lundi 10 novembre 2025

Une autre nef des fous 24

 





Vieux routier de l’écriture.

Tu ne fais pas le poids.

Tu n’as pas fait les grandes écoles.

Tu n’as pas été baroudeur autour du monde

Tu n’es pas dans les petits papiers.

Anonyme tu te glisses par effraction dans un milieu qui n’est pas le tien.

La place désormais est fermée à toute autre projet que celui qui se construit en des lieux capitaux, dans des écoles qui te donnent le permis d’exister.


Certes

Tu te demandes ce que tu fais là

Avec tes maigres livres et ton bagage de bric et de broc

Tu es l’éternel passager clandestin sur un porte-avion, sur des navires qui brillent

Toi tu demeures dans les cales

Tandis que sur les ponts on se congratule

On découvre des mondes dont on parle

On en parle


Et si ces mondes découverts méritaient eux aussi la parole

S’ils pouvaient venir nous dire

Ce que ça fait d’être méprisé

D’être clochardisé

Réduit aux banlieues d’une culture

Inaccessible


Inaccessible

Me voilà autochtone

Indien ou arabe

Sans parole devant le spectacle de la parole usurpée

Abasourdi devant la pensée coloniale

Certes pas toujours brutale mais toujours entre les lignes



Xavier Lainé

24 septembre 2025


dimanche 9 novembre 2025

Une autre nef des fous 23 bis

 





C’est de continuité dont il me faudrait parler.

Des conquêtes de Rome au génocide à Gaza, en passant par les guerres en tous genres pour des histoires de territoires qui n’appartiennent à personne sinon à ceux qui y vivent ;

De la répression sanglante des révoltes paysannes en Allemagne au bain de sang qui mit fin au rêve de la Commune ;

De la boucherie de 1914 à l’holocauste de 1940 ;

Des rois absolus décidant de vie et de mort aux dictateurs de toutes espèces, croyances et idéologies ;

C’est de continuité qu’il me faut parler.


Ce que je dis ne sort pas de rien.

Il me faudrait vous faire une bibliographie des livres qui s’empilent ;

Des livres qui dénoncent et d’autres qui à leur corps défendant cautionnent ; 

Des livres qui racontent et d’autres, documentés qui énumèrent ;


Je n’invente rien.

Je dis que nous vivons dans ce que certains nomment civilisation ;

Quelque chose qui y ressemble ;

Quelque chose qui en a eu l’air mais qui porte en elle-même les germes pathogènes qui présidèrent à sa fondation ;

Je n’invente rien, je tire les fils de ce monde qui refuse de regarder au miroir de l’histoire les traits hideux dont il porte à jamais l’empreinte.


Car lorsqu’on dresse la liste des morts, 

« Les morts pour rien

Les pauvres cons de morts 

Les morts de mort déshonorée »  (Jean Proal)

On oublie singulièrement les broyés sous les lourdes bottes de cette « civilisation » : ouvriers morts au travail, soldats disparus dans les tranchées de l’enfer, peuples génocidés qui ne demandaient qu’à vivre ; continuité du crime, bien vite effacée des manuels d’histoire.



Xavier Lainé

23 septembre 2025


samedi 8 novembre 2025

Une autre nef des fous 23

 





Je ne cesse d’embarquer sur des Santa Maria de mots

Je ne voyage qu’à fond de cales

Je fuis la gloire des huniers

La lumière du premier pont

À l’abri des réserves je plonge avec boulimie

Ma soif est intarissable

Mais toujours un ouvrage en appelle un autre

Et toujours c’est remise en question de mes propres vérités


Je ne cesse de m’embarquer

D’affaler les voiles de la raison

Pour mieux laisser émerger

Ce flot impétueux 

Qui vient toujours contredire

M’ouvrir à ce que les hommes font

Dès lors qu’ils oublient d’être ouverts

À la contradiction solennelle

Qui est invitation à la prudence

Contre l’emportement des dogmes


Je traverse ainsi temps et espace

Je ne m’arrête jamais

Chaque port est une invitation

À pousser plus loin le voyage

À creuser l’histoire de cette misérable humanité

Dont une partie s’arroge le droit de triompher

Tandis que l’immense majorité se noie


Les résistants de la première heure avaient raison

À l’heure de mes doutes

Ils me poussent à me mettre en quête

Pour mieux comprendre les tragédies

Les drames façonnés de mains dominantes



Xavier Lainé

22 septembre 2025


vendredi 7 novembre 2025

Une autre nef des fous 22

 





Je traverse le flot des désastres

L’orage ne couvre plus les cris des enfants

Terrorisés sous l’avalanche des bombes


Tandis que vous étiez invités

À boire et manger 

Dans la musique assourdissante des inconsciences


Rien ne justifie la prétendue neutralité

Qui permet de cautionner le pire

En se donnant bonne conscience


Hypocrite monde

Dont les responsables se défaussent

N’assument pas la portée de leurs actes



Je fus témoin de tous les génocides

De tous les crimes commis au nom d’un système

Qui toujours se cache derrière sa bonne conscience

Je fus témoin 

Mes yeux ont vu les massacres et les répressions

Dont furent victime à toutes les époques

Ceux qui contestaient ce monde là

Ceux qui se prenaient à rêver d’un autre univers

Dont l’argent ne serait plus le dieu tout puissant

Planqué derrière d’autres divinités

Qui n’étaient qu’un masque posé

Pour ne pas nommer ce qui est

Pour faire disparaître de l’histoire

La longue liste des sacrifiés


Je fus témoin et le suis encore 



Xavier Lainé

22 septembre 2025


jeudi 6 novembre 2025

Une autre nef des fous 21

 






Ciao l’été qu’ils disaient

Et la fête prenait un effet étourdissant

Boire 

Boire encore et ne rien voir

Boire pour ne rien voir

Y aura-t-il pour un soir

Autant de cadavre de bouteilles vides

Que d’enfants morts à Gaza


Ciao l’été qu’ils disaient

Au nom de la neutralité

Détournez le regard

Ne dites rien de ce que le monde vous réserve

Lorsque tous les enfants auront été ensevelis

Que vous serez au premier rang

De l’absurde combat de tous contre tous


Ciao l’été qu’ils disaient

Claquer en une soirée

De quoi nourrir combien de familles

Qui voudraient vivre

Si on cessait de les bombarder

Pendant que vous dansez

Sur des airs rétro

Comme si le temps s’était arrêté

En vos années de jeunesse


Ciao l’été qu’il disait

L’édile assoiffé de pouvoir

À l’heure des pires déchirures

Que le monde puisse connaître

Plongeant l’humanité dans le gouffre amer

Des petits linceuls alignés sur une plage désertée



Xavier Lainé

20 septembre 2025