jeudi 4 mars 2021

Prendre soin 4 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Je fais des raccourcis.

Soigner c’est plus ou moins que prendre soin ?

C’est avant ou après.

On prend soin en apprenant.

Lorsque ça dérape il te faut te soigner.

Mieux vaut une molécule qu’un suicide.

Bien que.

Parfois.

La molécule t’offre une mort lente qui vient compléter ta mort sociale.


Dans ce monde du chacun seul devant son écran, immergé dans son chez soi sans perspective autre que quatre mur et de vagues sorties consuméristes, ils ne reste plus grand chose.

Alors, mort pour mort, une molécule ne fait que prolonger l’affaire.


Je n’ai rien contre les molécules.

Je n’ai rien pour non plus.

On me pose si souvent la question en croyant la réponse assurée !

Que non, rien pour et rien contre.

Je dis parfois qu’il vaut mieux une molécule si elle permet d’avancer.

Mais si elle devient colonne vertébrale, palliatif à la vie elle-même, alors, je ne sais.


Je ne sais rien, je suppute, je subodore, j’explore et je réfléchis.

Je me dis que ça ne doit pas être une vie que de dépendre de la prescription.

Je me dis que je ne saurais vivre ainsi.

Mais bien obligé de voir et d’entendre que vivre, tu ne sais plus vraiment de quoi il en retourne.

Que maitrises-tu de ta vie ?


Xavier Lainé


2 février 2021 (3)


mercredi 3 mars 2021

Prendre soin 3 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Deroxat Diazépam Lexomil Lyzanxia  Séresta Témesta Tranxène Urbanyl  Valium Xanax Atarax Stream Lyrica Dogmatil Tercian…


Ton bonheur est dans la molécule.

Tu vis comme une ombre, prescription dans la poche.

Ton bonheur est dans le traitement.


« Vous allez me guérir, Docteur »

Docteur las ne résiste plus.

Il est comme toi, prisonnier d’un monde qui ne laisse pas le choix.

Qui fait de vie maigre survie, flirtant avec les limites.


Ne pas tomber, surtout ne pas tomber.

Ne pas montrer tes cernes et ta fâcheuse tendance à planter des clous.

Derrière ton écran, huit heures et plus par jour.

Désormais seul chez toi ou dans le brouhaha d’une famille qui ne comprend pas.


Qui ne comprends pas ta colère, ton mutisme, ton égarement.

Comment comprendre puisque le monde se dérobe à toute compréhension.

Le monde est cet intrus qui marche et tend une main fébrile.

Tu ne mets rien dans la sébile, tu ne la vois pas.

Tu maudis les manants qui te montrent la prochaine étape.

Celle du vide abyssal d’une vie sans passé, sans présent, sans avenir.


Deroxat Diazépam Lexomil Lyzanxia  Séresta Témesta Tranxène Urbanyl  Valium Xanax Atarax Stream Lyrica Dogmatil Tercian…


Le bonheur est dans la prescription pour combler le vide d’une vie proscrite.


Xavier Lainé


2 février 2021 (2)


mardi 2 mars 2021

Prendre soin 2 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Prendre soin n'est pas soigner.

De quoi et de qui avons nous à prendre soin ?

Quelles lacunes de vie laissées en jachère se trouvent infestées ?

Quelles portes avons-nous laissées ouvertes par où le ver est entré dans le fruit ?


Prendre soin n'est pas que soigner...


Nul ne peut le faire à ta place.

Tu ne sais pas ?


Si longtemps délaissé, tu consommes.

Tu ne manges plus, tu bouffes.

Qu’importe quoi et où, tu bouffes.


Si longtemps laissé seul, tu acceptes et te soumets.

Diktat du petit chef et brimades en tous genres.

« Trop nul » qu’on te dit.

Et tu le crois.


Si longtemps sans la moindre considération.

Juste bon à bosser et te taire.

Puis rentré chez toi ingurgiter mièvres émissions, animateurs débiles.

Que ta nuit en devient un cauchemar.

Ton jour est un bagne.


Alors…


Deroxat Diazépam Lexomil Lyzanxia  Séresta Témesta Tranxène Urbanyl  Valium Xanax Atarax Stream Lyrica Dogmatil Tercian…


Xavier Lainé


2 février 2021 (1)


lundi 1 mars 2021

Prendre soin 1 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Chacun vit dans l'attente. Quand vont-ils parler, dire quelque chose, que nous puissions organiser nos vies ? 

Chacun vit dans l'attente, tendu vers un objectif dont la maîtrise nous échappe.

Nous ne savons pas, nous ne savons plus...


Nous ne savons pas, nous ne savons plus…

Depuis combien d’années avons-nous cru pouvoir vivre en insouciance ?

Consommer, se prélasser en loisirs infinis, jouir d’une vie agréable tandis que…


Tandis qu’à côté, là, sous un porche, sommeillent nos ruines, nos échecs, nos indifférences.

Que parfois elles en meurent de froid.


Parfois elles en meurent de froid, mais nous sommes bien au chaud, dans nos petits appartements à crédit.

Devant nos petites télés à crédit.

Dans nos lits et literies douillets à crédit.

Depuis quand vivons-nous à crédit ?


Depuis quand vivons-nous endettés ?

Ai-je seulement vécu autrement ?

Autrement qu’avec un découvert rampant d’un mois sur l’autre, des nuits vertigineuses à ne plus savoir comment joindre les deux bout ?

Il n’a pas duré longtemps, le plaisir du jeune diplômé qui allait soigner le monde du haut de ses connaissances.

Il n’a pas duré longtemps, se cognant très vite aux murs d’une société qui avait eu peur deux fois.

Une fois de sa jeunesse, une deuxième d’un fac-similé.


Xavier Lainé


1er février 2021


dimanche 28 février 2021

Sourde colère 39 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Il en est encore qui croient nos gouvernants désemparés devant la « pandémie ». Courbes et chiffres pris on ne sait où nous affirment qu’il en est ainsi.

Chose étrange que cette fiction qui englue nos cerveaux au point de nous détourner des mesures prises en coulisses qui visent à parachever l’oeuvre entreprise depuis quarante ans et plus.

Lente érosion quasiment au même rythme que celle des glaciers de notre potentiel humain.

Nous voici réduits à n’être que supplétifs de machines qui décideraient pour et mieux que nous de nos vies.

Réduction à la misère totale proportionnelle à l’envahissement de notre univers par des robots sans âme ni conscience.

Ceux qui les servent, adeptes de cette religion d’une science réduite à ses techniques, déconnectés d’un réel qu’ils ne cessent d’abîmer ont déjà perdu toute qualité humaine.

Ils répètent à l’envie les mantras des « communicants » dont le rôle est de nous enfumer toujours plus, de nous détourner du réel.

A refuser de voir le visible, sentir le sensible, nous voici du fond de nos dénis, consentants silencieux au pouvoir de l'absurde.

L’absurde comme une prison à ciel ouvert dont nous sommes les hôtes et les geôliers.


Nous voici donc comme des prisonniers alignant barres gravées sur le mur par paquets de dix, sans savoir quand interviendra la libération.

Ce que nous ne savons pas, c'est que nous possédons les clefs. Mais de tortures psychologiques en menaces d'enfermement pire, nous finissons par oublier détenir la force de notre liberté.

Un mois s'envole emportant avec lui les voeux pieux. Il reste à établir pas à pas les actes de résistance au brouet insipide et stupide qui nous est servi chaque jour.


Xavier Lainé


31 janvier 2021

samedi 27 février 2021

Sourde colère 38 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Agir ou pas ? Embarqués dans l'histoire, désemparés par l'inertie des Etats, faire ou ne pas faire ? Faire et transgresser les règles si nécessaire, ou pas et devenir complice des crimes d'Etat commis en notre nom ?


"Ils roulent mensonges dans leur monde où le mensonge est une parole comme une autre, vaine comme une autre, ça ne touche rien, ça ne fait rien, ça ne nie rien, même." 

(Marie Cosnay/Mathieu Potte-Bonneville, in "Voir venir, Ecrire l'hospitalité, éditions Stock, 2019, Lecture terminée ce matin, trentième jour d'un mois de janvier à l'échine parcourue des mêmes travers, des mêmes cautions silencieuses au glissement vers la dictature sanitaire)


L’heure n’est plus à tergiverser, mais bien à réveiller nos potentiels de création.

Ici et là, on me demande : mais quelles solutions ?

Alors je rêve d’un programme sans programme, je rêve d’un moment où nous serions tous, citoyens tels que nous sommes, les cosignataires du monde qui serait notre.

Que nous pourrions ainsi, du plus local au plus global nous en réapproprier les rouages sans attendre le grand soir ou je ne sais quel homme providentiel qui le ferait à notre place.

Je rêve les yeux ouverts d’une co-construction d’un monde de nouveau vivable pour tous, sans distinction.

Qu’importent les détails, nous savons, chacun, au fond de nous-mêmes ce qu’il nous faudrait pour tout simplement redonner à nos vies le goût de vivre.

Cette pincée de folie qui nous ramènerait à notre soif primaire d’être des bâtisseurs du présent et non simplement des rêveurs d’un avenir inaccessible.

D’autres expériences existent un peu partout dont nous pouvons nous inspirer.

L’heure n’est plus à la résignation mais à la prise de parole et de pouvoir d’une nouvelle jeunesse.


Xavier Lainé


30 janvier 2021 (2)


vendredi 26 février 2021

Sourde colère 37 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




Il faut savoir sortir des autoroutes, désobéir, suivre des routes et des sentiers buissonniers. 

Que Apple me dise ce que je devrais lire, ou que Facebook me demande ce que je voudrais écrire, que mon libraire mette petit coeur sur ses livres pour guider ma lecture vers ce qui lui convient, qu'il me faille être "coaché" pour vivre comme le monde veut que je vive, voilà qui m'insupporte. 

Je vais comme je veux, je pense comme j'en ai envie, je lis ce qu'il me plaît de lire, j'écris comme je l'entends.

Je n'ai besoin d'aucun "directeur de conscience", juste de butiner auprès de tous et de chacun ce dont ma conscience a besoin pour grandir.


C’est pourquoi je n’adhère plus à rien.

Car adhérer selon les principes adoptés depuis le XIXème siècle, c’est se plier à la règle sans qu’elle soit communément admise.

Qu’importent les querelles de clochers et d’ego, je cherche avec humilité à me fondre dans la décision collective à la condition expresse qu’elle vise au bien commun et non à l’appropriation d’un pouvoir par une minorité prétendue « éclairée ».

L’urgence n’est plus à attendre un grand soir hypothétique, mais bien à agir, chaque jour, pour faire grandir l’idée que notre humanité ne serait pas à sacrifier sur l’autel des égoïsmes capitalistes.

Ce monde est en train de s’éteindre ou du moins de montrer son potentiel destructeur, une fois emballé dans les stratégies du choc propres au libéralisme sans retenue.


Ce que nous ne pouvons dénier tant la fracture apparaît au grand jour, à moins de nier que nous ayons un nez au milieu de nos figures, c’est ce partage en deux classes profondément opposées : une minorité de possédants qui tirent profits y compris de notre impuissance, qui spécule sur nos erreurs de jugement, et nous, qui n’avons que nos intelligences et nos mains.


Xavier Lainé


30 janvier 2021 (1)