mercredi 16 décembre 2020

J'écris 1








J’écris toujours d’un lointain qui est mon refuge.

Si peu intégré au monde, je ne peux que m’en sentir éternellement exclu.

Je n’ai pas les voies, pas les codes, pas les diplômes, pas la certitude.

Je ne sais pas considérer ma pensée, mes écrits comme pouvant avoir validité.

Alors je creuse.


J’ai cru trouver le temps d’en finir avec un roman commencé depuis longtemps et abandonné, après avoir tenté sa chance auprès éditeurs qui n’en ont pas voulu.

Mais, rapidement, de procrastination en rejet au lendemain, mon esprit est parti ailleurs.

Enfin le temps, puisque la moitié de mon activité s’est évanouie.

Au point que, finalement j’apprécie ce mi-temps que je peux consacrer à rêver, écrire, lire et encore rêver.


Mes lectures ?

Les voilà qui ricochent à la surface d’ouvrages amoncelés sans trouver le temps de les aborder.

L’écriture ?

L’outil en est toujours ouvert, afin d’y déposer la moindre parcelle d’idée qui n’ira pas plus loin que la page ouverte au fin fond de l’ordinateur bourreau.


Je devais revenir aux carnets, mais lequel reprendre ?

Ils sont je ne sais combien, tous commencés, jamais finis.

Ils ne m’accompagnent plus.

Alors j’écris au mètre d’écriture.

Une écriture sans fin où je peux couper à loisir les morceaux qui pourraient avoir leur chance au-delà de ma pièce de confinement perpétuel.


Xavier Lainé


16 mai 2020


lundi 14 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 46

 




Rousseau, Jean-Jacques de son petit nom, vous connaissez ?

Faut le relire, de temps en temps, histoire de rafraîchir la mémoire.

Confinés, semi-déconfinés, déconfinés par des cons finis nous mettent la cervelle en déconfiture !

Alors voilà : petites piqures de rappel piquées chez l'ami Jean-Jacques.

"En politique, comme en morale, c'est un grand mal que de ne point faire de bien."

Et puis :

"Les anciens politiques parlaient sans cesse de moeurs et de vertu ; les nôtres ne parlent que de commerce et d'argent."

Vous en voulez encore, allez, une petite dernière pour passer une belle journée :

"On a de tout avec de l'argent, hormis des moeurs et des citoyens." (J-J Rousseau, in Discours sur les sciences et les arts)


Il y avait du monde à battre le pavé.

Il semble que la presse officielle, en Absurdistan du Nord, n'ait vu que les quelques casseurs de service, comme à chaque fois.

Ils n'ont même pas vu qu’un photographe, échappé aux geôles de leur copain Bachar et à ses bombes sur Alep, a été salement tabassé par la police aux ordres de sa seigneurie le stratège atmosphérique.

Quel bel emblème, après l'interdiction de vendre des livres pour un pays qui fut berceau des droits de l'homme.

Qui fut, seulement qui fut : c'est une histoire oubliée depuis longtemps.

Depuis si longtemps que je ne sais de quel nom serai encore affublé pour rappeler l'heureux temps de nos dignités et fiertés.


Le gouffre après tout ce temps est ouvert sous nos pieds.

L’ignorance crasse, la bêtise systémique font le lit du pire que nous aurions cru avoir définitivement chassé. Tant pis pour ceux qui avaient cru voter contre la bête immonde : ils en sont pour leurs frais !


Fin provisoire...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (4)


dimanche 13 décembre 2020

Résistance poétique - Acte 5

 

Une ville humainement constituée ne saurait vivre longtemps sans poésie.













Lettre du bord du gouffre 45

 




Vous verrez qu’ils vont nous jouer le scénario qui marche : duel entre peste et choléra, le grand retour ! Pris entre marteau et enclume de cette schizophrénie imposée, nous marcherons encore au pas cadencé de leurs immondes sérénades ?

J’abandonne, je m’en vais, marcher dans la colline, fuir la compagnie des hommes qui ont perdu toute humanité.

Pour la première fois depuis fort longtemps j’ai annulé tous mes rendez-vous. Je suis parti sur les sentiers tenter de recharger mes batteries à plat.

Leur crise s’incruste, fait de nous des jouets, chahutés au bon plaisir des sautes d’humeur adolescentes. L’immaturité gagne du terrain, la bêtise aussi.

Sur le sentier, en pleine forêt, combien étiez-vous à marcher avec masque vissé sur vos visages.

Jusqu’où devrons-nous supporter l’ignoble imbécilité ?


Je cherche.

Une petit fenêtre timide de jour, sous les branches du grand cèdre.

Un tout petit clin d'oeil qui déborderait sur ma page.

Mes bras s'ouvrent comme parapet pour que nul ne sombre en ces gouffres ouverts.

Un homme un seul, manipulateur lui-même manipulé, joue avec nos libertés qui ne sont toujours que provisoires si nous ne les défendons pas.

Le mot liberté n'a pas de valeur marchande dans la corbeille sordide qui lui servit de berceau.


Mes bras ouverts comme parapets ne feront jamais revenir personne.

Combien de misères répandues avant que le réveil sonne ?

Combien de sordides calculs pour enfoncer le clou de notre suicide collectif.

Des milliers manifestent qui ne sont encore que goutte d’eau dans l’océan des indifférences.


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (3)


samedi 12 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 44

 




"Moins on sait, plus on croit savoir." (Jean-Jacques Rousseau, Note 6 à son "Discours sur les sciences et les arts")


Un couvercle de nuages empêche les clartés d'automne de se réveiller.

Un couvercle contradictoire vient gangrené mots et pensées, sous les ordres d'un capitaine de pédalo.

Rousseau, au secours, reviens, ils sont devenus fous.


Les mots bouillonnent sous la pression d'un temps sans boussole.

Un temps de Nord perdu, d'esprits égarés.

Mes mains parfois s'épuisent à vous tenir hors de l'eau.

Mes mots envoient quelques bulles à la surface de vos silences.


J'aimerais tant voir vos sourires démasqués.

J'aimerais tant que vos yeux soient ardents et non éteints, comme harassés d'exister.


Ce qui couve en dessous de cette chape qu'ils voudraient de plomb a un parfum de révolte longtemps réfléchie.

Peut-être cette colère froide, lentement murie serait la galerie creusée sous les pieds des puissants pour qu'enfin ils s'effondrent ?


Un petit signe de jour obscur pointe son nez à ma fenêtre.

Combien cette nuit auront eu froid ?

Combien auront marché, sous l'oeil des étoiles, vers un accueil qui, le jour venu, et sans un regard des autorités, se révèlera illusoire.

De combien d'inhumanités serons-nous les témoins avant qu'enfin...


Avant qu’enfin nos yeux s’ouvrent, mais pas seulement, notre regard aussi.

Car c’est de lui que pourraient jaillir les étincelles de vie.


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (2)


vendredi 11 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 43

 



À Pauline 


Des mots et des gestes.

Une chorégraphie du silence juste ponctuée de rêves.

Demain, quelque part,

nous joindrons ciel et terre,

sous des yeux complices.


Quelque chose né de cet enfermement,

c'est comme un volcan qui couve 

sous les cendres de ce qui fut :

un monde qui n'attendra pas

qui jaillira dans la rue

entre les pavés de l'hiver.


L’hiver qui s’étend

L’hiver nous prend entre ses serres

L’hiver dure depuis si longtemps !


Certes ce serait bien

De semer poèmes au fil des chemins.

Ce serait bien de danser sur le rythme des mots

Que dans leur sarabande ils nous ouvrent la porte

Vers d’autres rêves, d’autres utopies

D’autres mondes

Bien plus beaux que ce monde fini.


Les arrogants nous assassinent, 

Il sont sans un regard

Vers la frontière où meurent des innocents


A suivre...


Xavier Lainé


30 novembre 2020 (1)


jeudi 10 décembre 2020

Lettre du bord du gouffre 42

 




Parfois, le matin, on rêverait de ne pas ouvrir les yeux pour ne pas voir le cauchemar dans lequel nous sommes précipités.

Tout semble se déstructurer, ce distordre sous le poids de décisions qui ne visent qu’à donner aux plus riches en demandant toujours plus aux plus pauvres.


Dans cette volonté farouche de « réformer », c’est toute une histoire  qui se délite, disparaît.

Notre histoire qu’il détruit avec acharnement.


Ici et là, on laisse entendre que ce stratège atmosphérique (et peut-être même stratosphérique) dominerait par sa bêtise.

Que nenni.

Ouvrons les yeux.

Nous avons affaire à une intelligence hors du commun.

Très mal utilisée certes, mais il a cette intelligence des pervers, l'adaptabilité du caméléon.

Il le dit lui-même mais à demi-mot : c'est une "vocation". Il se voit en "sauveur".


Il n'est que le fossoyeur de nos libertés les plus intimes, le démolisseur en chef d'une équipe dont l'intelligence ne dépasse pas les lignes comptables.

C'est une forme d'intelligence, savez-vous, que de faire perdre le fil à tout un peuple : un jour à droite, le lendemain à gauche, et la nausée pour tous dans les virages d'un esprit qui est conçu pour nous perdre.

Comme tous les pervers, il lui faut dominer, mépriser un jour, pour passer la pommade le lendemain.

Rien de plus que cette perversité que subissent hommes et femmes dans leur couple et qui conduit à des violences que le stratège fait mine de condamner alors qu'il les pratique.


Pour garder le cap et ne plus nous laisser tourmenter par cet esprit dérangé, le mieux est de ne plus rien suivre de sa "politique", et de préparer des lendemains qui sauraient chanter et nous enchanter.


A suivre...


Xavier Lainé


29 novembre 2020