mercredi 29 octobre 2025

Une autre nef des fous 13

 






Comment dire dans le flot des lectures ce qui vient, ce qui contredit le propos d’hier ou parfois l’alimente ?

J’hésite sur le seuil de la page. Un projet en tête qui ne sait comment sortir et se construire.

Revenir à cette histoire. Mais tout ne commence pas dans le choc culturel entre les malfrats de Colomb (colon ?). Lisant l’histoire de l’Algérie avant 1830, je découvre que l’esprit colonial était typique de Rome.

Grandeur et décadence de ce qu’on nous fait prendre pour civilisation quand ce n’est qu’oeuvre de domination d’un peuple sur les autres.

Rome fut expert en la matière, s’appropriant tout ce que la Grèce avait inventé pour s’en nourrir.

Rome ne fut sans doute pas le premier Etat à considérer ses voisins comme des barbares à civiliser.

Ne fut pas premier et en tous cas, l’histoire vient nous le montrer, pas le dernier.

Mais on nous dit que ce fut oeuvre de civilisation que d’exterminer tout ce qui ne fut pas grec ou latin.

À simplifier l’histoire, en la limitant à ses prétendus grands hommes qui ne furent pour la plupart que tyrans abominables, on greffe dans nos esprits un mythe : on nous parle de civilisation gréco-latine, aujourd’hui on nous assène une civilisation judéo-chrétienne.

Que ne ferait-on pas pour gangrener nos esprits et ceux de nos enfants en leur racontant des fables sans moralité.

Car le monde prétendu civilisé se chiffre en millions de morts sacrifiés pour la gloire des dieux, des empereurs, des dictateurs de toutes sortes, dans un effroyable carnage.

Il faut lire et relire des ouvrages fort peu prisés pour se rendre compte de la supercherie.

Sur les ruines de Carthage, on faisait ânonner aux enfants une histoire de gaulois qui n’ont jamais existé tels qu’ils étaient présentés et du bon roi St Louis venu mourir à Tunis au retour d’une croisade.

Pas un enfant ne pouvait se reconnaître dans cette histoire mais le ver de la ségrégation était introduit dans les jeunes fruits.



Xavier Lainé

13 septembre 2025


mardi 28 octobre 2025

Une autre nef des fous 12

 





Le choc et le chaos

Le chaos comme conséquence du choc

Les vies éparpillées

Sous l’impact de chocs et chaos

Les vies écartelées

Entre vague plaisir

Intenses nécessités


Le choc et le chaos

Écrire comme on pose

Des points de suspension

Pour dire que rien n’est jamais fini

Qu’il nous faut creuser

Puiser en vies éparses

La force encore de penser

Celle d’écrire

Sans chercher queue ni tête

Écrire décousu

Commencer sur une idée

Poursuivre sur une autre

Chacune en résonance

Avec la précédente et la suivante


Le choc et le chaos

Se disent en fragments épars

En fractures mal consolidées

En plaies mal cicatrisées

Qui se recouvrent à chaque instant

Dans les tiraillements du temps

Dans les pleurs trop vite enfouis

Dans les silences qui font mauvais suaire

Autour des corps encore vivants

Enfouis sous les décombres



Xavier Lainé

12 septembre 2025


lundi 27 octobre 2025

Une autre nef des fous 11

 





Bien sûr tout ne commence pas avec 1492.

L’adoption du droit romain fut aussi celle du droit de dominer et de coloniser.

La culture grecque considérait qu’il y avait les bons d’un côté et les barbares de l’autre : un autre versant de ce même esprit.

1492 est l’aboutissement d’un esprit blanc européen qui considère le monde comme sa propriété, sa religion comme la seule vraie, la Terre comme objet d’exploitation sans limite.

Le blanc européen a nommé indiens des gens qui n’avaient rien à voir avec l’Inde, a nommé Amérique un continent qui n’avait à voir qu’avec Amerigo Vespucci : une invention de cartographes blancs européens.

Car être blanc européen implique de mal supporter qu’une Terre n’ait pas de nom, ne soit pas possédée mais habitée.

Ce qu’était ce continent bien avant que les blancs européens ne l’envahissent et en fassent leur colonie, y envoyant leurs repris de justice pour remplacer les peuples premiers, décimés par maladies, guerres et misères.

Alors on fit commerce des noirs, on en fit des esclaves au service des mêmes blancs européens qui prétendaient à la supériorité de leur « civilisation » avec la bénédiction de leurs églises.

Tout esprit qui s’opposait à cette domination était passible des interrogatoires musclés de l’inquisition.


Coloniser les peuples premiers de toute la Terre comme les mâles blancs européens dominaient la moitié féminine de l’humanité.

Les femmes rebelles étaient vouées au bucher après procès en sorcellerie.

Certes la bienséance des siècles invita la population blanche européenne à glisser sous le tapis la malfaisance de son esprit.

Il vaut mieux ne pas parler de ce qui fâche et inculquer aux enfants, y compris miséreux la supériorité de sa couleur et de sa culture.

Buvez donc au biberon l’esprit de domination mâle et coloniale.

«  Nos ancêtres les gaulois étaient grands, blonds, aux yeux bleus », m’invitait-on à ânonner sur les bancs de mon école tunisienne : je regardai autour de moi, aucun n’avait un tel profil !



Xavier Lainé

11 septembre 2025


dimanche 26 octobre 2025

Une autre nef des fous 10

 





Je me suis blotti dans le nid des Arawaks

Non loin ils avaient construit un fortin

Mes amis tentaient de les aider

Leur laissaient nourriture

Nuitamment devant la porte

Ils se jetaient dessus goulument


Je me suis blotti dans le nid des Arawaks

Les uns après les autres

Mes compatriotes s’éteignaient

Pris d’un mal que mes nouveaux amis

Ne pouvaient connaître

Un mal qui ne tarderait pas à les atteindre


Je me suis blotti au nid des Arawaks

Un matin il n’y eut plus signe de vie

Au fortin des colons

Le mal commençait à se répandre

Au nid des Arawaks

Lorsque les colons revinrent

De leur lointaine contrée

Il ne restait presque plus personne

Dans la tribu de mes amis

Les colons s’en réjouirent

Je trouvai le moyen de m’enfuir

De ne pas me trouver nez à nez

Avec si tristes sires

Je partis me blottir

Au nid d’autres peuples

Que je vis s’éteindre du même mal

Les uns après les autres

Tandis que colons s’appropriaient leurs terres



Xavier Lainé

10 septembre 2025


samedi 25 octobre 2025

Une autre nef des fous 9

 





Je suis et ne suis pas

Parfois blanc

Très souvent d’une autre couleur

Qu’importe la peau

Quand on se veut humain


Je suis et ne suis pas

Me voici Arawaks

Me voici Palestinien

La mise à mort des uns

N’est que prémisses

De celle des autres


Je suis et ne suis pas

Je déambule au XXIème siècle

Ma mémoire prend racine 

Dans la nuit des temps

Je puise en la source

L’art d’apprendre 

De toutes les cultures


Je suis et ne suis pas

Qu’importe je vis et porte témoignage

De cet héritage tragique

Que blancs et fiers de l’être

Ont semé dans nos mémoires humaines


Je suis et ne suis pas

Nos noms se font impostures

L’Indien n’en est pas un

Amérique n’est qu’un nom d’emprunt

L’Israel sioniste n’est que tragique imposture

Au front des écritures



Xavier Lainé

9 septembre 2025


vendredi 24 octobre 2025

Une autre nef des fous 8

 





Il me faut ici revenir habillé en auteur. Mais qui est l’auteur sinon la multitude de ses personnages qui eux-mêmes, nourris au biberon des infinies lectures, ne cessent de changer de peau, de siècle, de se faire témoins d’un voyage commencé si loin qu’il devient difficile de comprendre clairement le lien entre hier et aujourd’hui et un futur qui ne cesse de se faire présent.


Je vais donc laisser mon personnage pour ancrer mon histoire dans un présent qui était écrit dans les événements où je l’ai laissé. Les Arawaks d’aujourd’hui sont Palestiniens mais pas seulement car ils ne sont pas les seuls à souffrir. En revanche leur situation est bien celle qu’ont pu connaître les Arawaks mais aussi les Hopis, les Cheyennes et autres Comanches : ils sont les témoins de cette barbarie qui prit son origine dans leur destruction. Il me prend à ce stade de mon histoire de rêver qu’ayant pris sa source dans le génocide des peuples de ce continent dont le nom fut imposé par les colons européens, le capitalisme pourrait rendre l’âme dans celui du peuple Palestinien.


Comment qualifier un système né dans l’horreur et l’abomination de la colonisations raciste et qui ne cesse depuis de mener le monde sous cette férule qui défie le nom même de notre humanité ?

Je quitte un instant mon histoire, mais je ne la quitte pas. Je suis celui qui constate la ségrégation fort bien admise dans le quotidien de son pays et le témoin de la colonisation de tous les temps, de toutes les cultures.

Nous sommes tous les passagers clandestin d’un voyage qui prend sa source dans la construction néolithique des dominations et qui se poursuit, assimilé au coeur même de nos idées et comportements, dans le crime, le mensonge, l’hypocrisie.

C’est toute la force d’un système que de falsifier sa propre histoire, tenant celle des autres, déclarés inférieurs, comme quantité négligeable pour l’avancée de notre humanité commune.


Je reviendrai demain ou un autre jour, aux aventures de mon passager clandestin, sans l’ambition d’en faire roman.



Xavier Lainé

8 septembre 2025


jeudi 23 octobre 2025

Une autre nef des fous 7

 





Bien évidemment, je ne m’étais pas embarqué sans quelques précautions : J’avais longuement étudié la culture indienne, la civilisation qui en était le berceau. Je savais ce que nous étions sensés découvrir en traverant l’océan.

Attirés par le seul sentiment de puissance et de richesses à conquérir, ceux avec qui j’embarquais n’avaient qu’un seul but : s’enrichir et rapporter à la couronne d’Espagne l’or et l’argent qui lui permettraient de dominer l’espace européen.

Comme je l’ai dit, j’embarquais clandestinement et c’est non sans émotion que j’entendis tomber du haut du hunier une voix qui annonçait que la terre était en vue.

J’attendis un peu et le vaisseau à l’ancre je profitai de la nuit pour fausser compagnie à mes compagnons de voyage qui ignoraient tout de ma présence.

Ils croyaient être parvenus en Inde. 

Me confondant avec la nature luxuriante qui m’entourait, je fus bien obligé de constater qu’il n’en était rien.

Seul et sans défense, je fus repéré par une tribu de l’île qui m’adopta. J’appris leur langue et sus ainsi que nous étions arrivés sur une île d’un vaste ensemble dont le nom retranscrit était Bohio, Quisqueya ou encore Ahatti.

Le peuple qui m’accueillait se dénommait Taïnos et faisait partie d’une grande famille nommée Arawaks.

Rien à voir avec les Indes. J’appris que laissant quelques membres de son équipage, Christophe Colomb, toujours convaincu par méconnaissance de l’Inde d’avoir découvert un versant inconnu de ce continent, était reparti annoncer sa découverte.

Les pauvres demeurés sur place étaient terrorisés par les « sauvages » qui s’approchaient de plus en plus étonnés de leur accoutrement d’armures et des armes bruyantes qu’ils possédaient.

Alors que mes nouveaux amis tentaient une ultime approche amicale, dans une bouffée délirante, un membre de l’équipage fit feu, ouvrant les hostilités.

Déchus de leur piédestal de dieux vivants venus d’un continent lointain, ils furent rapidement réduits à néant et, affamée, la petite communauté disparut en ne laissant qu’un espace confiné entre des remparts illusoires en rondins et de vagues huttes qui s’écroulèrent à la première tempête.



Xavier Lainé

7 septembre 2025