vendredi 8 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 22

 




Si facile réactivation des vieux réflexes de peur.

Peur panique d’une mort avec qui nous avons décidé de ne plus jouer.

Parce que sont encore fumantes les dépouilles.

Tout en brandissant nos banderoles du plus jamais, nous avons déjà laissé le mufle hideux s’introduire dans le lit de l’histoire.

C’est insidieux, presque invisible, ce passage et la nuit se poursuit.

Notre nuit européenne, notre nuit capitaliste, qui sut si bien user des crimes adverses pour se blanchir de toutes fautes.


On en use et on en abuse, du sentiment de culpabilité.

Une façon comme une autre de nous infantiliser.

Tandis qu’à grand frais on construit des mémoriaux pour que plus jamais, on presse le citron colonial jusqu’à faire croire en un paradis occidental.

On n’aide pas, on ne tend pas la main, on se retourne pour ne pas voir.

Voici les peuples qui marchent, qui abordent des rivages avant de s’embarquer, laissant maigres économies entre les mains des profiteurs, juste avant de se noyer sans jamais atteindre la rive de leurs espérances.

A quand un mémorial à la mémoire des noyés ?

A quand un Nüremberg qui jugerait l’inaction des indignes représentants de nos pays qui n’ont de richesse que l’apparence, et le coeur en cale sèche ?


Dans la grisaille du petit matin, je m’en vais coller maigre poésie estampillée « non nécessaire ».

Dans la grisaille du petit matin, un homme s’arrête pour lire.

Dans la grisaille du petit matin, j’ai votre visage qui m’accompagne, jeunes femmes qui sans le savoir tissez déjà les liens du futur.

Rien à voir avec le foutur programmé.

Vos yeux rient et éclairent cette longue nuit.

De vos éphémères étreintes, déjà le solstice se prépare.

C’est au printemps que votre beauté fragile nous invite.


Xavier Lainé


20 décembre 2020


jeudi 7 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 21

 




Je vous regarde, vous, femmes qui construisez l’avenir.

Je vous contemple depuis cette rive de douleur.

Je voudrais ouvrir mes bras pour vous accueillir, vous recueillir, vous épauler.

Vous n’attendez rien. Vous êtes dans cet élan, ayant appris à ne rien attendre.

Vous êtes l’amour vivant et vibrant, capable de soulever des montagnes.

Vous forcez le respect avec cette tranquillité paisible.


Je vous regarde et je vous aime.

Ne vous méprenez pas sur cet amour étrange.

Le mot est tellement galvaudé qu’on n’ose plus le prononcer.

Le mot est tant trainé dans la boue des uniques désirs.

Le mot est sali de tant de dominations vulgaires.


Je vous regarde et j’aime qui vous êtes et comment vous existez.

Vous êtes les fondatrices du monde dont je rêvais.

Du monde que je n’ai jamais su construire, induit en erreur par trop d’idées préconçues.

Vous êtes l’avenir radieux qui débarrassez l’homme que je suis de la honte d’être de l’espèce des dominants.


Je vous observe et je vous aime à chaque mot prononcé.

Vous êtes la base et le sommet de mes utopies.

Vous contribuez à en ouvrir les fondations.

Vous n’êtes pas seulement l’avenir de l’homme.

Vous êtes celui d’un monde rêvé qu’en mon âge perdu je voudrais vous aider à construire.

Vous êtes la jeunesse et la genèse d’une autre dimension qui nous remet, hommes, à notre juste place.


Xavier Lainé


19 décembre 2020 (2)


mercredi 6 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 20

 




D’ici je vous regarde, je vous vois, je vous observe.

Indéniables beautés que jeunesse souligne et rend légères.

De projets en lucidité, vous êtes le ferment d’un nouveau monde.

Celui que je n’ai pas su faire avancer, trop prisonnier de dogmes éculés.


D’ici je te regarde, toi qui chaque jour invente ton avenir.

La souffrance ne t’est pas épargnée, mais tu t’acharnes.

Tu enfonces les murs de ce temps de tes grands yeux étonnés.

De ta beauté tranquille tu ouvres les voies de la tendresse.


D’ici je te regarde, toi qui réfléchit depuis ton monde

Depuis ce monde empoisonné de dogmes religieux.

Depuis ce monde pourri de préjugés qui te range et te juge.

Je te regarde, toi qui te révolte avec tranquillité et soif de vivre.


D’ici je te regarde, toi pour qui vivre ne peut être survivre.

Toi pour qui sans révolte il n’est pas d’avenir.

Toi qui travaille ici et là, mesurant le poids des chaines.

Ton regard a la beauté de la passion, capable de renverser des mondes.


D’ici je te regarde, toi qui silencieuse sème les graines d’un ailleurs.

Qui cultive en secret l’art de vivre autrement.

Qui n’attend pas que vienne un autre monde.

Qui va avec farouche volonté construire le tien sans attendre.


D’ici je te regarde, toi dont le regard pétille à chaque rencontre.

Toi qui rêve d’art et de culture en un monde qui en brise l’avenir.

Toi qui étudie avec ardeur l’art de transmettre et de créer.

Toi qui vient avec sourire nous prendre par la main sur le sentier d’exister.

Toi que j’écoute, ivre de ta beauté discrète.


Xavier Lainé


19 décembre 2020 (1)


mardi 5 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 19

 




Tu ne refuses pas la nuit.

Elle s’impose.

Elle te dicte sa noirceur.

Alors tu te lèves pour regarder les étoiles.

Tu te lèves pour laisser tes rêves déambuler au fil des pages.


C’est une quête de lumière.

Une soif de petites flammes déposées devant chaque fenêtre.

Tandis que vous dormez, les mots s’envolent.

Ils viennent sur la margelle de vos chambres souffler sur vos braises.

Laissez donc aller vos rêves<.


Ils sont plus important que vos jours.

Plus important que vos nuits.

Plus important que les plus véhéments discours.

C’est à leur chevet qu’il te faut te pencher.

Pour sauver ce qui nous reste, justement, cette lumière


Cette lumière qui brille au fond des yeux.

Cette lumière qui vacille tandis que vous ne montrez plus vos sourires.

Face masquée, nos flammes se croisent dans le petit jour.

Sous un ciel gris et plombé, tu en vois qui se cherchent.

D’autres qui se trouvent à l’abri des porches.


Un baiser volé, bravant les interdits, a sans doute plus de goût.

Plus de piment, plus de piquant qu’un baiser ordinaire délivré sans ardeur.

L’aurore est déjà passée que la nuit s’attarde derrière les nuées.

Tu voudrais demeurer là, avec le goût des baisers perdus.

Tu voudrais dériver à la surface des rêves.

Pour le seul goût de leur clandestinité.


Xavier Lainé


18 décembre 2020


lundi 4 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 18

 




Ils pourront toujours faire de vibrants discours.

Ils pourront toujours nous parler virus, vaccins.

Ils pourront toujours se présenter, visage ferme.

Ce qu'ils font a ce visage là : celui de la misère.


"Est-ce ainsi que les hommes vivent ?"


On pourra toujours détourner le regard.

On pourra toujours lancer petite phrase assassine.

On pourra toujours du haut d'un maigre confort,

Regarder l'autre comme un ennemi


« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »


Leur crise crée notre misère.

Leur crise nous fait ombre parmi les ombres.

Leur crise est notre joug

Leur crise est le boulet et la chaine de notre esclavage.

Il est temps de ne plus accepter de vivre ainsi.

Il est temps de briser les chaines.

Ce pays fut si beau lorsqu’il était libre.

Il n’est plus qu’ombre au tableau de chasse

Des barbares d’un nouveau genre

Qui émargent au CAC 40 et dominent de leur bêtise

Nos ombres hésitantes et nues dans le froid 


« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »


Il est temps de dire non.

Vient le temps du refus.


Xavier Lainé


17 décembre 2020


dimanche 3 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 17

 




« À long terme, les riches ne garantissent pas leurs intérêts et ceux de leurs enfants s’ils règnent sur une société en voie d’effondrement, ils s’achètent seulement le privilège d’être les derniers à mourir de faim. » (Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


Mais peut-être laisserez-vous de nouveau s’installer ce qui n’est pas un choix.

Au lieu de décider du meilleur, vous serez devant le dilemme : la peste ou le choléra.

Vous resterez au milieu du gué pour ne pas avoir à choisir. Demeurant dans cette immobilité vous laisserez l’une et l’autre pathologie gangrener lentement le territoire de nos libertés.

Ils vous affameront, les barbares assoiffés d’argent.

Ils vous mèneront au suicide.

Vous irez dociles sur ce chemin.


Regardez donc où nous en sommes.

Contemplez l’absurde réalité et l’enfumage permanent.

Le mensonge devenu la règle.

Du moment que les barbares puissent étendre leur nuit sur le monde, ils vous feront gober toutes les sornettes.

Le fiel de leurs discours est de vous faire passer vessies pour lanternes.


Lorsqu’un pouvoir devient déconnecté du réel, aveugle et sourd à toutes plaintes, le plus simple ne serait-il pas d’en liquider le commerce ?

Qu’attendons-nous donc ?

Combien de morts sur nos rives, sur nos trottoirs envahis par l’hiver, dans le silence de nos demeures devenues proies des sourdes convoitises.

Car les barbares, voyez-vous, vous arracheront vos tripes s’ils peuvent en tirer quelque profit.


Xavier Lainé


16 décembre 2020 (2)


samedi 2 janvier 2021

Entre crépuscule et aurore 16

 




« La compétition pour le prestige fait rarement bon ménage avec la vision à long terme.

L’immersion de l’élite dans la société oblige les dirigeants à être conscients des effets de leurs actions. » 

(Jared Diamond, Effondrement, éditions Gallimard, 2006)


C’est si long, une nuit de la pensée.

Si long lorsqu’on a vu vers où se dirigeaient nos pas et que la nuit s’étend.


Mais comment avez-vous pu ?

Comment avez-vous pu ne pas voir ?

Voir ce qui allait venir !


Etiez-vous subjugués à ce point.

Si perverse la parole qui ne dit rien de ce qu’elle dit !

Nous voilà dans une nuit qui dure.

Et c’est interminable une nuit qui dure.

Qui éteint peu à peu tous nos rêves.


Un couvercle posé sur nos mémoires.

La flamme vacillante de l’art soufflée de lèvres de maîtres.

Les braises de ce qui fut ne sont pas encore éteintes.

Ils pissent dessus avec allégresse.

Ils rêvent à l’extinction de toute espérance.


Que peuvent encore les mots lorsque le poids pèse tant sur nos lèvres cousues.

J’affrète le navire des pensées, il se heurte aux récifs de la médiocrité.

Comment pouvez-vous faire comme si vous ne saviez pas ?

Et demain où serez-vous lorsqu’il faudra choisir ?

Hésiterez-vous encore à soutenir la maigre flamme ? 


Xavier Lainé


16 décembre 2020 (1)