samedi 18 octobre 2025

Une autre nef des fous 2

 






C’est un étrange pays dont on ne parle qu’en termes ensoleillés : farniente et terrasse de cafés où siroter un pastis en contemplant le jeu de boule.

Clichés de carte postale à l’usage des consommateurs de tourisme.

On vous vante le pays de assorti du nom d’une célébrité locale, parfois nationale et le tour et joué !

Je ne suis pas de ce pays là.

Je suis d’un pays rebelle à toutes chaines ou laisses ou licols.

Itinérant depuis toujours, je ne suis pas venu là pour faire joli mais pour me souvenir d’une terre qui n’existe plus sinon dans l’imaginaire de ceux qui n’y vivent pas, ou qui y vivent avec l’intention d’en vendre les attraits au plus offrant (mais si possible avec large marge bénéficiaire).

Je suis d’un pays qui a disparu, qui ne parle plus une langue distincte sinon dans des célébrations « folkloriques » qui ne sont que l’ombre de ce qu’il fut, une vision qui n’a jamais existé.

Je vous parle d’un pays âpre et dur, aux esprits aussi rocailleux que les paysage qui le forgent.

En cet étrange pays, on pouvait autrefois être accueillis et en repartir, on pouvait même y avoir port d’attache sans pour autant y prendre racine.

Désormais, même après des années à y travailler au bien commun, à y créer une oeuvre posthume, on vous demande encore si vous êtes d’ici.

Mais qu’importent les racines à l’heure où le sort de l’humanité conduit tant de ses membres à devoir migrer, risquer sa vie pour sauver sa peau dans le désastre qu’une minorité d’humains (je ne sais si le terme est encore approprié les concernant, tant ils semblent avoir fait sécession du commun des mortels) sèment dans leur sillage au nom de leur domination coloniale.

Car ici, dans ce pays comme ailleurs, il y a ceux qui se montrent, cherchant la pleine lumière des feux de la rampe, qui veulent être de l’élite des élus ou réélus, et ceux qui sont dans l’ombre, dont l’existence est en elle-même un combat pour survivre avec les miettes laissées par les premiers.

On est bien loin du pays idyllique vendu sur les prospectus d’offices du tourisme, dans les festivals tenus et fréquentés par les premiers véhiculant une « culture » qui serait de bon aloi tandis que les « manants » seraient « incultes ».



Xavier Lainé

2 septembre 2025


vendredi 17 octobre 2025

Une autre nef des fous 1

 


Pieter van der Heyden / L'Ecaille naviguant/Open éditions PUR




C’est un jour d’automne qui accompagne les premiers pas d’une rentrée promise à la houle des colères.

Mais peut-être la pluie ici va en effrayer plus d’un.

Je vis en cet étrange pays où tout est prétexte à rester terré chez soi.

Ce qui n’exclut pas de maudire élus et responsables pour leur incapacité à répondre aux demandes non formulées.


Je vis en cet étrange pays qui s’en réfère toujours à des « élites ».

Auto-proclamées, elles aiment qu’on les place sur le piédestal de médias qui rêvent d’un public endormi.

Automne ne veut pas encore dire hibernation.

Mais dans cet étrange pays, il fait toujours trop chaud, ou trop froid, ou il pleut ou trop de soleil.

Un étrange pays où toutes les raisons sont bonnes pour regarder ailleurs.

Un pays où aller mal n’étonne plus personne.

Comment aller bien quand la reconnaissance tarde, que le salaire est en berne, que les relations sont tirées de colères ?


Je vis en ce petit pays replié sur lui-même.

Faute d’y proposer vie culturelle intense on se vautre sur canapés inconfortables et on attend.

Je ne sais pas ce qu’on attend mais on le fait, et on le fait bien.

On attend ou on distribue avec ardeur militante les prospectus venus de Paris.

Car on a bien lu François Villon : on sait qu’il n’est bon bec que de là-bas et que toute parole venue d’ici (que certain disent d’en bas, ce qui est vrai géographiquement mais pour le reste est douteux) est vouée au silence médiatique profond.

Il faut avoir fait ses preuves en ces lieux capitaux, briller dans les meilleurs maisons d’édition de la capitale (aux mains impures des oligarques masqués).

À défaut, on végète à l’ombre, condamné à CNEWS ou BFMTV jusqu’à la nausée.

Je vis en ce pays là dont il me faut expurger la tyrannie pour respirer.



Xavier Lainé

1er septembre 2025


mardi 23 septembre 2025

25 septembre 2025 : "Visible/invisible : l'art dans la ville"

 





Ateliers d'écriture gratuits de 10h30 à 12h et de 14h30 à 16h


Librairie Le petit pois

Place du Terreau
04100 Manosque
France

Les membres de la revue Filigranes et a librairie Le petit pois proposent un échange et un temps d’écriture partagé autour du thème « Visibles/invisible : l’art dans la ville »,  en résonance avec l’œuvre de l’artiste franco- arménien Jean Carzou et à l’occasion de la publication du numéro spécial de la revue consacré aux ateliers d’écriture tenus en 2024 dans le Centre Carzou.

Filigranes, revue d’écritures, est née de l’intuition qu’une écriture, pour éclore, a besoin de trouver des lieux d’accueil, de rencontre.  Chaque numéro est fabriqué collectivement au cours de séminaires publics.

Renseignements et réservation (2 ateliers de 10 participants) par SMS au 0643245561

lundi 22 septembre 2025

Filigranes spécial Carzou

 






En Septembre 2024, Filigranes fut invité à animer, pendant la festival des Correspondances, deux ateliers d'écritures sur le thème "Monde réel/Monde imaginé, à partir de l'oeuvre monumentale de Jean Carzou.

Ce fut l'occasion de découvrir, engager une relation avec ce travail, au premier abord difficile.

Mais voilà, ces oeuvres sont désormais pour un temps indéterminé enfermées derrière les lourdes portes de la chapelle qui les héberge.

L'idée d'un numéro spécial de la revue est venue dans le cours des ateliers d'écriture. Il en est en grande partie la restitution.

Le projet était d'en faire une présentation et de renouveler les ateliers en 2025.

Faute de pouvoir le faire sur place, la librairie Le Petit Pois nous ouvrira ses portes, jeudi 25 septembre, à 10h30 puis à 14h30, pour deux moments de partage et d'écriture sur le thème "Visible/Invisible : l'art dans la ville". Il est possible de s'inscrire par SMS au 0643245561.

Ce sera une occasion d'ouvrir les portes aux voix qui perlent en dedans, de se mettre à écrire même si parfois on imagine ne pas savoir le faire, de participer à un travail éditorial particulier qui vise à ouvrir un espace à l'écriture du commun.

Communs, communes, pour vous abonner, participer, vous pouvez trouver tous les renseignements utiles ici : Filigranes la revue

Au plaisir de vous croiser et de vous accueillir sur ce beau chemin des mots.

Xavier Lainé

Manosque, 22 septembre 2025

lundi 15 septembre 2025

Égarés nous sommes 31

 





J’ai les larmes du gardien d’Oradour

Fixées dans ma mémoire d’adolescent

J’ai les larmes d’Emile

Déporté à quatorze ans

Qui ne pouvait dormir sans lumière

J’ai les larmes des migrants 

Rescapés de la noyade

J’ai les larmes palestiniennes

Qui hantent mes nuits

J’ai les larmes de la misère

Qui ne fait que s’accroître

Tandis que d’autres

Ostensiblement

Ne cessent de s’enrichir


J’ai tant de larmes à accueillir

Dans ce monde qui chancelle

Qui regarde la terre trembler sous ses pieds

Les tsunami dévorer côtes et habitats

Comme si 

Comme si rien ne faisait présage

Comme si nul ne portait responsabilité

Comme si tout n’était que fatalité


J’ai tant de larmes à éponger

Sur les corps rompus

D’avoir trop travaillé

Jusqu’à épuisement 

Sans même un regard

Qui soit de compassion

Au moins ça

Compassion

À défaut d’organiser la révolte



Xavier Lainé

31 juillet 2025


dimanche 14 septembre 2025

Égarés nous sommes 30

 





Impossible de passer à autre chose

Impossible de tourner la page

Elle s’ouvre sans cesse

Sur les mêmes scénarios

Quelques inhumains

Assoiffés de pouvoir et d’argent

Usurpant le pouvoir

Ne le lâchent plus

Tant qu’ils peuvent détruire

Ce qui fait vie commune


Ils ont la haine au ventre

S’imaginent pouvoir posséder

Tout ce que terre contient et offre

À qui veut bien la cultiver en paix

Ils vont jusqu’à détruire la mémoire

Piller les oeuvres poétiques

Les réduisant au néant

Qui est leur univers


Impossible de passer à autre chose

Impossible de tourner la page

Elle s’ouvre sans cesse

Sur les mêmes scénarios

Elles reproduisent à l’infini

Ce contre quoi une vie durant

Je me suis battu

En criant

Plus jamais ça


Que silence soit fait sur les crimes

Que justice ne soit pas rendue

Voilà qui me glace le sang



Xavier Lainé

30 juillet 2025


samedi 13 septembre 2025

Égarés nous sommes 29

 





Combien d’âmes en peine

Combien de coeurs brisés

Combien de corps lacérés

Pliés sous le joug implacable


Combien d’esprits égarés

Combien d’enfants abandonnés

Combien de parents disparus

Sous les rafales aveugles


Macabre décompte qui ne dit rien

Rien de cette tragédie à ciel ouvert

Du charnier désolé


Triste comptabilité

Qui aligne vies enfantines

Brutalement arrachées à l’enfance


Ainsi va le siècle

Qui ne sut tirer leçons

Du précédent

Aveuglés de haine lâchées

Dans l’ivresse du pouvoir

Pitres occidentaux

Qui ne disent mots et consentent

Comme hier

Au retour du tragique


Peu à peu des voix s’élèvent

Si faible encore

Au regard des crimes commis

Trop peu encore

À crier avec les suppliciés



Xavier Lainé

29 juillet 2025