jeudi 6 novembre 2025

Une autre nef des fous 21

 






Ciao l’été qu’ils disaient

Et la fête prenait un effet étourdissant

Boire 

Boire encore et ne rien voir

Boire pour ne rien voir

Y aura-t-il pour un soir

Autant de cadavre de bouteilles vides

Que d’enfants morts à Gaza


Ciao l’été qu’ils disaient

Au nom de la neutralité

Détournez le regard

Ne dites rien de ce que le monde vous réserve

Lorsque tous les enfants auront été ensevelis

Que vous serez au premier rang

De l’absurde combat de tous contre tous


Ciao l’été qu’ils disaient

Claquer en une soirée

De quoi nourrir combien de familles

Qui voudraient vivre

Si on cessait de les bombarder

Pendant que vous dansez

Sur des airs rétro

Comme si le temps s’était arrêté

En vos années de jeunesse


Ciao l’été qu’il disait

L’édile assoiffé de pouvoir

À l’heure des pires déchirures

Que le monde puisse connaître

Plongeant l’humanité dans le gouffre amer

Des petits linceuls alignés sur une plage désertée



Xavier Lainé

20 septembre 2025


mercredi 5 novembre 2025

Une autre nef des fous 20

 






Je te lis Ziad Medoukkh

Je te lis et admire

Tant de beauté alors que les ruines s’amoncèlent

Toi tu cherches encore

La beauté dans le sourire d’un enfant

La vie qui palpite

Dans le fracas des bombes

Avec la faim qui vous tenaille


Je te lis Ziad Medoukkh

Lorsque tes mots apparaissent

C’est un signe 

Je te sais encore vivant

Tandis que tout s’écroule autour de toi


Je te lis Ziad Medoukkh

Que restera-t-il de tes mots

En cette nuit de grand fracas

Puisque les bourreaux ont annoncé

Envahir tout le territoire

Où survivent les enfants de Palestine


Je te lis encore Ziad Medoukkh

Tant que tes mots me parviennent 

Par la voie mystérieuse des ondes

Ici les gens vont s’endormir

Dans la paix provisoire de leur indifférence

Je ne sais ce que sera demain

En ton territoire pilonné sans relâche

Promis aux marchands 


Tes mots comme le génocide

Doivent sortir de l’ombre



Xavier Lainé

19 septembre 2025


mardi 4 novembre 2025

Une autre nef des fous 19

 





Je continue ?

Je continue : voilà ce qui vient sur ma table, livres et revues qui alimentent mon voyage.

Mon voyage dans le temps et dans l’espace de ma terre, celle qui sait se faire si belle lorsque des hommes ne viennent pas s’essuyer les pieds dessus.

Mon voyage au coeur même de notre aventure humaine qui ne cesse de jouer au funambule entre art et barbarie.

Il faut parfois creuser, suivre les méandres obscurs pour découvrir les trésors laissés, enfouis sous les décombres des temps passés.


Je continue ?

Je continue : car ceux-là qui ne cessent de déchainer leur haine ne savent que brûler la beauté sur le bûcher de leurs intolérances.

Sur celui de leur allergie profonde à la vie elle-même.

Ils brûlent et pillent tout ce qu’âme vraiment humaine sait semer pour que vie persiste et signe, sur ce caillou jeté dans un espace dont ils feignent d’ignorer qu’il est bien plus grand qu’eux.

Ils se croient grand mais la vie souterraine générée par un microbiote infiniment créateur est bien plus vaste que leurs misérables cervelles.


Je continue ?

Je continue comme eux autres continuent de bombarder des populations innocentes qui ne demandent rien d’autre que vivre.

Vivre ! Savez-vous ? Vivre ?

User de mots pour transmettre ce goût là, parfois amer, parfois rouge sang, parfois petite flamme vacillante sous le souffle de la mitraille.

Je suis d’un souffle bien plus fort que la misère infligée.

Je traverse sur mon vaisseau de mots les millénaires, j’entre et sort des prisons que ces misérables construisent pour y enfermer ce qu’ils ne peuvent accepter de voir : la vie des sans voix a bien plus de résonance sur cette terre encore vivante que leurs minables imprécations.

De génération en génération, je n’ai cessé de me trouver témoin de leurs exactions, usant de mots pour maintenir les yeux de leurs victimes ouverts.



Xavier Lainé

19 septembre 2025


lundi 3 novembre 2025

Une autre nef des fous 18

 






De toutes mes vies traversées, je n’ai cessé d’être témoin.

Témoin des antisémitismes venant des chrétiens suivis par les autres, trop souvent arrogants, au pouvoir.

Témoin des islamophobies qui ne cessent de tuer comme l’antisémitisme, comme l’homophobie, toujours sous couvert de la peur puis de la haine de l’autre au nom de croyances et de pouvoirs qui ne disent pas toujours leur nom.

Férus de dogmes on mena au bucher femmes trop libres, dites sorcières, contestataires en tous genres au nom de la bible et de la très peu sainte inquisition.

De vies en vies je fus témoin, je fus serviteur d’autres qui savaient bien mieux écrire que moi pour qu’ils puissent transcrire en livres les tragédies bien réelles que, jusqu’à aujourd’hui, on tait.

Il y en a, des experts en livres noirs, mais le seul livre noir qui n’existe toujours pas est celui qui ferait la litanie des morts au nom du fort peu recommandable capital.

Le voilà le dieu devant qui il convient de se prosterner pour échapper au bucher ou à un ostracisme silencieux.

C’est en son nom que sont considérés comme barbares ou arriérés toutes formes de cultures qui ne s’appuient pas sur les mantras du profit.

C’est en son nom que furent conduits aux camps de la mort, juifs et tziganes, homosexuels et opposants de toutes espèces.

C’est pour blanchir le très peu glorieux capital qu’on instaura des colonies un peu partout d’Amérique en Asie, d’Afrique au Magreb, qu’on installa ses anciens parias comme fer de lance de la grande gloire capitaliste en Palestine.

C’est miracle de l’imposture que d’en faire aujourd’hui le bras armé d’un occident qui s’imagine briller par ses conquêtes, omettant d’en révéler le prix en longue litanie de crimes.

Il ne faut pas dire, il ne faut pas écrire, il ne faut pas dénoncer ; il ne faut pas porter le keffieh accusateur, il ne faut pas troubler la quiétude des tyrans sur leurs yachts et dans leurs propriétés retirées du monde.

Il ne faut pas. C’est justement parce qu’il ne faut pas qu’il y a urgence à écrire.



Xavier Lainé

18 septembre 2025


dimanche 2 novembre 2025

Une autre nef des fous 17

 





J’ai vu mes amis Arawaks tomber, les uns sous le coup des fièvres, les autres sous les balles de mes compatriotes aveuglés.

Ils allaient au devant de leur mort avec la naïveté des enfants. Je tentais en vain de leur exprimer toutes mes craintes. Je les connaissais, ces marins avinés, assoiffés de sexe et de violence.

Je savais de quoi ils étaient capables, croyant avoir abordé dans la splendeur des Indes, se découvrant sur une île perdue en compagnie de ceux qu’ils considéraient comme des sauvages.

Je les savais capable du pire. Ils ne rêvaient, ces repris de justice abordant au nouveau monde, qui n’était nouveau que pour eux, que d’en découdre et de s’accaparer ces terres qui n’était revendiquées par personne, pas même par ceux qui y vivaient depuis des siècles.

Il leur fallait l’or et la possession des territoires. A cet usage, ils rendirent esclaves femmes et hommes encore vivants pour les faire travailler à chercher l’or et la fortune que ceux-ci méprisaient.

Pour mes frères Arawaks, la vraie fortune était dans leur connaissance de la nature, dans une vie en accord avec celle-ci qu’ils respectaient comme une divinité. Ils étaient à l’écoute de celle-ci avec un profond respect.

Ha ! Si seulement mes compatriotes avaient su respecter les lois que leur propre divinité leur dictait !

Mais de ce côté là, il n’était que dogme récité pieusement pour mieux en piétiner les valeurs une fois la messe dite.

Comprenez donc la surprise des mal nommés « indiens » devant le spectacle hideux de ces hommes capables du pire après confession.

J’ai vu ainsi mes amis du nouveau monde lentement s’éteindre sous les mauvais coups des maladies importées et de la violence sans limite de ces individus sans foi ni loi.

J’ai pleuré comme je pleure depuis devant les génocides qui se succèdent, comme s’ils étaient partie intégrante de ce monde de repris de justice qui ne connaissent de la vie que la grosseur de leur porte-feuille.

Cette gangrène venue d’Europe, je l’ai vue se répandre sur ce continent sans nom qu’ils nommèrent Amérique, convaincus de leur morgue dominatrice.



Xavier Lainé

17 septembre 2025


samedi 1 novembre 2025

Une autre nef des fous 16

 





Ceux qui hier pliaient sous la solution finale

Aujourd’hui en commettent une autre

Le crime toujours lui

Se poursuit dans le silence

Assourdissantes complicités


Ceux-là nés dans la tourmente

Rêvant d’une terre où se réfugier

Revendiquant celle déjà peuplée

Commettent à leur tour 

Le crime suprême

Celui de faire disparaître un peuple


Je suis là avec mes maigres mots

Mes mains qui tremblent chaque jour un peu plus

De ne savoir comment hurler de douleur

Devant la honte d’être de ce moment là

Honte d’être de cette inhumanité là

Qui ne dit rien

Qui vaque à ses petites occupations

Achetant aux rayons des super marchés

Les produits d’un pays

Qui commet un génocide


La nuit tombe sur mes mots

Un nuage de poussière envahit mon esprit

Mes doigts tentent de soulever le couvercle ignoble

Qui retombe sur les cris des survivants

Mes mots devraient se taire

Par respect pour ce peuple 

Qu’un autre raye de l’histoire

Même ça je ne peux pas

Me taire



Xavier Lainé

16 septembre 2025