dimanche 28 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 3

 





C’est là que commence le désastre

Quand quelqu’un commence à dire

Je suis quelqu’un

Et à ce titre j’ai droit à

Au risque de léser le voisin

De marcher sur l’ami

De cracher sur sa femme

Ou sur son homme

Mais ce je suis quelqu’un

Et j’ai le droit de revendiquer

D’être premier sinistre

Parce que mon ego me le dit


C’est là que commence le désastre

Dans cette juxtaposition des ego

La vie commune n’étant plus que l’ombre

Des désirs individuels élaborés en lois définitives


Alors qu’à l’échelle de l’univers

Je ne suis qu’un électron perdu

Si je revendique d’être un soleil

Je risque d’être déçu

Et de rancoeur je jetterai l’opprobre

Sur mon voisin de palier

Sur l’autre qui n’a pas la même couleur de peau

Ni la même religion que moi

Ce sera de sa faute si

Et j’écouterai avec gourmandise

L’ego en chef d’un parti raciste

Qui va m’encourager dans cette épineuse jalousie


C’est là que commence le désastre

Dans cette vie dépossédée d’elle-même

Dans ce vertige de se croire monde

Quand nous ne sommes que des humains

Nés de cette tourbe avant d’y retourner

Pas grand chose au fond

Sinon à développer une prétention sans limite

À revendiquer une place exorbitante

Quand nous ne sommes que si peu


C’est là que commence le désastre

Dès cet instant fatidique 

Où je crois pouvoir me sauver seul

Au risque d’écraser les autres

Dans cette éthique sans morale

Qui dit qu’être quelqu’un

Se mesure à la boursouflure d’un porte-feuille


C’est là que commence le désastre

Et quand il a fait son entrée sur scène

Bien difficile d’en baisser le rideau


Regardez bien les masques qui tombent

Ils montrent le vrai visage des imbéciles

Qui se croient au-dessus du lot commun

Tandis que notre humanité se noie



Xavier Lainé

3 juillet 2024


samedi 27 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 2

 





Tu restes perplexe devant le jeu pervers

Faux chiffres alignés comme vérité

Matamores du pouvoir gonflant le torse

Lançant leurs invectives pour être premier


Tu restes perplexe devant la vie qui s’évanouit

Devant la foire d’empoigne cruelle

Où se jouent nos destinées comme aux dés


Tu restes perplexe


*


Tu restes là

Sur le bord de la route

Un flot de fatigue te submerge

Il faudrait t’arrêter

Il faudrait pouvoir t’arrêter

Mais tout n’allant que mal en pis

Tant pis

Tu restes là

Tu espères

Tu tentes encore de tes maigres pensées

Construire les digues 

Qui contiendraient les flots boueux

Tu restes là

Tu ouvres tes bras

Comme un sémaphore

Tu fais signes

Tu fermes les yeux

Une tendresse t’envahit

Tu voudrais ne plus les ouvrir

Pour ne plus voir

En quels cataclysme tu te sens emporté

Ta mémoire tourne

Elle tourne vite

Tant de visage tu aurais aimé sauver

Qui ont disparu corps et bien

Dans le désastre prévisible


*


Tu restes là

Sur la bord de la route

Ta soif d’amour est immense

Mais tout le monde passe

Sans un regard

Nul ne voit les petites larmes

Qui brillent au bord de tes paupières

Tu rêves

Assis là sur le trottoir

Que des bras s’ouvrent et t’emportent

Qu’ils t’offrent un nid de tendresse

Où enfin déposer ta fatigue d’exister

D’exister contre vents et marées

Qui toujours te poussent vers le large

Tu cherches dans la pluie de tes misères

Un port

Un havre

Où il ferait bon dormir

Dans l’insouciance retrouvée


Car sont ainsi nos vies depuis des lustres

Qu’il faut chaque jour tenter d’éviter les écueils

Se méfier des chausse-trappes

Tenter de s’éloigner des récifs

Qui ne font que se multiplier

Dans des vies trop courtes

Qui se terminent par fatigue

Parfois un peu trop vite

Parfois un peu trop brusquement

Vies qui n’en sont que le reflet

Réfugié dans des rêves inaccessibles


Tu restes là

Tu attends le geste improbable

Quand il vient il est fugace

Tellement éphémère

Que tu n’y crois pas

Serais-tu encore digne 

D’amour et de reconnaissance

Ce serait inespéré


*


C’est ça

Ce qu’il nous faudrait cultiver

L’inespéré

Qu’il s’insinue par toutes les failles du désastre

Qu’il en retourne la coque

Évitant à des milliers la noyade



Xavier Lainé

2 juillet 2024


vendredi 26 juillet 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 1

 





Dites-moi

Dites-moi qu’il est l’heure de se réveiller

Que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve


Dites-moi que le gris à ma fenêtre

N’est qu’un signe du climat

Qui ne saurait gagner nos âmes


Dites-moi 

Dites-moi que ce n’est pas possible

Que le pays des lumières s’éteigne à ce point


Dites-moi

Dites-moi que non

La fatalité n’est pas de mise

Que le brun se répand comme trainée de poudre

En l’esprit de ces gens égarés 


Dites-moi 

Dites-moi quelque chose

Quelque chose qui mettrait du baume au coeur

À l’heure où le pire est à la porte de l’Etat


Dites-moi que vous vous êtes trompés

Que vous allez corriger cette erreur

Cette tragique erreur

Dont il sera bien difficile de panser la plaie


Car ce qui était annoncé est là sous nos yeux

Le désastre est en marche



Xavier Lainé

1er juillet 2024