mercredi 19 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 3

 



J’arpentais les rues, mon paquet d’extraits de poèmes à la main, mon pot de colle dans l’autre.

Tâche bien délicate dans une ville aseptisée, qui ne laisse guère de place à la libre expression.

Rien : pas un mur, pas un panneau.

Il leur faut de l’aseptique, du propre et des citoyens muselés.


Le pire n’est pas là.

Le pire est que l’immense majorité accepte sans sourciller et obéisse.

On touche le fond, lorsque c’est le colleur de poème qui se trouve cloué au pilori et offert à la vindicte.

Il est donc devenu normal de se taire, de respecter les ordres les plus contradictoires, les plus pervers.


Ha ! Que ce virus a bon dos !

Il ouvre la porte à tous les abus de pouvoir !

Il ne laisse place à aucune contestation.

Même plus besoin de forces de l’ordre : l’auto-censure fait rage !


... (voir infra : https://latelierdupoete.blogspot.com/2020/08/resistance-poetiqueacte-2-2-aout-2020.html)


Posez-vous la question, mais pas trop longtemps.

Le temps nous est compté avant qu’ils en viennent aux ultimes barrières.

Gestes, distance, ils usent de tous les artifices pour tuer en nous l’humain à peine né.



Xavier Lainé


2-3 août 2020


mardi 18 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 2

 



Nous dirons que nous ne savions pas malgré les preuves et les larmes.

Il y en eut des larmes sous les coups et les répressions.

On a si souvent tort de ne pas être du bon côté de la matraque !

Pas la chance de naître riche et de sucer les actions au biberon.

Pas la chance d’être fils ou fille de gens au pouvoir.

Pas la chance.


N’être rien en pays où ils ont décidé d’être tout ne mène nulle part.

Surtout si, de concessions en compromis, tu marchandes ta vie au plus offrant.

Un jour, tu te réveilles avec le goût salé du sang sur tes lèvres tuméfiées.

Car ils savent se servir de toi, puis illico font disparaître le corps encore chaud.

Tu n’es qu’une variable d’ajustement de leurs bénéfices.

Une ligne maquillée dans leur comptabilité.


Mais il ne faut pas le dire, hein !

Il ne faut pas dénoncer la main qui te nourrit, t’habille, t’offre encore la chance d’avoir un toit.

Il ne faut pas dire les chaines et le joug.

Il ne faut pas dire le vinaigre déversé sur les plaies.

Rien souffler des mensonges d’Etat, des magouilles financières, des petits arrangements entre amis du beau monde.


Il ne faut pas dire et encore moins écrire.

À moins que tu n’ai trouvé le chemin pour parvenir à leur hauteur ou à peu près.

Mais que tu sois citoyen lambda, anonyme parmi les anonymes ne te donne aucun droit à dire, écrire, publier la honte que tu éprouves et ton écoeurement devant leur monde.


Xavier Lainé


1er août 2020 (2)


lundi 17 août 2020

Sous le soleil d’août, vaine tentative de lucidité 1



 

Il y aura toujours quelqu’un derrière quelqu’un pour tirer profit de l’histoire.

Parfois les mêmes qui appuient sur le détonateur et attendent patiemment dans leurs bureaux que le monde s’écroule.

Nous restons muets devant les faits, mais nous savons qu’un jour l’histoire elle-même nous demandera des comptes.

Nous ne pourrons plus nous taire.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Nos votes seront la preuve irréfutable de notre culpabilité.


Nous avons confié les commandes aux pires, pour ne pas être dérangés dans nos petits conforts douillets de bourgeois mielleux.

Qui pourra nier la chose obscène qui nous est arrivée ?

Combien de morts devant nos portes tandis que nous étions là à écrire, discuter de l’effondrement du monde, coudre, manger, faire l’amour ?

Combien de révolutions aurons-nous accomplies sous l’oeil amusé de nos surveillants, à grands coups de pétitions publiques sur les réseaux de Big Brother ?


Tombés dans le panneau, nous crierons encore que nous ne savions pas.

Nous aurons la mémoire sélective mais les preuves de la forfaiture seront déposées sur la table d’interrogatoire.

Nous pourrons toujours secouer la tête, l’évidence sera là.

Derrière chaque crime commis par le système entretenu par nos votes, il y aura un rapace qui caressera son porte-feuille d’actions.


Bien sur nous ne les aurons pas vu venir.

Ils sont sournois, ceux qui tiennent vraiment les commandes du pouvoir.

Qui tiennent les pouvoirs en place pour mieux préserver leur richesse.

Richesse forte d’argent sale, spéculation sur nos propres abandons.


Xavier Lainé


1er août 2020 (1)


dimanche 9 août 2020

Qu'un philosophe meure...




À Bernard Stiegler, disparu le 6 août 2020


Qu’un philosophe meure à l’instant même où le monde entre en sa disruption, en son effondrement est tout un symbole.

Comme si les prévisions à court et moyen terme que l’esprit non inhumain peut encore produire se condensaient pour ouvrir les yeux du commun.

Mais serions-nous encore capables de cette ouverture sans proférer les thèses complotistes les plus scabreuses pour encore dédouaner les criminels visibles ?


Qu’un philosophe meure tandis que le monde vacille, entrant en l’apothéose de son implosion programmée, et voici qu’un matin, canicules et effondrements ne sont plus grand chose, sinon la preuve.

La preuve irréfutable que le problème n’est pas de se lamenter ou de brailler quelque discours pompeux de circonstance, mais d’y voir clair et d’agir, vite, puisqu’il en serait peut-être encore temps.


Qu’un philosophe meure, la presse et les médias en diront un instant le nom qui ne feront aucune relation avec les faits têtus dont nous voyons, année après année, qu’ils étaient largement prévisible à condition d’écouter, d’entendre et d’agir.

Les mots ne veulent rien dire lorsqu’ils sont braillés du beau milieu d’un peuple en souffrance.

Les mots ne veulent rien dire lorsque celui qui les braille porte en lui-même le poison de la rupture temporelle et de la démolition en règle des luttes historiques.

Que celui qui porte en partie, même indirectement, la responsabilité du crime aille pousser son coup de gueule parmi les victimes ne changera rien à l’affaire.

Il fallait entendre le philosophe avant qu’il ne meure.


Xavier Lainé


7 août 2020


dimanche 2 août 2020

Résistance poétique/Acte 2 (2 août 2020)



Mais voici que malgré les muselières,

Malgré la ville aseptisée,

Poèmes s’affichent en ultime acte de résistance.

Y trouverez-vous à redire ?


Si tel était le cas :

Posez-vous la question de votre liberté conditionnelle à venir.


Xavier Lainé


2 août 2020













Résistance poétique/Acte 1 (28 juin 2020)



C’est ici qu’ont fleuri
Sur les murs de la ville
Dix poèmes timides
Dix poèmes inattendus
Comme dix graines semées
Qui en attendent d’autres

Xavier Lainé

28 juin 2020











vendredi 31 juillet 2020

Aux pédants de l'inculture





Qui pourrait se proclamer « poète » sans commettre un outrage ?

On vit, et c’est déjà pas mal !


Que certains sachent mettre en mots la difficulté de vivre ne leur donne aucune supériorité : ils ne sont que des passeurs, des porte-paroles.


Tout le reste n’est que divertissement et hypocrisie : c’est ainsi que vont les bons bourgeois, à la grand-messe  de leur supériorité culturelle, cultivant, avec la bénédiction des puissants, le mépris de classe contre ceux qu’ils exploitent.


Xavier Lainé


31 juillet 2020