mercredi 23 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 6

 




Tu vis ou tu fais semblant ?

Ce serait quoi, vivre, pour toi ?

As-tu une idée, même minuscule, du monde qui serait tien ?

Un monde qui te permettrait de vivre pleinement ?

Ce serait quoi, pour toi, vivre pleinement ?

Ce serait quoi, dis, ce serait quoi ?


De quels rêves te souviens-tu ?

T’arrive-t-il encore de sentir ton esprit errer à la surface de ce temps glauque, partir vers un ailleurs respirable ?

Que serait un monde respirable, pour toi ?

Que serait un monde libre pour toi ?

Juste un monde qui te permettrait de consommer jusqu’à l’ivresse ?

Un monde où il ferait bon aimer et s’aimer librement, sans la crainte des jugements ?

Un monde corseté et avide, qui te laisse épuisé à chaque crépuscule, douloureux en chaque aurore ?

Un monde qui te voit t’user au fil du temps et vieillir seul dans un établissement sans humanité ?


Ce serait quoi, ton utopie ?

Saurais-tu t’autoriser à t’en construire une ?

Ton monde utopique finit-il vautré devant des télévisions toujours plus avilissantes ?

Ton monde, se déclinerait-il en longs cortèges de caddies dans les supermarchés du désespoir ?

Ton monde te traiterait-il de « rien », de chose remplaçable, d’individus prêts à mourir car non « rentable » ?


Regarde donc celui-ci, aurais-tu encore la force de le regarder ?


Xavier Lainé


6 décembre 2020


Filigranes 106

 


J'aurais aimé vous offrir ici la version PDF de ce beau numéro de Filigranes qui paraîtra en version papier début janvier. Mais voilà, le culte de l'image étant roi, impossible de joindre le document : merci Blogger !

Si toutefois vous souhaitez vous joindre à la revue, la soutenir, vous y abonner, y écrire, c'est ici : Filigranes la revue

Et puis, si par hasard vous arriviez à vous la procurer, vous trouverez entre les pages un nouveau texte de votre serviteur, car heureusement, l'écriture, elle est un espace de liberté qui n'obéit à aucun confinement.

Xavier Lainé

23 décembre 2020


mardi 22 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 5

 




De quoi saurais-je être encore porteur en ce monde ?

Quelque chose a failli en nos vies.

Toute une génération incapable d’imposer l’autre monde dont elle rêvait.

Anéantis par le néant abyssal ouvert derrière nous, aurions-nous encore le moindre mot d’encouragement ?

Pardon aux enfants, pardon aux générations suivantes, à celles qui vont arriver, une fois notre dernier tour de piste effectué sous les huées.


Nous n’avons rien vu venir.

Nous avons manifesté sans rien voir.

Sans rien voir de l’héritage absurde ni des discours vains.

Marx et Engels érigés en dieux au panthéon de l’avenir, nous brandissions nos pancartes dans un monde figé d’avance.

Un mur se dressait et nous n’avions pas d’échelle pour voir au-dessus.


Nous sentions bien pourtant l’impasse et le mur.

Un jour, nous l’avons démoli, ce mur bien réel, sans voir qu’il n’était que le couvercle d’une boite de Pandore terrible.

Nous n’avions pas la hauteur de vue.

Il n’est resté que l’impasse.

Nous n’avions ni hauteur de vue, ni moyens de dépasser les outils propres à laver les cerveaux.


Nous avons brisé le mur.

Nous avons cru au symbole d’un homme noir entrant en Maison Blanche.

Nous avons avalé toutes les couleuvres d’un monde livré aux plus grossiers appétits.

Une génération s’est perdue dans les filets d’un nihilisme tournant à la farce.

À la farce si celle-ci ne se chiffrait en million de victimes.


Xavier Lainé


5 décembre 2020

lundi 21 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 4

 




J’ai entendu ta voix.

C’était lorsque mon regard croisait celui d’une lune descendante.

Il faisait beau, je t’assure.

Comment deviner les larmes du matin, dans un crépuscule radieux ?


J’ai entendu ta voix.

J’aurais aimé savoir t’ouvrir mes bras.

Je n’ai pas osé.

Je n’ose plus.

Trop peur de te froisser, de t’offenser.


J’ai entendu ta voix.

Elle coulait dans ma gouttière au lever du jour.

Elle tombait en fines gouttes sur les fenêtres de mon toit.

Elle roulait aux caniveaux d’un temps qui ne sait plus rien.

Plus rien de l’amour, plus rien de la douceur, de la tendresse, de l’insouciance.


J’ai entendu ta voix.

Il est si doux et tendre cet espace de nuit où laisser s’affairer nos rêves.

Il est si doux d’imaginer encore l’amour, debout dans le nu d’un petit jour radieux.


Je t’ai si souvent rêvée.

Je t’ai si souvent aimée.

Je t’ai si souvent, mais en rêves seulement, comblée.

Pour de vrai je n’ai jamais su.

Je me suis toujours replié sur mes doutes.


La vie s’est écoulée par désespérantes bouffées d’amour sans lendemain.


Xavier Lainé


4 décembre 2020


dimanche 20 décembre 2020

Résistance poétique - Acte 6

 

Qu'importe que le temps soit gris, si nos humanités s'affichent en cortège de poèmes.

C'est tout un territoire libéré dans l'envolée des mots.

Et s'il n'en était qu'un seul à s'arrêter pour lire, voici que la petite flamme du "non essentiel" reprendrait de sa vigueur.

Xavier Lainé

20 décembre 2020














Entre crépuscule et aurore 3

 






Entre crépuscule et aurore, contre quoi, quels fantômes te bats-tu ?

Te voici matin, marchant sous gelée profonde.

Te voici fourbu, brisé, en petits morceaux.

Est-ce ainsi qu’il nous faut vivre ?

Brisés, fourbus, en mille morceaux ?


Une lune tendre accompagne tes pas.

Mille moineaux s’égayent sur ton passage.

Une douleur lancinante te taraude l’épaule.

Trop de poids à porter, trop de colère qui couve.

Depuis si longtemps tu marches sur des débris de vie !


Puis vient le jour, me voici plus douloureux que vous.

Un soleil froid chasse les petites brumes.

Vous entrez, je ne tente même pas de faire semblant.

Le corps à corps s’engage, qui va triompher ?

Mes mains tentent de ne pas trembler.


Quelque chose se brise sans cesse en cette vie.

Quelque chose qui fait du poème un radeau.

Médusé je contemple mes mots suivre leur cours.

C’est comme un fleuve qui me rassure de sa continuité.

Mais qu’importent mes mots dans les laves de souffrance générées ?


Parfois je ne cesse de me déclarer impuissant.

De quel baume mes mains pourraient s’enduire qui vous soit soulagement ?

J’hésite en chaque aurore à franchir le seuil où vous apparaissez.

Je cultive mes mots à l’ombre de ce monde.

Je n’en suis pas et ne peux que mesurer ses effets délétères.


Xavier Lainé


3 décembre 2020


samedi 19 décembre 2020

Entre crépuscule et aurore 2

 







Nous aurions tant de chose à nous dire avant de disparaître !


Qu’attendais-tu, l’artiste, au sommet de la côte ?

J’étais parti distiller ma colère sur un sentier ensoleillé.

J’attendais du grand chêne qu’il me prenne entre ses branches.

Tu étais à ton poste, me regardant arriver.

Nous avons partagé nos mots de désespoir devant l’inhumanité qui s’étend.

Je te citais Rousseau, pour dire que je voulais encore croire au sursaut.


Nous aurions tant de choses à nous dire avant de disparaître !


Tant de choses retenues depuis tant d’années, qui mériteraient d’être dites, écrites, clamées.

Derrière les masques de l’absurdité, les regards vont en chemin de tristesse.

Les mots ravalés sous l’obligation de vivre sans visage perdent leur saveur.

Ils ne disent plus rien et doivent être criés.

Les nuits se font longues en ce territoire sans humanité.

Injecteront-ils le cocktail létal qui fera disparaître ce grand oeuvre qu’est la vie.


Nous aurions tant de choses à nous dire pour, tel phénix, renaître des cendres répandues.


Quelque chose de subtil qui tiendrait le fil de l’amour et de l’amitié dans un rayon de tendresse partagé.

Quelque chose qui tiendrait du soupir de soulagement d’avoir traversé la tempête et nous découvrir vivants.

Plus que jamais vivants.


Xavier Lainé


1er-2 décembre 2020