samedi 10 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 24

 





Le temps à l’unisson des tristesses

Que deviennent enfants nus sous la pluie

Réfugiés sous des abris de fortune

Lorsque le ciel pleure

Je ne sais

Moi bien au chaud

Tandis que brumes et larmes s’écoulent

Le long des échines fourbues


Le temps à l’unisson des tristesses

Un flot s’écoule

Qui ne nettoie rien des violences

Rien des bombes et des missiles

Dont il ne faut plus rien dire

Lorsque fausse paix est déclarée

Sur le dos des innocents


Le temps à l’unisson des tristesses

Une vague emporte tout

De ce qui fut territoire 

Une vague de grossiers appétits

Qui spéculent sur la mort des uns

Pour toujours enrichir les autres


Le temps à l’unisson des tristesses

Les mots s’écoulent hésitants

Sur la page blanche d’un temps gris

Sous les paupières trop lourdes

D’avoir trop espéré en vain


Le temps à l’unisson des tristesses

Je vais les poches pleines à craquer

Dans l’espoir d’un souffle d’humanité



Xavier Lainé

24 novembre 2025


vendredi 9 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 23

 





Chaque jour demeurer là

À sentir par la fenêtre

Les vents contraires du monde

Qui entrent et me bousculent


Chaque jour demeurer là

Agiter mes doigts sur un clavier

À écrire des choses inutiles

Car impuissantes à changer 

L’ordre d’un monde


Chaque jour demeurer là

Écouter et me laisser envahir

Par les chants du monde

Qui partout sont porteurs

De sourdes et longues plaintes


Chaque jour demeurer là

À danser d’un pied sur l’autre

À entendre et répondre

Aux demandes incessantes

D’aide et de secours


Chaque jour demeurer là

Parfois chancelant 

Dans le crépuscule 

Avec quelques larmes

Pendues aux paupières

Qui s’écoulent en silence


Chaque jour demeurer là

Dans le silence d’un monde

Qui dort sur ses deux oreilles



Xavier Lainé

23 novembre 2025


jeudi 8 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 22

 





Ce sont trois noms 

Gravés dans la pierre

Érigée entre église et mairie

Au village des quarante vents


Ce sont trois noms

Jeunes encore

Sacrifiés dans les tranchées

Où le mythe national

A trouvé raison de vivre

Sur les cadavres amoncelés


Ce sont trois noms

Qu’on célèbre une fois l’an

Puis qu’on oublie

Pour passer à autre chose

Aux vicissitudes de la vie

Qui ne cesse d’aller

D’une guerre à une autre

Pour des intérêts privés

Qui se rient de la misère


Ce sont trois noms

Entre trente et trente quatre ans

Qui donnèrent leur vie

Pour un monde indifférent

Dont certains encore aujourd’hui

Voudraient nous faire porter 

L’affront et la souffrance


Ce sont trois noms

Qui de guerre lasse en guerre froide

Tremblent au son des obus



Xavier Lainé

22 novembre 2025


mercredi 7 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 21

 





Il faudrait être partout

Multiplier les bras

Démultiplier les sens

Entendre tout ce qui se dit

Lire tout ce qui s’écrit

Il faudrait être deux ou trois

Ou mille pour appréhender le monde


Il faudrait écrire à plusieurs mains

Une symphonie de mots

Tissés dans les fibres intimes

D’un monde qui ne cesse de se perdre

Dans le sang des innocents

Dans leurs pleurs aussi

Tandis que pas loin on s’amuse


Il faudrait savoir être

À la fois dans et hors système

Pour diffuser la parole des humbles

Ne pas tirer couverture à soi

Tirant vaine gloire

De ce que les doigts posent

Sur la page du petit matin


Il faudrait avoir un coeur

Plus grand que celui donné

Qui puisse recevoir

Toutes peines et tous chants

Dans un immense geste d’amour

Sans rien ni personne exclure


Il faudrait humblement 

Se regarder si petit et si faible



Xavier Lainé

21 novembre 2025


mardi 6 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 20

 





J’écris en creux

En résonance

Entre les pages

Entre les lignes


Écrire c’est mesurer

Ce qui nous sépare

Ce qui nous éloigne

Ou nous rapproche

Sans jamais atteindre

Ce que nos rêves fomentent

Qui trop souvent se fracassent

Contre le mur du réel


J’écris de ce temps là

Celui qui ne cesse de dresser des murs

Entre fausses religions

Tandis que la vraie

Dont le dieu est un veau d’or

Se cultive en mystérieuses corbeilles

Dans les vociférations 

Des trafiquants de fortune

Amassée sur le dos des innocents


J’écris de ce temps là

Un temps qui donne le mal de mer

Ou de terre

Où il est impossible de s’imaginer

Un monde heureux

Sans s’attirer les foudres

Des fous de guerres et de sang

J’écris dans ce creux de l’histoire

Dont nul ne sait encore comment sortir



Xavier Lainé

20 novembre 2025