dimanche 23 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 7

 



Mais qui : « ils » ?

Simplement ouvrez les yeux et voyez !


Pour ouvrir les yeux, faudrait encore être moins fatigués d’exister.


Quand on ne vit qu’avec la procuration des rêves.

Lorsque tendresse a pris depuis si longtemps la poudre d’escampette.

Que les nuits se font agitées sous la pression sociale.

Le matin te regarde passer, goguenard, avec tes yeux en papillotes.


Vous pouvez vivre ainsi, vous ?

Oserez vous encore appeler ça vivre ?


Mais je ne réponds pas à votre question.

Ils sèment terreur et désolation partout .

Ils sont hydre dont les multiples têtes émargent à la corbeille.

Non qu’ils aient volonté de nous exterminer.

Non.

Ils nous ignorent.

Ils ne voient plus, en leur aveuglement, que sans nous…


Sans nous ils ne sont pas plus que nous.

Sans nos mains et nos pensées, ils n’existent pas plus que nous.

Nous sommes leur faire-valoir.

Ils nous dédaignent à la hauteur de leur fortune.

Ils ne sont pas méchants, ils sont bêtes, fin saouls de bénéfices.

Ivres de leur fortune, ils ne voient plus rien de nos existences ordinaires.

Si vous leur disiez en quelle tragédie ils nous mènent, ils ouvriraient de grands yeux étonnés.

Ils n’imaginent même pas avoir de ce sang sur les mains.


Xavier Lainé


5-6 août 2020


samedi 22 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 6

 



On tue plus surement les gens par absence de tendresse que par tout autre procédé.

On tue, on ne cesse de tuer l’Homme en l’homme.


Regardez donc ce que nous faisons de nos espérances.

Qu’un vent mauvais passe et nous les jetons par dessus bord.

Elles errent à la surface des flots et nous restons sur le rivage, hagards et dépossédés.


Regardez donc ce que vous faites de nos vies.

Travaux dépourvus de sens et sens giratoire imposé sans issue de secours.


C’est à en crever de rage, savez-vous ?


Car du plus proche au plus lointain c’est comme si notre déshumanisation rampante était déjà anticipée.

Ils n’ont plus besoin que de la confirmer.

Nous ne nous embrassons plus, ne nous touchons plus, ne nous aimons plus.

Nous restons debout au bord du vide.

Nous attendons que falaise glisse et s’effondre pour disparaître sans un geste.

Ils ont creusé sous nos pas un abîme auquel nous avons contribué.

C’est tout juste si nous ne nous y jetons pas en chantant.

Nous parlons poésie au milieu de ce champ de ruines et de larmes.

C’est avec allégresse que nous accueillons leurs ultimes coups de feu.

Les cadavres s’accumulent sur leur route.

Ils envoient une infime poignée de secours et nous les encensons de l’avoir fait.

Nous ne regardons pas qu’ils furent à l’origine du crime.


Xavier Lainé


4-5 août 2020


vendredi 21 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 5

 



Alors me prend cette impérieuse colère.

Tandis que mes mots sortent de mes lèvres en murmure pour ne pas crier, je vous vois lever les yeux au plafond.

Serez-vous encore étonnés qu’en moi monte la vague, le tsunami ?

Je voudrais savoir hurler et être sûr que mon hurlement vous réveillerait enfin de votre stupide torpeur.

Je voudrais avoir des mots canifs pour trancher dans le vif de vos abrutissements médiatiques.

Je voudrais avoir la force de vous agripper et vous secouer jusqu’à ce que vous retrouviez vos esprits égarés.

Je voudrais.

Je n’ai que page blanche à noircir avec rage.

Je n’ai plus la force de secouer le monde.

Pourtant j’aimerais reprendre les mots de Maïakovski :


« Ça ose s’appeler poète

Et carcailler tout gris comme une caille !

De nos jours

Il faut

Muni d’un casse-tête

Fendre le crâne du monde ! »


Seriez-vous sensible au casse-tête ?

Seriez-vous capable d’entendre ces mots qui sont murmurés depuis si longtemps ?

Ils visent à notre libération des chaines tissées de mains de maîtres.

Ils visent à nous faire relever la tête.

Et vous qui faites semblant de ne rien entendre ni rien voir, vous baissez les yeux ou les levez au plafond lorsque les mots trouvent enfin chemin hors de mes lèvres.


Xavier Lainé


4 août 2020


jeudi 20 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 4

 



Nous ne savions pas !

Nous ne voulions pas savoir.

Ni reconnaître l’évidence.


On pourra toujours accuser les médias.

D’avoir lavé les cerveaux, répandu la bêtise.

On pourra toujours.

Ça ne retirera rien à la responsabilité collective.

Quelque chose se passe qui dépasse tout entendement.


Nous obéissons aveuglément à des ordres sans fondement sérieux.

Nous nous terrons chacun chez soi, la peur au ventre sans même nous l’avouer.

Nous réprimons nos désirs d’étreintes et de baisers sans savoir ce qu’il en est des contagions.

La seule visible est celle qu’engendrent médias mal intentionnés, bien peu alertes sur les dérives de ce monde.


Rien bien entendu sur les détournements d’argent sale qui empêchent toutes décisions d’allègement des conditions de vie.

Rien sur les liens étroits entre pesticides et cancers.

Rien sur les manipulations et les détournements d’information.

Rien sur les masques malhonnêtes posés sur les turpitudes des pouvoirs.

Rien.


Nous voici pieds et poings liés devant le gouffre ouvert sous nos pieds.

Nous fermons les yeux pour ne pas voir l’abime béant devant nous.

Demain, à leur commandement, nous avancerons d’un pas en niant en choeur qu’ils seront responsables de notre suicide collectif.

Nous sommes perdus mais paupières baissées nous allons à notre perte.


Xavier Lainé


3 août 2020


mercredi 19 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 3

 



J’arpentais les rues, mon paquet d’extraits de poèmes à la main, mon pot de colle dans l’autre.

Tâche bien délicate dans une ville aseptisée, qui ne laisse guère de place à la libre expression.

Rien : pas un mur, pas un panneau.

Il leur faut de l’aseptique, du propre et des citoyens muselés.


Le pire n’est pas là.

Le pire est que l’immense majorité accepte sans sourciller et obéisse.

On touche le fond, lorsque c’est le colleur de poème qui se trouve cloué au pilori et offert à la vindicte.

Il est donc devenu normal de se taire, de respecter les ordres les plus contradictoires, les plus pervers.


Ha ! Que ce virus a bon dos !

Il ouvre la porte à tous les abus de pouvoir !

Il ne laisse place à aucune contestation.

Même plus besoin de forces de l’ordre : l’auto-censure fait rage !


... (voir infra : https://latelierdupoete.blogspot.com/2020/08/resistance-poetiqueacte-2-2-aout-2020.html)


Posez-vous la question, mais pas trop longtemps.

Le temps nous est compté avant qu’ils en viennent aux ultimes barrières.

Gestes, distance, ils usent de tous les artifices pour tuer en nous l’humain à peine né.



Xavier Lainé


2-3 août 2020


mardi 18 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 2

 



Nous dirons que nous ne savions pas malgré les preuves et les larmes.

Il y en eut des larmes sous les coups et les répressions.

On a si souvent tort de ne pas être du bon côté de la matraque !

Pas la chance de naître riche et de sucer les actions au biberon.

Pas la chance d’être fils ou fille de gens au pouvoir.

Pas la chance.


N’être rien en pays où ils ont décidé d’être tout ne mène nulle part.

Surtout si, de concessions en compromis, tu marchandes ta vie au plus offrant.

Un jour, tu te réveilles avec le goût salé du sang sur tes lèvres tuméfiées.

Car ils savent se servir de toi, puis illico font disparaître le corps encore chaud.

Tu n’es qu’une variable d’ajustement de leurs bénéfices.

Une ligne maquillée dans leur comptabilité.


Mais il ne faut pas le dire, hein !

Il ne faut pas dénoncer la main qui te nourrit, t’habille, t’offre encore la chance d’avoir un toit.

Il ne faut pas dire les chaines et le joug.

Il ne faut pas dire le vinaigre déversé sur les plaies.

Rien souffler des mensonges d’Etat, des magouilles financières, des petits arrangements entre amis du beau monde.


Il ne faut pas dire et encore moins écrire.

À moins que tu n’ai trouvé le chemin pour parvenir à leur hauteur ou à peu près.

Mais que tu sois citoyen lambda, anonyme parmi les anonymes ne te donne aucun droit à dire, écrire, publier la honte que tu éprouves et ton écoeurement devant leur monde.


Xavier Lainé


1er août 2020 (2)


lundi 17 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 1



 

Il y aura toujours quelqu’un derrière quelqu’un pour tirer profit de l’histoire.

Parfois les mêmes qui appuient sur le détonateur et attendent patiemment dans leurs bureaux que le monde s’écroule.

Nous restons muets devant les faits, mais nous savons qu’un jour l’histoire elle-même nous demandera des comptes.

Nous ne pourrons plus nous taire.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Nos votes seront la preuve irréfutable de notre culpabilité.


Nous avons confié les commandes aux pires, pour ne pas être dérangés dans nos petits conforts douillets de bourgeois mielleux.

Qui pourra nier la chose obscène qui nous est arrivée ?

Combien de morts devant nos portes tandis que nous étions là à écrire, discuter de l’effondrement du monde, coudre, manger, faire l’amour ?

Combien de révolutions aurons-nous accomplies sous l’oeil amusé de nos surveillants, à grands coups de pétitions publiques sur les réseaux de Big Brother ?


Tombés dans le panneau, nous crierons encore que nous ne savions pas.

Nous aurons la mémoire sélective mais les preuves de la forfaiture seront déposées sur la table d’interrogatoire.

Nous pourrons toujours secouer la tête, l’évidence sera là.

Derrière chaque crime commis par le système entretenu par nos votes, il y aura un rapace qui caressera son porte-feuille d’actions.


Bien sur nous ne les aurons pas vu venir.

Ils sont sournois, ceux qui tiennent vraiment les commandes du pouvoir.

Qui tiennent les pouvoirs en place pour mieux préserver leur richesse.

Richesse forte d’argent sale, spéculation sur nos propres abandons.


Xavier Lainé


1er août 2020 (1)