vendredi 22 janvier 2021

Sourde colère 2 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 







« Le sentiment s’impose partout que plus le monde devient, plus il paraît devoir devenir immonde, et cela précisément en ce qu’il semble être devenu impossible de le penser, et donc de le panser. »

Bernard Stiegler, Qu’appelle-t-on panser 1. L’immense régression. Éditions Les liens qui libèrent, 2018


Mille sept cent quatre vingt neuf

Il y eut un avant 

Il y eut un après


Mille neuf cent quarante cinq

Il y eut un avant

Il y eut un après


Mille neuf cent quatre vingt neuf

Il y eut un avant

Il y eut un après


Tout n’était que trompe l’oeil.

Ce qui est refusé un temps

Rejeté et abandonné par la porte

Revient par la fenêtre

À pas discrets.


Ainsi, chaque étape de l’histoire rêve d’un autre monde.

Parfois retrousse ses manches et parvient à faire trembler les bases de l’ordre établi.

C’est toujours sans compter les fâcheux férus de domination et de richesse.

Ainsi toujours les mêmes se retrouvent perdants.

Dindons d’une farce dont on leur explique les fourches nécessaires.


Xavier Lainé


2 janvier 2021


jeudi 21 janvier 2021

Sourde colère 1 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 1)

 





« L’histoire moderne commence – à des moments différents selon les lieux – quand le principe de progrès devient à la fois le but et le moteur de l'histoire. Ce principe est né avec l'ascension de la bourgeoisie en tant que classe ; il a été repris par toutes les théories modernes de la révolution. Au vingtième siècle, la lutte qui oppose capitalisme et socialisme est, au plan idéologique, un combat sur le contenu du progrès. »

John Berger, La cocadrille, éditions Points, 1996


Ne comptez pas sur moi pour les voeux pieux.

Vous savez, ces paroles qu'on dit parce qu'il faut les dire, ces mots prononcés même si on n'y croit pas.

Ne comptez pas sur moi pour les dire et les répéter.

Des années que ça dure et que tous les ans on recommence.

Des années que ça dure et qu'on attend d'un sauveur suprême qu'il satisfasse nos voeux.

Bien évidemment c'est le contraire qui se produit et nos voeux, s'ils retombent, c'est pour nous faire une vie toujours plus dure et difficile. Certains le savent plus que d'autres qui ont faim, se suicident, meurent au fond des mers ou sur nos trottoirs, sous nos fenêtres où nous y allons de nos banquets et de nos souhaits sans sincérité.

Ne comptez pas sur moi pour continuer dans cette hypocrisie.

Une année s'en vient qui sera ce que nous en ferons à la condition de nous en occuper, de ne pas laisser toute la place aux disrupteurs d'un système qui nous entraine dans sa folie systémique.

A défaut de nous en occuper, ils sauront bien nous réserver le pire quand nous aurons rêvé du meilleur. Alors, appliquons nous à réaliser nos rêves, à construire nos utopies sans eux, sans attendre je ne sais quel lendemain qui chanterait ou quel jour J d'une révolution impossible sans révolutionnaires pour l'accomplir.

Il est temps. Il est l'heure.


Xavier Lainé


1er janvier 2021


mercredi 20 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 34

 




Ce sera sans regrets donc qu'il faudra quitter l'an.

Sans regrets mais sans voeux dont nous savons qu'ils ne retombent jamais voire même se retournent contre leurs auteurs.

Ce n'est pas encore l'heure, juste une anticipation, une leçon à tirer d'une année sans : rien n’arrive à qui se contente d'attendre et d'obéir.

Qu'un pouvoir se complaise à détourner les mots de l'histoire ne change rien à l'affaire.

Tant que nous accepterons cette soumission (volontaire ou non), la nuit ne saura que s'étendre toujours sur planète saccagée.

Plus que quelques heures pour réfléchir, apprendre, faire travailler nos imaginations et avancer vers nos rêves.


« La guerre, la destruction, le massacre sont notre Constitution intime. C’est notre faute, notre chute, notre honte qui sont au fondement de l’ordre où nous vivons. » Camille de Toledo, Le hêtre et le bouleau.


Ça ne coûte pas grand chose, juste un peu d’argent (ou beaucoup, mais à ce niveau, on ne compte plus !) de construire des mausolées.

Même celui qui fut autour de la centrale de Tchernobyl finit par se fissurer.

Comme finiront bien par rouiller les oeuvres d’art, les dalles de béton symbolisant nos « plus jamais ça » !

Si nous n’avions pas la mémoire qui rouille, qui flanche, qui part en lambeaux, aurions-nous accepté l’inacceptable imposé, ce couvercle posé sur nos vies, nos amours, nos imaginaires ?

Plus que quelques heures pour enterrer une année comme nous ne cessons de les enterrer, chaque année, dans un rituel qui finit par prendre goût de rance et de moisi.

Il me prend de ne pas me contenter de faire péter le bouchon d’un champagne, d’en étendre l’onde de choc à toutes les cervelles endormies sous un manteau neigeux qui ne nous blanchira pas de la honte  et de l’indignité.


Xavier Lainé


31 décembre 2020 (2)


mardi 19 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 33

 




De toutes les bouches ne montent que clameurs : assez de toute hypocrisie !

Toutes ? Non, tu exagères : beaucoup se trouvent muselées, l’esprit gourd sous l’effet soporifique d’informations empoisonnées, de discours angoissants, de prescriptions sournoises.

Juste quelques unes qui crient, mais dans un silence assourdissant.


Une année en creux se termine.

Si tests positifs furent, ils montrèrent jusqu’où peuvent aller les requins dans les consignes de soumission.

Ils peuvent aller désormais très loin.

Ainsi commence notre errance : les camps ne furent hier que l’aboutissement d’une logique admise comme incontournable.

L’abomination couve sous les cendres du supportable.

Le crime se fomente avec discrétion et n’explose au grand jour qu’une fois commis.


Nous avons eu une année pour en observer la montée progressive.

Elle se traduit en yeux et mains perdues, en vies suicidées, noyées, affamées tandis qu’on parle d’autre chose.

« Des fêtes sans embûches » titrait avec cynisme Vinci sur ses autoroutes.

Voilà : à vouloir vivre sans embûches, à rechercher en tous temps et tous lieux une sécurité improbable, c’est la vie qui se trouve suspendue.

Un jour, cette quête d’une humanité sans humanité finit par se retourner contre tous et contre chacun.

On se réveille les yeux embués de larmes et il n’y a plus personne pour les essuyer.

Il ne reste alors qu’à pleurer sur son sort, le temps passe, il est trop tard.

Sur les cendres de nos libertés brûlées, l’an passé et celui qui vient se rejoignent.


Xavier Lainé


31 décembre 2020 (1)


lundi 18 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 32

 




Impossible de se poser la question même du monde et de la vie que nous pourrions appeler de nos voeux.

Impossible, car nous savons tous que plus personne n’est là pour nous aider.

Au contraire.


Ce temps, cette année, ce jour, cette heure ont un arrière-goût de Titanic.

Dans ce naufrage le capitaine noie tous les passagers, les femmes et les enfants d’abord.

Le capitaine ne sait plus ce qu’il fait, sinon faire des discours qui n’ont plus aucune crédibilité.

Le capitaine et ses adjoints, devenus fous et ivres de leur pouvoir ne savent qu’augmenter les conséquences du naufrage.


Il te reste la poésie comme radeau.

Il te reste l’air que tu respires, les racines accueillantes du grand chêne.

Il te reste les milliers de pages lues et à lire qui t’emportent loin d’ici.


Le pire serait de ne plus pouvoir penser librement.

De ne plus pouvoir t’envoler de cette prison à ciel ouvert qu’est devenu ton pays.

Que sont devenus nos pays.


Car où que se dirigent nos regards, c’est même spectacle affligeant.

Des réfugiés partout, sous des tentes d’infortunes qui cherchent à fuir les pogroms qui ne disent pas leur nom.

Tandis qu’on festoie dans les palais, on meurt de faim dans les rues.


Oserions-nous encore lancer en l’air nos voeux de triste bonheur ?

Oserions-nous encore souhaiter autre chose que victoire dans nos luttes ?


Xavier Lainé


30 décembre 2020


dimanche 17 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 31

 




Quitter ces rives de soumission à la dictature des médiocres.

Ce pourrait être un beau voeux à prononcer, dès lors qu’année horrible se termine.


Car ils viendront les voeux lancés en l’air et qui ne retombent jamais.

On se souhaitera la santé, la prospérité, le bonheur.

Et puis on retournera à ses petites affaires.


On ne prendra pas le temps d’un bilan.

Le temps continuera sa course, sans que rien ne change.

Car, avons-nous envie de changer ?

De changer vraiment ?


Aurons-nous demain plus de souci de l’autre qu’hier ?

Saurons-nous prendre de la hauteur pour apprendre à tourner le dos à nos errements et erreurs ?


Te voici devant la nuit qui s’attarde.

Certes les jours commencent à grandir, mais c’est à peine perceptible.

Ce qui est perceptible, c’est le terrible effondrement.

Plus rien ne tient, aucun phare, aucune balise qui puisse nous indiquer vers où se trouve le port.


Dans la lutte harassante pour survivre, beaucoup d’entre nous mordent la poussière.

Dans ces circonstances, bien malin qui saurait regarder plus haut, plus loin.

Il faut s’en sortir, payer son toit, sa nourriture, ses vêtements, assumer les dettes qui s’accumulent pour des besoins créés de toute pièce.

Impossible pour un esprit autant assailli d’imaginer le moindre avenir.


Xavier Lainé


29 décembre 2020


samedi 16 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 30

 




Il est l’heure de nous réveiller, non pour exiger des fâcheux qu’ils nous concèdent leurs miettes, mais pour reprendre pouvoir sur nos vies déchiquetées.

Vies déchiquetées à belles dents par les rapaces.

Hôpitaux laissés exsangues. 

Médecins et soignants de ville convertis de force à la productivité.

Car il faut bien bouffer.


J’écris :

« Encore une fois, à l'origine du problème, on retrouve la démolition des structures sanitaires du pays, tant hospitalières que de ville, contraintes à des règles économiques sans rapport avec leur devoir de santé publique (le patient s'y trouve réduit à une variable d'ajustement d'un chiffre d'affaire).

On trouve ensuite l'inculture de l'immense majorité, qui sortent de l'éducation nationale, ignares et sans esprit critique.

Le terreau est là : le mensonge qui tient lieu de méthode gouvernementale, laisse la porte ouverte à la bêtise systémique et à la contestation stupide des gestes utiles contre Covid contre toute autre épidémie, au lieu de contester le système qui tire profit de cette crise (la bourse de Paris affiche un résultat formidable pour les actionnaires du CAC 40 pour qui la santé des gens n'est qu'un détail).

Et ils s'imaginent le crime parfait, ignorants qu'ils sont du rôle de l'histoire dont la roue tourne et parfois, avec le temps, éclaire d'une lumière crue le rôle disruptif des "élites" autoproclamées. »


Fort peu de poésie.

Le temps ne s’y prête guère.

Il faudrait pouvoir trouver ne serait-ce qu’un peu de légèreté.

Or, au contraire, l’atmosphère demeure pesante, à la limite du supportable.

Toujours ce rouleau compresseur des peurs entretenues.


Voudrais bien trouver l’île déserte où prendre refuge.


Xavier Lainé


28 décembre 2020