lundi 28 août 2023

Un été sur la Terre 4

 



XL-Un été sur la Terre



Trouver le temps

De m’assoir

À la terrasse d’un café

Lire le journal

Boire une bière

RÊVER


*


Faire fi de tout

Nul espoir de se prélasser

Sur cette Terre aride

Un été comme tant d’autres

Privé


*


Je me laisse emporter

Mes mains devancent vos soupirs

Toujours chercher 

Ce qui se trame

Derrière les maux

Laisser les mots partir

À la dérive des sentiments

C’est d’amour que se tisse l’été

Lorsqu’on se laisse voguer


Plus de vagues

En l’âme heureuse

Vivre encore un jour sur Terre

C’est goûter au plaisir

D’ouvrir les bras

Ne rien refuser de la douceur

Dans l’âpre et torride atmosphère


Un instant de fatigue passe

Mes yeux voudraient se fermer

Une sueur monte

Il ne faut pas



Xavier Lainé

4 août 2023



dimanche 27 août 2023

Un été sur la Terre 3

 



XL-Un été sur la Terre




Même pas de quoi

Même pas de quoi mouiller la chaussée

Arrêter le trafic

Le véhicule qui chaque nuit

Tourne en hurlant 

De toute la puissance de son moteur

Même pas de quoi

Décroiser les volets

Pour accueillir le gris

D’un ciel d’été hésitant


Même pas de quoi

Même pas mal

Même pas


Bien que

Même pas mal

Serait faux dire


Car sauf à m’en extraire

Il y a douleur de vivre

Lorsque l’Autre avec un grand A

Semble si difficile à comprendre


Mais peut-être

Est-ce miroir de mon âme tourmentée

Que l’Autre avec un grand A

Tend devant mon regard

Comme piège à mouche

Pour mes pensées en désordre


Même pas de quoi

Même pas mal

Même pas


Cependant s’étonner

De vivre un jour de plus

D’un été sur la Terre

Blotti en multiples indifférences


*


Je redécouvre Apollinaire.

Me délecte en ses alcools de mots.

Je sors de poèmes battus.

Lis avec plaisir les zones laissées dans la marge de la célébrité.

Etrange goût qui signe l’emprise : les poèmes que l’on me fit apprendre et réciter sont d’un formalisme profondément ennuyeux.

La « norme » est à l’unisson des petits esprits qui ne sèment qu’indigence où l’on devrait trouver les ferments créatifs de la révolte.


Un été sur la Terre : dans la torpeur orageuse les livres succèdent aux livres.

Leur compagnie est bien plus aimable que toutes les autres.


*


Parfois je voudrais savoir

Pirater les vies 

M’en approprier les codes

Avoir le choix 

Changer de vie 

Comme on change d’amour


Parfois je voudrais hisser

Le drapeau noir à tête de mort

Partir à la recherche d’une île

Où viendraient s’échouer

Par les feux de nuit sur la rive

Toutes les richesses

Que je laisserais aux requins


Je piraterai la beauté

Hacker invétéré des amours à la dérive

Je serai le plus redouté des corsaires

Errant entre deux eaux

Entre deux rives

Libérant de la gangue convenue

Toutes les folies de la création


*


Toutes ces vies qui se juxtaposent

Sans jamais se rencontrer

Chacun y allant de ses petites gloires

Déposant au vu de tous ses ultimes conquêtes

Vitupérant ici contre les incivilités des uns

Les inconséquences des autres


Toutes ces vies sous auto-surveillance

Qui savent au bon moment dégainer la capote

Pour se protéger de l’autre et de ses fougueux désirs

Toutes ces vies d’un été sur Terre

Qui se montrent en maillot de bain

Rayonnantes d’un bonheur vite évanoui


Étrange puzzle sous mes yeux ahuris

Dans mon esprit nostalgique d’un autre temps

Où la vie allait de son pas sans détours

Libre de s’habiller ou pas sans regard courroucé

Libre d’embrasser d’étreindre sans peur au ventre 

D’avoir commis l’acte irréparable d’un outrage

Aux normes d’un temps sans qualités


Chacun pose sa petite vie

S’imaginant atteindre le hors commun

Tellement hors commun

Que c’en est naufrage

Pour notre humanité commune



Xavier Lainé

3 août 2023


samedi 26 août 2023

Un été sur la Terre 2

 



XL-Un été sur la Terre



Un été sur Terre, et la nuit qui s’étend.

Puis écrire, une fois les soleil envolé.

Lire aussi.

Lire !


Lentement la ville s’éveille.

Sans conversations.

Juste le charroi des premiers véhicules.

Premiers d’une série qui ne s’arrêtera qu’au crépuscule.

Un été sur Terre, et quel été !


Soumis vont les véhicules sans pitié.

Les moineaux ce matin se taisent.

Entre deux passages motorisé, le silence gagne.

Pergolese en douces voix s’élève.

Un fragment de beauté pour accueillir le jour.

Je resterais blotti là, entre deux livres, écoutant le Stabat mater dolorosa, si ne m’étais engagé à.

Ne m’étais engagé à vivre une journée de plus sur Terre estivale, mais sans estive.


Un été sur Terre, et la nuit dispersée…


*


Un matin d’été sur Terre, un étrange silence pèse sur les épaules du quartier.

Se lever, ne pas regarder dehors, ne pas.

Se lever, ne pas écouter la radio, ne pas.

Ouvrir téléphone portable : y découvrir une avalanche de messages non lus.

À croire que certains n’ont que ça à faire, à penser : communiquer les articles lus, les pensées qu’ils évoquent.

MAIS VIVRE ?


Me diront la même chose : tandis que tu écris, que tu laisse tes doigts errer sur le clavier : VIVRE ?

Ce serait quoi, vivre sur Terre, un beau jour d’été ?


*


Un été sur Terre, marcher sur le bord d’une route, goûter la fraîcheur du matin, l’odeur des herbes après la rosée, l’ombre des chênes…


Un été sur Terre, dans l’ombre, me laisser emporter par présences amicales, à l’écoute d’un menu de mouvements longuement cuisiné.


Un été sur Terre, ressortir sous un soleil ardent, déguster un monde vide, dans les crissements de criquets.


Un été sur Terre, VIVRE !



Xavier Lainé

2 août 2023