jeudi 27 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 11

 





Incroyable méprise

Brouhaha permanent

Tumulte entretenu

Égarement des esprits

Le mot peuple répété

En continu mais vide

Qui fait peuple

Qui s’y reconnait

Lorsque la vague du mépris

Ne cesse d’emporter chacun

Comme fétus de paille

Sur l’océan des connivences malsaines


Les puissants sont ainsi

Qu’ils festoient sur la dépouille

Des peuples asservis

Rendus impuissants et serviles


Les puissants aiment ça

Écraser toute pensée contraire

La passer sous silence

Pour éviter que le commun

Ne puisse s’en saisir


Ils divisent

Ils emprisonnent

Dans leur grande mansuétude

Parfois libèrent au compte-goutte

Quelques prisonniers

Et contemplent du haut de leur siège

La liesse qui accompagne ces libérations

Sans que rien ne change des oppressions

Sans que rien ne bouge dans les fondements



Xavier Lainé

11 octobre 2025


mercredi 26 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 10

 





Je creuse

De livre en livre je creuse

Dans les livres lus

Dans les livres écrits

Je creuse

Je ne sais quoi trouver

Sinon poser pierre après pierre

Un édifice de papier

Qui témoigne 

Du monde qui n’est pas mien

Avant de tirer révérence

Lorsqu’heure s’en sera venue

Je creuse

Impossible de faire autrement

Creuser toujours

Pour chercher le trésor enfoui

De notre humanité enfuie

Creuser

Ouvrir un labyrinthe de mots

Dresser une pyramide d’ouvrage

À la mémoire de ce qui fut

À celle de ce qui est

Pour ce qu’elle pourrait être si

Si à force de creuser

À force de porter témoignage

Je savais participer

À un autre monde

Où il ne serait plus besoin de creuser

Les abris pour que culture survive

À l’abri des bombes et des fureurs

Plus besoin de creuser

Un monde où connaissance

Serait en libre accès et circulation

Parmi humains curieux d’apprendre

À vivre ensemble 

Sur terre réconciliée

Une terre d’accord profond

Entre qui je suis et qui tu es

Dans le respect de nos différences


En attendant je creuse

Je balise

Je consolide

Cette Babel de livres

Qui tous abondent

À la nécessaire connaissance

Pour tenter de comprendre

De tirer leçons

Pour qu’enfants demain

Ouvrant la porte 

Puisent le profond bonheur

De plonger à leur tour

En cet océan de savoirs

Qu’humains ont accumulés

Malgré ceux

Inhumains cramponnés à leur pouvoir

Qui ne cessaient d’en démolir l’ouvrage

D’en saborder l’architecture


En attendant je creuse

De cet antre de mots

Je dresse une stèle particulière

À tous les enfants sacrifiés 

De tous les siècles et d’aujourd’hui

Dans les génocides répétés

Dont nous connaissons mobiles et acteurs

Je creuse pour que les crimes un jour 

Ne soient pas seulement punis

Mais que leur condamnation soit utile

À grandir en humanité



Xavier Lainé

10 octobre 2025


mardi 25 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 9

 





Sommeil peuplé de mots

Sommeil peuplé de chants

Sommeil peuplé mais absent


Absent car trop peuplé de rêves

Absent car trop fécond en pensées

Absent car insatiable de mots

Absent car affamé de connaissances


Connaissances abondent dans la nuit

Connaissances pullulent dans un concert étoilé

Connaissances jamais si abondantes

Qu’en temps de disette de la pensée


Disette

Peuples affamés à la dérive

À la dérive de la faim orchestrée


On dit que les bombes vont arrêter

Leur pluie incessante sur les têtes innocentes

On dit


Qui peut y croire 

Quand haine hante les bouches dirigeantes

Toujours affamées de terres de pouvoirs et de richesses


Qui peut les croire

Sinon ce cri du coeur

Qui est cri de liberté


Qui peut croire 

Encore quand les dieux ne sont plus conviés

Qu’à constater les crimes commis en leur nom



Xavier Lainé

9 octobre 2025


lundi 24 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 8

 





Les mots tout à coup sont vides

Ils n’arrivent plus à trouver leur chemin

Il faudrait déverrouiller les paupières du monde

Pou qu’il regarde en face ce que tyrans font

Qui contribue au désespoir d’exister


Les mots tout à coup sont vides

La page perd de son attirance

Sous les coups portés à ce qui fut l’espérance


Il ne reste que symbole à brandir

Pour garder encore mémoire

Des supplices infligés


Tu restes les bras ballants

Ne sachant sur quoi les refermer

Ni sur qui à l’âme sensible


Ton coeur bat

C’est que tu es vivant

C’est que les gouffres ne se sont pas refermés

Sur ton échine fourbue


Ton chant monte dans la nuit

Un carillon d’étoiles borde ton lit de mots

Tu veilles encore un peu

Sans trop savoir sur qui et sur quoi 


Tant de vies défaites tandis que tu pleures

Tant de vies qui auraient pu être sauvées si

Si tu avais su tendre mains et porter aide

Si tu avais su te joindre à la flottille des libertés

Interceptée en eaux libres par les fossoyeurs 



Xavier Lainé

8 octobre 2025