vendredi 19 février 2021

Sourde colère 30 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




À Eliane & Jean (suite 1)


À tout globaliser, nous avons donné de l’aliment à une globalisation purement inhumaine.

L’humain, ce n’est pas du discours, ça se construit au jour le jour dans un regard, un sourire, une poignée de main, un café partagé dans l’aube délicate : tout ce que la dictature sanitaire tend à supprimer de notre horizon. Ce qui rend la situation intenable et explosive, car, à moins d’accepter de ne plus exister que comme des post-humains, voire même, demain, si nous n’y prenons garde, comme trans-humains augmentés de je ne sais quelles prothèses numériques qui décideront pour nous de ce que nous devons vivre, finira par provoquer, climat aidant, notre propre extinction.


Il m’a été terriblement douloureux d’observer, hélas, pas seulement hier, cette sclérose de « camarades » qui participent, malgré eux de cette extinction du monde vivant.

Les affrontements qui se sont produits étaient à l’opposé des discours tenus. 

Les jeunes présents l’ont bien senti qui ont renversé les tables et décidé de faire la fête plutôt que se noyer dans les sempiternelles jérémiades.


J’ai pris l’habitude de me placer en observateur discret. 

En écrivant un texte de circonstance et en imposant sa lecture, j’ai eu la naïveté de croire que les militants d’hier avaient changé. Je me suis trompé : Ils sont demeurés égaux à eux-mêmes, militants d’un hier dépassé. Mes mots chez eux n’avaient aucun sens. S’ils en ont eu un, c’est avec les jeunes qui étaient là et m’ont remercié.

S’il y a de jeunes cons, hélas, il y en a aussi des vieux. C’est au moins rassurant, tout en étant conscient de l’être toujours un peu, heureusement, de ne pas être enfermé dans cette espèce qui va à notre destruction.


Xavier Lainé


24 janvier 2021 (2)


jeudi 18 février 2021

Sourde colère 29 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




À Eliane & Jean


N’échouent que ceux qui ne tentent pas de faire : à ce titre, nous devrions féliciter ceux qui ont le courage d’agir. Hier, indéniablement, une personne presque seule a su mobiliser plus largement que le cercle restreint des joyeux retraités militants psalmodiant contre le désenchantement général.


De toute évidence, la jeunesse était là, avec sa fougue et sa brusquerie, avec sa joie de vivre et sa soif de liberté.

Il est dramatique que les quelques « responsables » enkystés, de toutes obédiences, soient incapables d’avoir la sagesse de soutenir l’explosion de jeunesse, et d’entamer le dialogue, comme j’ai tenté de le faire en marge et sous la pluie : les jeunes avec qui j’ai pu parler, sont dans une incompréhension totale de ce qui, historiquement, a pu nous conduire à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons tous et qui ne se résume pas à un port ou non de masques, mais à une forme de soumission à une autorité illégitime dans le fond comme dans la forme.

J’ai tenté, dans le brouhaha général, de les inviter à réfléchir à cette histoire immédiate qui se déploie depuis quarante années et qui, de renoncements en aveux d’impuissance a laissé le totalitarisme libéral post-humain prendre le dessus.


Il y aurait là quelque chose à creuser puisque, dans nos courtes vies nous pouvons témoigner de ce que nous avons vécu, en tant que militant, dans l’espace temps réduit de 1980 à 2021, et que, bizarrement, les supposés de « gauche » oublient de questionner.

Pour ma part, ce que j’ai vécu de brimades, répressions, chutes personnelles n’ont pas affaibli la profondeur de mes pensées. J’ai simplement pris de la distance avec une forme de militantisme tellement sûre de son discours qu’il finit par en être ridiculement répétitif et vain.


Xavier Lainé


24 janvier 2021 (1)


mercredi 17 février 2021

Sourde colère 28 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




J'avais rêvé, d'un moment de fête, de paix, de fraternité, même sous la pluie.

J'ai vu : des gens se disputer pour des masques, monopoliser la parole en discours d'un autre siècle, répétés depuis si longtemps que plus personne ne les écoute.

J'ai vu la jeunesse se lever avec une soif de liberté sans pareille.

Je l'ai vue danser sous la pluie, sans plus très bien savoir pourquoi nous étions là.

J'ai bien failli repartir avant même de dire un mot.

Je me suis demandé ce que je faisais là, comme je me demande, chaque jour, ce que je fais dans ce monde qui courbe l'échine et accepte la dictature sanitaire et l'ouverture des camps intérieurs, ceux qui brisent l'âme avant les corps.

Mes mots certes ont tenté de rompre le silence.

Je suis reparti sous la pluie froide, regrettant de les avoir formulés.

Le rouleau compresseur de la pensée unique, inique, est le pire virus qui puisse nous atteindre : il pose des barreaux aux fenêtres du coeur.

Il n'y a plus de bord, ni d'engagement, mais la juxtaposition d'opinions inaudibles et sectaires.

Permanent embarqué dans le doute je regarde avec pitié ce monde qui sombre dans la grisaille des idées du passé sans cesse répétées sans un regard sur l'échec évident.

Dans la guerre des plus riches contre les plus pauvres, il nous faudra l'intelligence et l'ironie de la jeunesse, cette jeunesse qui ne m'appartient plus et me laisse vieux avant d'avoir vécu.

Car pour les vieux de mon espèce, témoin de quarante années de malheur et de régression, il serait temps de rester à notre place de témoins, pour aider ceux qui nous suivent à comprendre, non pour garder le pouvoir d'une parole vaincue d'avance.

La montée brune était contenue dans toutes ces années de soumission. 


Xavier Lainé


23 janvier 2021


mardi 16 février 2021

Sourde colère 27 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




A tant voir venir l'immonde, on se prend à rêver d'un autre monde.

Aux mots qui disent les maux du siècle, vient s’apposer commentaire : « et toujours sans solution aucune ».

Sans solution aucune pourquoi ?

Quels sont, passants, vos capacités propres à imaginer le monde qui serait enfin le vôtre ?

Le vôtre, pas celui d’une poignée de profiteurs, de corrompus qui le façonnent à leur service !

Qu’attendre d’eux sinon le pire ?

Est-ce dire que de chacun pourrait venir le meilleur pour tous ?

Certainement pas !

Nous ne vivons pas, chacun dans notre « bulle-monde ».

Ce triste spectacle est déjà là, déjà vu : ils y sont dans leur bulle, et nous dans la nôtre, ou plutôt de notre côté, chacun dans la sienne, jalousant celle d’à côté, se méfiant de celle des autres, rejetant qui voudrait empiéter sur chacun la sienne, repoussant celles suspectées nous envahir car différente, parfois pleine d’espérance vite déçue.

Méfiez-vous donc, mauvaises graines au pouvoir, les nôtres, semées en liberté, ont la vigueur de nos rêves.


Comme dirais l’ami Jean Diharsce : « Nous sommes des incorrigibles éternellement trahis. »

C’est dans la nature de notre humanité en tentative de sincérité que de se faire piéger par les dominants.

Si nous avions leur autorité, nous ne serions pas qui nous sommes, nous serions de leur côté.

Sans doute est-ce paradoxe que de vouloir faire triompher une notion qui n’a pas d’existence ni de définition.

Paradoxe et difficulté que les tentations globalisantes et totalitaires aggravent.


Xavier Lainé


22-23-24 janvier 2021


lundi 15 février 2021

Sourde colère 26 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 





Qu’une minuscule fenêtre s’ouvre qui ferait disparaître l’ogive de notre paysage, voilà qui devrait nous réjouir.

Voilà qui attriste les stratèges et leurs ogives.

Les stratèges aux pensées en forme d’ogives ou de colonnes de chiffres et de dividendes.

La vie : combien de dividendes ?

Ça n’a pas de prix, la vie, ça ne se chiffre pas, ça ne passe pas en pertes et profits d’un monde qui ne cesse de finir.

Chaque vie perdue au nom des ogives, chaque vie noyée, chaque vie discrètement gelée sous un porche, c’est une vie essentielle sacrifiée aux ogives et aux dividendes.


Qu’une fenêtre minuscule s’ouvre signée par des espérances, voilà qui devrait nous réjouir.

Ce serait formidable réjouissance si vous, stratèges élus en hautes atmosphères saturées de chiffres et de dividendes, vous redescendiez sur terre pour nous voir.

Pour nous voir et nous entendre.

Nous avons que nos mots, nos voix et nos mains nues.

Que nos mots, nos voix et nos mains nues pour maintenir la minuscule fenêtre de l’espérance ouverte contre votre acharnement à la refermer.


Nous sommes là.

Nous en sommes las.

Nos cervelles chantent à voix discordantes mais avec tant de recherche d’harmonies nouvelles que vous ne pourriez imaginer, avec vos têtes en ogive, toutes les voies potentielles à gravir pour que nous grandissions encore en humanité.

Il suffit d’une minuscule fenêtre ouverte qui pourrait désarmer vos stratégies boursières, une minuscule fenêtre par où rallumer nos lumières.


Xavier Lainé


21 janvier 2021 (3)



dimanche 14 février 2021

Sourde colère 25 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




"En réalité, pour la majorité des peuples, le développement a constitué un processus dans lequel l’individu, arraché à son passé et propulsé dans un avenir plein d’incertitude, se retrouve en fin de compte au bas d’une échelle économique qui ne mène nulle part." 

Wade Davis, Pour ne pas disparaître, éditions Albin Michel, 2011


Il y a d’un côté la vie et de l’autre l’ogive.

L’ogive comme une menace, sourde, discrète, dont on ne te parle pas.

Sinon en colonnes de chiffres blindées.

Il y a d’un côté nos vies, et en face l’ogive.

L’ogive comme preuve de cette guerre, sans fin ni traités, que les dividendes mènent à ceux qui n’ont rien.

Ce n’est pas rien que cette guerre.

Cette guerre qui plane d’ogives en ogives, qui demain pourraient nous faire sauter avec la terre qui nous porte.

Cette guerre sans nom qui nous prive et nous saigne avant même d’exploser.


Il y a d’un côté nos vies, multiples, diverses comme nos opinions, comme nos cultures et nos philosophies.

Il y a de l’autre les ogives dirigées vers des ennemis imaginaires : car qui pourrait affirmer que nous aurions des ennemis sur cette terre finie ?

Sur cette terre épuisée de guerres qui ne concernent pas le vivant mais les dividendes.

Cette guerre que des stratèges fomentent au risque de se détruire eux-mêmes.

Cette guerre qui détourne tant de dividendes de nos nécessités impérieuses de vivre, apprendre, nous cultiver, nous soigner.

Toutes choses que les fins stratèges d’un monde fini prétendent « non essentielles ».

Car leurs yeux, les yeux des stratèges, ne voient que colonnes de chiffres.


Xavier Lainé


21 janvier 2021 (2)


samedi 13 février 2021

Sourde colère 24 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 




"Quand tu abandonnes la lutte, tout est fini. Les jeunes aujourd’hui sont perdus. Ils demandent : « qu’est-ce qu’on peut faire ? » Les apôtres ne se demandaient pas ce qu’ils pouvaient faire, ils y allaient."

Tony Gatlif, « Rencontre entre des hommes remarquables », Cassandre/Horschamp, n°87, automne 2011


Chaque jour de mon métier, je passe mon temps à tenter de mettre un peu de rationalité dans tout ça. Pour que mes patients, justement, en finissent avec l'angoisse et la peur, si mauvaises pour leur immunité.

Mon petit plaisir, c'était un petit café en terrasse, le mardi matin et le samedi matin, ou une bière au soleil en regardant vivre la ville, c'était mon moment musique au conservatoire, le jeudi soir.

Tout ça est bel et bien fini depuis le mois de mars, et je n'entends plus que gens qui me disent qu'ils n'en peuvent plus. Je travaille, je travaille, sans pouvoir dire "vous verrez demain ce sera mieux", ce qui serait un mensonge, puisque chaque semaine on nous annonce le pire.

Je ne peux pas dire que je déprime, non, ou alors, comment je ferais avec ceux qui viennent et parfois s'effondrent en larme sur ma table ?

Je suis kinésithérapeute, mais ce qui m'intéresse, ce n'est pas mon chiffre d'affaire, ce sont les gens qui viennent me voir et qui souffrent clairement dans leur corps d'un monde qui ne semble plus savoir ce que c'est que le vivant.

Je suis kinésithérapeute. Je dois me contenter de faire mon travail avec un revenu qui ne cesse de baisser parce que je refuse de multiplier les actes et de négliger les vies qui défilent entre mes mains.

Et en plus, les maigres plaisirs d'une vie humaine me sont désormais refusé. Je dois traverser une ville morte, peuplée de fantômes masqués, une ville qui me flanque des cauchemars la nuit.

Comme si cette nuit ne devait jamais finir.

Pourtant ne rien abandonner des luttes nécessaires pour que vive la vie.


Xavier Lainé


21 janvier 2021 (1)