jeudi 8 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 22

 





Ce sont trois noms 

Gravés dans la pierre

Érigée entre église et mairie

Au village des quarante vents


Ce sont trois noms

Jeunes encore

Sacrifiés dans les tranchées

Où le mythe national

A trouvé raison de vivre

Sur les cadavres amoncelés


Ce sont trois noms

Qu’on célèbre une fois l’an

Puis qu’on oublie

Pour passer à autre chose

Aux vicissitudes de la vie

Qui ne cesse d’aller

D’une guerre à une autre

Pour des intérêts privés

Qui se rient de la misère


Ce sont trois noms

Entre trente et trente quatre ans

Qui donnèrent leur vie

Pour un monde indifférent

Dont certains encore aujourd’hui

Voudraient nous faire porter 

L’affront et la souffrance


Ce sont trois noms

Qui de guerre lasse en guerre froide

Tremblent au son des obus



Xavier Lainé

22 novembre 2025


mercredi 7 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 21

 





Il faudrait être partout

Multiplier les bras

Démultiplier les sens

Entendre tout ce qui se dit

Lire tout ce qui s’écrit

Il faudrait être deux ou trois

Ou mille pour appréhender le monde


Il faudrait écrire à plusieurs mains

Une symphonie de mots

Tissés dans les fibres intimes

D’un monde qui ne cesse de se perdre

Dans le sang des innocents

Dans leurs pleurs aussi

Tandis que pas loin on s’amuse


Il faudrait savoir être

À la fois dans et hors système

Pour diffuser la parole des humbles

Ne pas tirer couverture à soi

Tirant vaine gloire

De ce que les doigts posent

Sur la page du petit matin


Il faudrait avoir un coeur

Plus grand que celui donné

Qui puisse recevoir

Toutes peines et tous chants

Dans un immense geste d’amour

Sans rien ni personne exclure


Il faudrait humblement 

Se regarder si petit et si faible



Xavier Lainé

21 novembre 2025


mardi 6 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 20

 





J’écris en creux

En résonance

Entre les pages

Entre les lignes


Écrire c’est mesurer

Ce qui nous sépare

Ce qui nous éloigne

Ou nous rapproche

Sans jamais atteindre

Ce que nos rêves fomentent

Qui trop souvent se fracassent

Contre le mur du réel


J’écris de ce temps là

Celui qui ne cesse de dresser des murs

Entre fausses religions

Tandis que la vraie

Dont le dieu est un veau d’or

Se cultive en mystérieuses corbeilles

Dans les vociférations 

Des trafiquants de fortune

Amassée sur le dos des innocents


J’écris de ce temps là

Un temps qui donne le mal de mer

Ou de terre

Où il est impossible de s’imaginer

Un monde heureux

Sans s’attirer les foudres

Des fous de guerres et de sang

J’écris dans ce creux de l’histoire

Dont nul ne sait encore comment sortir



Xavier Lainé

20 novembre 2025


lundi 5 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 19

 





Tandis que tout le monde dort

On assassine en secret

C’est vieux comme ce monde

On assassine en secret


Tandis que tout le monde dort

Fait de beaux rêves

Dans un monde prétendu douillet

On meurt de froid

Sur les belles avenues


Tandis que tout le monde dort

Les mains tremblantes se multiplient

L’indifférence est reine

En royaume des hypocrites


Ne faites rien braves gens

Discutez sagement

De vos petites économies

Que vous importent les famines

Vous dormes sur vos deux oreilles


Tandis que le monde dort

Palestine disparaît

On crève au Soudan

En Ethiopie on a faim

On meurt au Gabon 

En Méditerranée

Le cimetière marin n’a jamais si bien porté son nom

Mais vous dormez


Faites attention au réveil

La douleur pourrait vous attendre



Xavier Lainé

19 novembre 2025


dimanche 4 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 18

 





Il me faut tout lâcher

Garder une peu l’oeil

Sur ce qu’il reste d’humanité

Pour que tout ne sombre pas


Il me faut tout lâcher

Lâcher la bride des mots

Et tant pis si ce que j’écris

Finit par tourner en rond

Puisque ce monde que je n’ai pas voulu

Ne cesse lui de se retourner contre


Contre toutes les âmes blessées

Une fois les idées sinistrées

Les pensées encloses

Dans le cercle restreint des initiés


Il me faut lâcher la bride

Lâcher mes mots au vent froid

Puisqu’enfin il vient caresser

De son souffle les ultimes feuilles

Je les mets en tas

Mes mots comme les feuilles

Je les mets en tas et hésite

À y mettre le feu

Pour en disperser les cendres

Au fil des courants d’air


Pardonnez-moi ma tristesse

Pardonnez-moi 

De ne pas savoir me défaire

De ces visages d’enfants

Dont la vie démarre dans les ruines



Xavier Lainé

18 novembre 2025