lundi 11 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 25

 




Je me nourris de silence.

C’est ici qui viennent résonner vos présences.

Au creux de l’hiver, je cultive les mots doux.

Je les tiens au chaud pour la belle saison.


Tandis que vont les fossoyeurs de vie, j’arpente en solitaire des pistes sans avenir.

Bien contraint de constater l’échec, je l’espère encore, momentané, de toute velléité de changer les ressorts du monde.

Je me heurte à ce mur.

Je ne peux me défaire de cette vision : le monde d’hier dans toute l’étendue de sa tragédie, et celui d’aujourd’hui qui poursuit l’oeuvre mortifère.


Qu’ai-je loupé ?

Que n’ai-je vu venir qui justifie que d’un siècle à l’autre persistent ces stigmates à vif ?


Peut-être mon esprit s’est-il englué dans cette négativité commune.

Peut-être suis-je comme vous dites, puisque je ne peux m’empêcher de penser que nous aurions pu vivre autrement et mieux.

À voir l’acharnement à détruire de vos élus (pas les miens, je peux, au moins pour ça, dormir tranquille), au sein même des miens on me dit complotiste.

Plus moyen de critiquer, plus moyen de s’extraire de cette gangue terreuse où chaque jour nous enfonce.

J’en suis éreinté, comme vous, comme beaucoup.

D’autant plus éreinté que certains se la joue détaché.

On dirait que rien ne vient interrompre leur fausse joie.

Car ça sonne faux, bien entendu, ça sonne faux.

Que faire de ce déni qui nous conduit au pire ?


Xavier Lainé


23 décembre 2020


dimanche 10 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 24

 




Nos refus ne sont guère entendus.

Car d’autres savent mieux que nous ce qui nous convient ou pas.

Demain nous irons, vaccinés car suspectés d’être malades, avec carnet dûment estampillé, vers les check-points de leur monde idéal.

Les autres, les rebelles, les moutons noirs, les insoumis, devront se contenter de demeurer en deçà des barrières d’un monde devenu fou.

De quel côté trouverons nous la raison ?


Voici qu’elle chavire, notre raison, à ne plus savoir de quel côté pencher.

Dans cette dérive incontrôlée et incontrôlable de ceux qui prennent pouvoir sur nos vies, la seule raison serait la leur.

Ce que nous avons refusé hier, dont nous avons dressé mémorial des crimes abominables, s’infiltre à bas bruit dans nos intimités.

Ils ont compris que les meilleurs crimes devaient être commis à l’abri des intelligences.

Mais contrairement à leurs mentors du XXème siècle, ils ont fait le choix de suivre Brecht et de supprimer les intelligences.

Ou, du moins, d’en brouiller suffisamment les consciences pour que plus personne ne sache de quoi il en retourne.


Ainsi peuvent-ils boursicoter en paix, loin des regards indiscrets.

Ainsi peuvent-ils mettre en pratique l’eugénisme autrefois honnis.


Nul ne protestera puisque nul ne sera en mesure de comprendre.

Plus besoin de camps trop voyants, ni de miradors, ni de gardiens imprévisibles.

Leur idéal de société se répand dans l’indifférence et l’ignorance répandues.

Trouverons-nous les mots pour franchir le cap de cette nuit qui s’installe sur nos esprits ?


Xavier Lainé


22 décembre 2020


samedi 9 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 23

 




Face à la tristesse le déni est un refuge.

Nier l’évidence des faits, refuser de voir le crime qui se perpétue sous nos yeux, c’est ouvrir la porte à ce que nous refusions hier.

Car c’est ainsi que tout commence, dans cette indifférence qui ne sait qu’accentuer la culpabilité.

On te rend coupable même de vivre.

On te rend coupable de ne pas te soigner, puis de trop.

Nous vivons ce temps absurde où tout et son contraire nous voue à ce sentiment blessant.


On va en grande pompe célébrer la mémoire.

On réanime la flamme des morts sous le joug de nos barbaries.

D’une main on ressuscite le passé pour éradiquer son retour dans le futur.

De l’autre on ouvre la porte à cette résurgence du passé dans un présent qui fait trou, absence, effacement de la mémoire.

Nous savons que la mémoire est ce qui reste lorsque tout a été oublié.

C’est un permanent travail de reconstruction, ne serait-ce que pour exister encore.

Pas seulement vivre, ni être, mais exister.


Plongeant dans ce maelström infernal des actes contradictoires, sans doute est-il plus simple de fermer les écoutilles de la pensée.

De se livrer yeux fermés à l’ouvrage des « experts » qui savent mieux que tous de quoi il en retourne.

C’est sans doute vrai, qu’ils en savent un rayon.

Ils ont ce savoir qui les place au-dessus.

La nécessité de prendre de la hauteur dès lors, exclut de prendre en compte le ressenti des « riens ».

Dans cet état de frustration où ils se trouvent, ni écoutés, ni entendus, ils se livrent pieds et poings malgré eux liés aux pires résurrections du passé.


Xavier Lainé


21 décembre 2020


vendredi 8 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 22

 




Si facile réactivation des vieux réflexes de peur.

Peur panique d’une mort avec qui nous avons décidé de ne plus jouer.

Parce que sont encore fumantes les dépouilles.

Tout en brandissant nos banderoles du plus jamais, nous avons déjà laissé le mufle hideux s’introduire dans le lit de l’histoire.

C’est insidieux, presque invisible, ce passage et la nuit se poursuit.

Notre nuit européenne, notre nuit capitaliste, qui sut si bien user des crimes adverses pour se blanchir de toutes fautes.


On en use et on en abuse, du sentiment de culpabilité.

Une façon comme une autre de nous infantiliser.

Tandis qu’à grand frais on construit des mémoriaux pour que plus jamais, on presse le citron colonial jusqu’à faire croire en un paradis occidental.

On n’aide pas, on ne tend pas la main, on se retourne pour ne pas voir.

Voici les peuples qui marchent, qui abordent des rivages avant de s’embarquer, laissant maigres économies entre les mains des profiteurs, juste avant de se noyer sans jamais atteindre la rive de leurs espérances.

A quand un mémorial à la mémoire des noyés ?

A quand un Nüremberg qui jugerait l’inaction des indignes représentants de nos pays qui n’ont de richesse que l’apparence, et le coeur en cale sèche ?


Dans la grisaille du petit matin, je m’en vais coller maigre poésie estampillée « non nécessaire ».

Dans la grisaille du petit matin, un homme s’arrête pour lire.

Dans la grisaille du petit matin, j’ai votre visage qui m’accompagne, jeunes femmes qui sans le savoir tissez déjà les liens du futur.

Rien à voir avec le foutur programmé.

Vos yeux rient et éclairent cette longue nuit.

De vos éphémères étreintes, déjà le solstice se prépare.

C’est au printemps que votre beauté fragile nous invite.


Xavier Lainé


20 décembre 2020


jeudi 7 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 21

 




Je vous regarde, vous, femmes qui construisez l’avenir.

Je vous contemple depuis cette rive de douleur.

Je voudrais ouvrir mes bras pour vous accueillir, vous recueillir, vous épauler.

Vous n’attendez rien. Vous êtes dans cet élan, ayant appris à ne rien attendre.

Vous êtes l’amour vivant et vibrant, capable de soulever des montagnes.

Vous forcez le respect avec cette tranquillité paisible.


Je vous regarde et je vous aime.

Ne vous méprenez pas sur cet amour étrange.

Le mot est tellement galvaudé qu’on n’ose plus le prononcer.

Le mot est tant trainé dans la boue des uniques désirs.

Le mot est sali de tant de dominations vulgaires.


Je vous regarde et j’aime qui vous êtes et comment vous existez.

Vous êtes les fondatrices du monde dont je rêvais.

Du monde que je n’ai jamais su construire, induit en erreur par trop d’idées préconçues.

Vous êtes l’avenir radieux qui débarrassez l’homme que je suis de la honte d’être de l’espèce des dominants.


Je vous observe et je vous aime à chaque mot prononcé.

Vous êtes la base et le sommet de mes utopies.

Vous contribuez à en ouvrir les fondations.

Vous n’êtes pas seulement l’avenir de l’homme.

Vous êtes celui d’un monde rêvé qu’en mon âge perdu je voudrais vous aider à construire.

Vous êtes la jeunesse et la genèse d’une autre dimension qui nous remet, hommes, à notre juste place.


Xavier Lainé


19 décembre 2020 (2)


mercredi 6 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 20

 




D’ici je vous regarde, je vous vois, je vous observe.

Indéniables beautés que jeunesse souligne et rend légères.

De projets en lucidité, vous êtes le ferment d’un nouveau monde.

Celui que je n’ai pas su faire avancer, trop prisonnier de dogmes éculés.


D’ici je te regarde, toi qui chaque jour invente ton avenir.

La souffrance ne t’est pas épargnée, mais tu t’acharnes.

Tu enfonces les murs de ce temps de tes grands yeux étonnés.

De ta beauté tranquille tu ouvres les voies de la tendresse.


D’ici je te regarde, toi qui réfléchit depuis ton monde

Depuis ce monde empoisonné de dogmes religieux.

Depuis ce monde pourri de préjugés qui te range et te juge.

Je te regarde, toi qui te révolte avec tranquillité et soif de vivre.


D’ici je te regarde, toi pour qui vivre ne peut être survivre.

Toi pour qui sans révolte il n’est pas d’avenir.

Toi qui travaille ici et là, mesurant le poids des chaines.

Ton regard a la beauté de la passion, capable de renverser des mondes.


D’ici je te regarde, toi qui silencieuse sème les graines d’un ailleurs.

Qui cultive en secret l’art de vivre autrement.

Qui n’attend pas que vienne un autre monde.

Qui va avec farouche volonté construire le tien sans attendre.


D’ici je te regarde, toi dont le regard pétille à chaque rencontre.

Toi qui rêve d’art et de culture en un monde qui en brise l’avenir.

Toi qui étudie avec ardeur l’art de transmettre et de créer.

Toi qui vient avec sourire nous prendre par la main sur le sentier d’exister.

Toi que j’écoute, ivre de ta beauté discrète.


Xavier Lainé


19 décembre 2020 (1)


mardi 5 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 19

 




Tu ne refuses pas la nuit.

Elle s’impose.

Elle te dicte sa noirceur.

Alors tu te lèves pour regarder les étoiles.

Tu te lèves pour laisser tes rêves déambuler au fil des pages.


C’est une quête de lumière.

Une soif de petites flammes déposées devant chaque fenêtre.

Tandis que vous dormez, les mots s’envolent.

Ils viennent sur la margelle de vos chambres souffler sur vos braises.

Laissez donc aller vos rêves<.


Ils sont plus important que vos jours.

Plus important que vos nuits.

Plus important que les plus véhéments discours.

C’est à leur chevet qu’il te faut te pencher.

Pour sauver ce qui nous reste, justement, cette lumière


Cette lumière qui brille au fond des yeux.

Cette lumière qui vacille tandis que vous ne montrez plus vos sourires.

Face masquée, nos flammes se croisent dans le petit jour.

Sous un ciel gris et plombé, tu en vois qui se cherchent.

D’autres qui se trouvent à l’abri des porches.


Un baiser volé, bravant les interdits, a sans doute plus de goût.

Plus de piment, plus de piquant qu’un baiser ordinaire délivré sans ardeur.

L’aurore est déjà passée que la nuit s’attarde derrière les nuées.

Tu voudrais demeurer là, avec le goût des baisers perdus.

Tu voudrais dériver à la surface des rêves.

Pour le seul goût de leur clandestinité.


Xavier Lainé


18 décembre 2020