu'ils accumulent sortent comme sang de nos innombrables blessures.


Xavier Lainé


20 février 2021