mardi 23 mars 2021

Prendre soin 23 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Et si...

Et si ce qui nous ronge et nous mine était justement ce sentiment d'impuissance.

A vivre face à un mur, isolés et masqués, nous serions devant l'aboutissement d'une logique : celle de ne plus avoir aucune maîtrise de nos vies.

Il fut un temps où nous pouvions encore nous construire dans l'inspiration de personnages exemplaires.

Devant le désastre d'une médiocrité morbide, les maîtres à penser se sont mués en censeurs, en senseurs, s'insinuant au coeur même de nos vies.

De facto, ils sèment le vent mauvais d'un effondrement pire que celui de leur système : celui de notre propre capacité à prendre soin, ce rôle étant dévolu aux "spécialistes".

C'est ainsi que ce déclarer libre de penser et en bonne santé est devenu suspect.


*


La beauté était dans les bois.

C'est fou le bien que ça fait, la beauté qui se promène.

C'est fou le bien que ça fait, un arbre qui se penche et te salue.


La beauté était dans les bois.

Les bois ouvraient leurs branches.

La beauté s'y lovait avec volupté.

C'est fou le bien que ça fait, une beauté qui se laisse aller entre les branches nues.


L'astre du jour allait se coucher.

La beauté souriait amusée de ton regard timide.


Xavier Lainé


22 février 2021 (1)


lundi 22 mars 2021

Prendre soin 22 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Double, triple ou quadruple peine, c'est le lot en ce système qui proclame une liberté illusoire, pour ceux qui n'ont jamais cessé de lutter.

Tant d'années avant qu'une couleur ne soulève le couvercle.

Il ne fallait pas lâcher, alors, mine de rien, et sans que nul ne se doute de la difficulté, tu t'organises pour une grève illimitée.

Quarante années de grève, du zèle, certes, mais quand même.

Et pour toi, soignant refusant de rentrer dans le cadre étroit des productivités financières sournoisement imposées, la double, triple, quadruple peine.


Première peine : celle d’avoir plus ou moins choisi un métier et de le voir dériver sans boussole sous les incitations à « produire des actes réduits à leur technique ».


Peine seconde : celle de t’imposer quelques règles éthiques en refusant d’entrer dans la course au « chiffre d’affaire ».


Peine troisième : celle de vivre de moins en moins bien du fruit de ton travail et donc de t’entendre reprocher de « ne pas travailler assez ».


Peine quatrième : lorsque vient l’âge de la retraite, la voir réduite à si simple expression qu’il te faudra poursuivre jusqu’à mourir en scène.


J’ajouterai la cinquième peine : c’est qu’ayant fait le choix bien contraint de travailler en libéral, tout le monde te regarde avec des yeux ronds lorsque tu dis de quoi il en retourne.

Tu n’es pas crédible à dire qu’aujourd’hui les virus ont de beaux jours devant eux puisque, au nom d’une science sans conscience, l’important n’est pas de prendre soin mais d’appliquer des techniques en méconnaissance  de la vie.


Xavier Lainé


21 février 2021


dimanche 21 mars 2021

Prendre soin 21 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Car au fond, tout est question de choix.

Combien d'écoles dans une ogive ?

Combien de théâtres, d'hôpitaux ?


Tout est question de choix, à condition de voir et d'entendre.

Combien de planètes potentiellement détruites avant de dire stop ?

Suffit-il de dire "plus jamais ça" sans remettre en cause les choix ?


Car c'est bien un choix, n'est-ce pas ?

C'est un choix entre forces de la vie et potentielles destructions.


Jusqu'à quand ?


*


Serait de bonne thérapeutique que de prendre notre histoire en main.

De ne rien attendre de quiconque, sans repli dans un chacun pour soi.

Non, le repli serait pire que le mal, et il nous faut franchir le cap du moi au nous.

Chacun prenant sa part pour éteindre l'incendie qui couve, au fond de nos blessures.

Il n'est de pandémie qu'en notre façon de vivre et de nier l'évidence : nous sommes enfants d'une terre qui n'est certes pas unique dans un univers incertain, mais dont aucune technique ne saurait nous affranchir sans retourner le fer dans nos plaies.

Nous sommes enfants de la même terre, mais sommes incapables d’y vivre en paix.

Toujours ce sont déchirements et violences.

Toujours exclusions au profit d’une minorité sans vergogne.

Nous avons ce besoin, cet ineffable besoin de prendre soin pour survivre.


Xavier Lainé


21 février 2021


samedi 20 mars 2021

Prendre soin 20 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Mais bon sang mais c’est bien sur : je devrais écrire léger.

Que ceux qui vont bien lèvent le doigt et m’assurent que, vraiment, ils vont ainsi.

Ils vont contre vents et marées, bien.

Contre la longue liste des migrants refoulés, des morts sur nos trottoirs, des ravagés par un système qui les brise.

Contre la logique même de ce qui nous entoure, je devrais mettre l’accent sur ce qui va.

Puis m’en aller auprès de mon arbre, enfouir mes colères entre ses racines pour vous « soigner » l’âme sereine.


Comme si de rien n’était, je devrais aligner les mots printaniers et d’un coeur primesautier vous chuchoter mes mots doux.

Je ne devrais pas me laisser gagner par l’amer d’un temps qui nous enferme.

Je ne devrais surtout pas parler de vos maux ni me soucier de ce qui les provoque.

Je ne devrais pas dire ma tristesse devant tant de souffrance endurée.

Il est temps de quitter le domaine de la pensée simpliste, réduite à tort ou raison.

A ne pas assumer nos propres conflits, comment pourrions-nous sortir de la spirale infernale des souffrances infligées.

L'homme réduit à être l'objet d'un commerce, infantilisé et rendu esclave de décisions obscures, de quel soin pourrions-nous encore l'accompagner ?

Je dis "obscures" quand il apparaît clairement que la réification dont nous sommes les objets entre au service d'insupportables profits.

Voici que des individus sans foi ni loi entendent réglementer la planète, ignorant que notre naufrage sera aussi le leur.

Les sommes qu'ils accumulent sortent comme sang de nos innombrables blessures.


Xavier Lainé


20 février 2021


vendredi 19 mars 2021

Prendre soin 19 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




S’ils ne jouent pas le jeu d'une productivité mortifère.

S’ils ne jouent pas le jeu de la bêtise et de la moyenne sans âme.

S’ ils persistent en leur contestation de toute forme de pouvoir abusif.

De toute forme de pouvoir même non abusif.

De toute idée préconçue et mal digérée.

De toute acte contraire à une éthique du soin.


S’ils n’entrent pas dans les clous d’une simplification outrancière.

Dans l’étrange perdition d’une science réduite à ce qu’elle ne saurait être.


Il ne te faut pas penser, pas contester, par sentir, pas pleurer.

Pas pleurer de constater en quelle maltraitance un roitelet mène ses sujets.

Pas faire de lien entre ce monde d’une cruauté et violence inouïes, et la nature des symptôme exprimés.

Pas inviter à contester un ordre qui nourrit ton chiffre en sacrifiant ton âme.


Pour ne pas être purement et simplement sacrifié, le mérite revenant aux productivistes qui multiplient les actes techniques sans âme, sans un regard pour les personnes que le système broie.

C’est chose étrange que cette « science » ne se penche jamais sur l’origine des symptômes.

Comme si nous avions peur de découvrir le pot aux roses qui remettrait en question notre impuissance d’agir pour un monde meilleur.


Alors je la pose, la question.

Je ne cesse de la poser depuis quarante années d’un exercice en proie au doute de sa propre validité.

Dois-je soigner seulement les blessures visibles où tenter de condamner et empêcher de nuire ceux qui les causent ?


Xavier Lainé


18 février 2021


jeudi 18 mars 2021

Prendre soin 18 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




On a l’attention sélective et l’oeil rivé toujours sur les mêmes objectifs.

C’est la force des idéologies qui guide le regard.

Vous êtes de droite ?

Alors vous défendez les professions libérales et les cliniques privées et décriez l’hôpital (sauf si vous en avez besoin !).

Vous êtes de gôche ?

Alors vous prenez le pouls avec une infinie inquiétude du système public hospitalier, tout allant faire la queue dans la salle d’attente de votre médecin libéral, en fulminant pour l’attente chez votre kinésithérapeute libéral.


On a l’attention directionnelle selon son penchant idéologique.

Qu’un gouvernement de droite libérale vienne au pouvoir, voici que les libéraux sont chouchoutés par les administrations de santé.

Qu’à l’inverse vienne un gouvernement de gôche (convaincue elle aussi au libéralisme mais avec un gant de velours) : exit le poison du privé et place au public, sans pour autant lui permettre d’assumer toute sa place (on est de gôche convaincue au libéralisme ou pas, hein !)


Mais que vienne le vent mauvais d’une pandémie programmée, prévisible puisque nous dominons notre pauvre planète qui n’en peut plus des exactions menées contre elle par les activistes, justement, dogmatiques, de l’économie libérale, voici les uns tapant sur les autres, chacun revendiquant sa place au soleil, les patients étant, d’un côté comme de l’autre, des numéros cloués sur des lits à rentabiliser, dans des salles d’attente bondées où ils ne sont plus que ligne dans un chiffre d’affaire.

L’oeil, pour la gôche dogmatique reste rivé sur la crise des hôpitaux.

C'est juste raison, mais...

Mais on oublie toujours quelqu’un.

Ce sont les patients qui paient l’addition tandis que les praticiens, isolés sont soumis à double ou triple peine.


Xavier Lainé


17 février 2021


mercredi 17 mars 2021

Prendre soin 17 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Incroyable déviation de l'éthique et du sens.

Toute personne saine devient suspecte.

Suspecte d'être porteuse d'agonie et de mort.

Comme si la vie n'était pas cette maladie mortelle sexuellement transmissible.

Comme si prendre le risque de vivre n'était pas aussi prendre celui de mourir.

Comme si vivre ne revenait qu'à évacuer tous les risques.

Or, à vivre dans la prétention d'une sécurité absolue, nous voici étouffant derrière les masques imposés comme ultime rempart à nos timides sourires.


Le soin réduit à sa technique ne nourrit personne et ne contribue qu'à l'affaissement de nos vies.

Prendre soin ne peut se réduire à une quelconque "science" réduite à ses probabilités.

Il y faut de l'âme et de l'esprit, de l'improbable et de l'accessoire.

A défaut, l'être n'est plus qu'une ligne dans une comptabilité mortifère.

Parfois, il suffit d'ouvrir les bras sans rien dire pour estomper les effets délétères qu'un état totalitaire développe comme un cancer posé sur nos existences.


Au fond, il est si commode de nous isoler. Et peut-être est-ce le seul objectif. Or…

Savez-vous la jubilation d'agir en commun ?

Cette réjouissance de réfléchir ensemble et d'agir sur nos vies sans attendre qu'un homme providentiel ne s'en occupe, elle est bonne thérapie où notre soumission nous rend malades.

Eteindre les écrans qui sont nos chaines, retrouver le bonheur d'une étreinte ou d'un baiser volés à la dictature des moeurs, seraient un chemin vers les lumières d'un printemps définitif.


Xavier Lainé


16 février 2021 (2)